Publié le 8 octobre 2004

Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, lu par M. Dominique de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur l'action du mouvement "Ni putes ni soumise" contre les discriminations et les violences faites aux femmes et la politique du gouvernement en faveur de la cohésion sociale, le 8 octobre 2004.

Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, lu par M. Dominique de Villepin, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur l'action du mouvement "Ni putes ni soumise" contre les discriminations et les violences faites aux femmes et la politique du gouvernement en faveur de la cohésion sociale, le 8 octobre 2004.

8 octobre 2004 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames, Messieurs,
Chère Fadela Amara,
A l'occasion de la deuxième université de votre Mouvement, j'ai tenu à vous adresser un message d'amitié, de respect et de soutien pour l'action exemplaire que vous menez.
Votre Mouvement est né d'une révolte contre les discriminations et les violences faites aux femmes. Il a pris toute sa force et tout son sens, l'an passé, quand vous avez conduit la Marche des femmes contre les ghettos et pour l'égalité. Partis symboliquement de Vitry-sur-Seine, où Sohane est morte brûlée vive parce qu'elle voulait être libre, vous avez parcouru la France entière pour libérer la parole et briser le mur du silence.
Mais votre cri de colère est aussi un message d'espoir dans les valeurs de la République, un appel au sursaut, un appel à refuser l'inacceptable. C'est pour cela qu'il a éveillé tant de consciences et qu'il a été entendu chez nous et par-delà nos frontières, comme l'atteste la présence aujourd'hui, à vos côtés, de personnalités d'Europe et du monde entier.
Grâce à votre mobilisation, plus personne ne peut maintenant nier la situation de détresse de tant de nos concitoyens et la condition révoltante de trop de femmes encore dans notre pays. Plus personne ne peut ignorer l'ardente obligation d'agir.
Agir, c'est ce qui vous motive au premier chef. Vous multipliez les initiatives partout où l'on a besoin de vous, installant des hébergements d'urgence, créant des permanences juridiques, intervenant dans les établissements scolaires, rédigeant un guide d'éducation au respect.
Au-delà de ces actions exemplaires, si votre mouvement, encore jeune, a su si vite et si fort faire entendre sa voix, c'est parce que vous avez rencontré une vérité. C'est parce que votre combat est celui de la République, un combat pour les valeurs émancipatrices et de rassemblement qu'elle incarne.
Le premier de ces combats, c'est celui de la liberté et d'abord de la liberté de toutes les femmes de pouvoir choisir leur vie et d'occuper la place qui leur revient dans la société.
Face aux forces obscurantistes qui voudraient soumettre les femmes, il faut réaffirmer le rôle essentiel de la mixité qui enrichit et qui rassemble. Il faut lutter sans merci contre les violences faites aux femmes, contre ces violences qui abaissent, qui salissent, qui oppriment, qui détruisent. Ni les progrès de la société, ni ceux de l'éducation, ni les prises de conscience qu'ont favorisé les mouvements d'émancipation des femmes n'ont totalement suffi à les éradiquer.
Face à l'inacceptable, il fallait, comme vous l'avez fait, briser la loi du silence. Il fallait que l'État - la police, la justice - se montrent implacables. Il fallait assurer une meilleure protection aux victimes, en permettant notamment l'éloignement des conjoints violents du domicile conjugal. Il fallait se donner les moyens de punir, avec la plus extrême rigueur, les auteurs de ces actes abjects. Ce combat est engagé, mais c'est un combat de tous les instants et c'est un combat de longue haleine, car dans la France d'aujourd'hui, chaque semaine, des femmes meurent encore de ces violences. Chacune et chacun de nos concitoyens doit en avoir conscience et prendre toute sa part à la mobilisation de l'État et des mouvements associatifs.
Votre combat, c'est aussi et bien sûr le combat pour l'égalité qui passe par la lutte contre toutes les formes de discriminations et par le refus des communautarismes.
La France est une terre d'accueil et d'ouverture. Elle est riche d'une diversité qui est au coeur de son identité. Diversité des cultures, des croyances, des origines. Diversité des femmes et des hommes qui, à chaque génération, sont venus rejoindre la communauté nationale et pour qui la France a été d'abord un idéal avant de devenir une patrie.
Mais cette diversité, qui fait notre richesse, ne saurait être synonyme de morcellement et d'inégalités. Face aux tensions qui traversent notre société, je le réaffirme solennellement, jamais la France ne sera une juxtaposition de communautés. Jamais elle ne tolérera qu'il y ait des " territoires perdus " dans notre République.
C'est pour cela qu'il est si indispensable de réaffirmer et de défendre les valeurs de la République et d'abord à l'école. Car c'est à l'école que sont transmises ces valeurs que tous nos concitoyens ont en partage, par-delà la diversité de leurs croyances et de leurs convictions. L'école publique doit être et rester un lieu de neutralité qui permette à chaque enfant de s'approprier notre héritage républicain et de se construire librement, à l'abri de toute pression et de toute contrainte. C'est pour cela que le principe de laïcité est si essentiel. Et vous avez été en première ligne pour expliquer que loin de diviser il rassemble, pour expliquer qu'il est l'une des conditions de l'égalité des chances.
C'est au nom aussi de cette égalité des chances que nous avons le devoir d'agir pour lutter contre toutes les formes de discriminations, qui sont un véritable poison pour notre société et un déni des valeurs de la République. C'est la mission et la vocation de la Haute autorité qui sera installée avant la fin de l'année.
Mais notre combat n'est pas seulement celui des valeurs et du droit. Il faut aussi agir sur le quotidien. Il faut apporter des réponses concrètes et de l'espoir pour l'avenir à nos concitoyens qui sont aujourd'hui enfermés dans de véritables ghettos. Les moyens traditionnels ont montré leurs limites, beaucoup d'espoirs ont été déçus. Mais il n'y a pas de fatalité si nous nous attaquons simultanément à l'ensemble des facteurs d'exclusion. Cela passe par une action résolue de rénovation urbaine, de revitalisation économique des quartiers. Une action qui donne à tous les jeunes les mêmes chances de réussite et d'accès à l'emploi. C'est l'ambition du plan de cohésion sociale que j'ai voulu pour la France et qui disposera de moyens sans précédent.
L'engagement des pouvoirs publics est essentiel. Et je veillerai à ce qu'il soit toujours à la hauteur des enjeux. Mais pour réellement changer les choses et pour redonner toute leur force aux valeurs de la République, la France a besoin de l'énergie, de la révolte et de la force de proposition de sa jeunesse. Elle a besoin de vous.
Chers amis,
Vous avez souhaité dédier ces journées à la mémoire de Samira Bellil, une jeune femme au courage exemplaire, disparue il y a quelques semaines, à l'âge où l'on a encore la vie devant soi. Avec une détermination qui forçait l'admiration de tous, elle avait dénoncé l'enfer des tournantes et fait prendre conscience d'une réalité inconcevable en France à l'orée du XXIe siècle. Elle avait su puiser dans la terrible épreuve qu'elle avait traversée, l'énergie nécessaire pour aider les autres. Aujourd'hui nous avons tous une pensée émue pour elle. Son nom restera gravé dans nos mémoires.
Sa générosité, son esprit de résistance, sa foi dans la vie et dans l'avenir, vous les avez en partage. Votre combat honore la France. Et dans ce combat, je serai toujours à vos côtés.
Je vous remercie.

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