Publié le 21 février 1997

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le développement des relations franco-roumaines, l'aide française à la reconstruction de la Roumanie et la proposition de son adhésion à l'Union européenne, Bucarest le 21 février 1997.

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le développement des relations franco-roumaines, l'aide française à la reconstruction de la Roumanie et la proposition de son adhésion à l'Union européenne, Bucarest le 21 février 1997.

21 février 1997 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
- Madame,
- Messieurs les Présidents des deux chambres du Parlement,
- Monsieur le Premier ministre,
- Mesdames et messieurs,
- Monsieur le Président, cher ami, cher Emil, je voudrais d'abord vous remercier du fond du coeur pour les paroles chaleureuses que vous avez bien voulu prononcer pour m'accueillir. Ma délégation et moi-même en garderons sans aucun doute un souvenir marqué dans notre esprit.
- J'ai été très heureux de m'entretenir avec vous et d'avoir le privilège de m'exprimer devant le Parlement roumain. Je me réjouis aussi de rencontrer, demain, le Premier ministre. Et j'aurai le plaisir de dialoguer avec les étudiants de l'Université de Bucarest, prestigieux établissement dont vous fûtes, Monsieur le Président, le Recteur durant tant d'années.
- Ce soir, je tiens à vous dire tout le prix que j'attache, vous le savez à l'amitié franco-roumaine et les espoirs que je nourris pour son avenir. La France souhaite, je le répète, et le répèterai sans cesse, bâtir avec vous, dans tous les domaines, une relation exceptionnelle et digne de notre histoire commune. J'ai constaté avec beaucoup de plaisir que vous partagiez cette volonté.
- Le sentiment que nous nous portons me semble-t-il, ne ressemble à aucun autre. Il y a, je l'ai observé depuis longtemps, entre la Roumanie et la France, plus qu'une amitié. Partageant les mêmes racines, les mêmes combats et les mêmes espérances, nos deux nations ont forgé entre elles des liens à la fois forts et intimes.
- J'en veux pour preuve cet extraordinaire élan qui nous a tout naturellement portés l'un vers l'autre quand, il y a sept ans, votre pays a recouvré la libre disposition de son destin.
- Je me souviens de cet hiver de 1989 où la Roumanie a tourné la page. De ce sentiment de libération que beaucoup de Roumains, témoignant devant les caméras occidentales, ont spontanément exprimé dans notre langue. Imaginez-vous l'émotion que cela pouvait provoquer chez nous ! Comme si le fait de parler le français illustrait à lui seul la liberté enfin retrouvée. Ces moments, monsieur le Président, les Français les ont vécus intensément. Ils ont découvert que, pendant des années et des années, les Roumains malgré les pressions, avaient continué à pratiquer notre langue, à aimer la France avec l'espoir de la rejoindre un jour.
- Comme tant de fois par le passé, votre rêve d'indépendance et d'ouverture s'était porté sur la France qui spontanément a toujours regardé vers vous lorsqu'il s'agissait de l'Est. Cet honneur que nous ont fait vos compatriotes, nous ne l'oublierons pas.
- Nous-mêmes y avons répondu. Tout de suite, la solidarité s'est organisée. Mes compatriotes ont eu à coeur de venir, dans la mesure de leur moyens, en aide à la société roumaine sinistrée.
- Puis vint le temps de la reconstruction. Il s'agissait pour votre pays de se doter d'institutions démocratiques et de se moderniser, de rendre aux Roumains le goût et la possibilité d'entreprise, et d'ouvrir progressivement la Roumanie à l'économie de marché. Il s'agissait enfin de rendre à votre beau pays toute sa place en Europe et dans le monde.
- Là encore, monsieur le Président, la France s'est tenue comme il était légitime, fraternellement à vos côtés. Elle a noué avec votre pays une coopération dans tous les domaines. Elle a participé à la formation des cadres, des techniciens et des chercheurs que la Roumanie nous a demandés et dont elle avait besoin pour préparer l'avenir.\
Parallèlement, la Roumanie aspirait à rejoindre les organisations européennes. C'est désormais chose faite pour le Conseil de l'Europe. Nous vous y avons accueillis avec le plaisir que vous imaginez, un grand et fort plaisir. Et je vous invite chaleureusement, monsieur le Président, au sommet du Conseil de l'Europe, cette organisation protectrice des droits de l'homme, sommet qui va se tenir à Strasbourg, en octobre prochain, sous présidence française. Et, j'espère pouvoir vous y accueillir agréablement.
- Mais l'essentiel reste encore à faire. Vous le savez, la France soutient ardemment votre engagement européen. Elle fera tout pour que votre pays rejoigne, si possible dès 1999, l'Alliance Atlantique. Elle se fera l'avocat de la candidature roumaine à l'adhésion à l'Union européenne. Oui, monsieur le Président, mon pays ne ménagera aucun effort pour que la Roumanie retrouve sa famille : l'Europe.
- Pour préparer ensemble ces échéances, il nous faut donner un nouveau souffle à nos relations. Parce que, tout naturellement, les Français doivent être aux côtés des Roumains et les Roumains aux côtés des Français. En vous portant, monsieur le Président, à la magistrature suprême, vos compatriotes ont manifesté leur volonté de rénovation, leur volonté de réforme. Mais ce grand partenariat, que nous voulons bâtir ensemble, sera avant tout la consécration de nos affinités profondes, de notre communion d'esprit et de pensée, de tout ce qui nous rapproche depuis si longtemps.
- Oui, monsieur le Président, le destin de la Roumanie et le destin de la France sont liés. Et il est dans la nature des choses que nous prenions toute notre part des efforts consentis par le peuple roumain qui lui-même nous a tant apporté.
- Voilà pourquoi j'ai souhaité que ma visite marque un nouveau départ de l'amitié entre nos deux nations. Trop longtemps éloignés, nous devons, en quelque sorte, rattraper le temps perdu. Je me réjouis de l'intensité de nos conversations, de la convergence de nos vues, de l'ambitieuse coopération que nous avons dessinée aujourd'hui.
- C'est fort de cette conviction et confiant, très confiant dans notre avenir, que je vais maintenant, monsieur le Président, lever mon verre.
- Je le lève, en votre honneur, monsieur le Président et en l'honneur de votre épouse, en l'honneur des membres du gouvernement et du Parlement ici présents qui nous ont fait l'amitié de venir. Et, je bois à la prospérité et au bonheur du grand peuple roumain. Je bois à notre ancienne et puissante amitié.\

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