Publié le 4 juillet 1996

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de l'attribution des prix de l'Association japonaise des arts, Paris le 4 juillet 1996.

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de l'attribution des prix de l'Association japonaise des arts, Paris le 4 juillet 1996.

4 juillet 1996 - Seul le prononcé fait foi

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Messieurs les Premiers ministres, messieurs les conseillers internationaux, monsieur l'ambassadeur du Japon, monsieur le président de l'Association japonaise des arts, mesdames et messieurs les lauréats et anciens lauréats, mesdames et messieurs,
- C'est pour moi une grande joie de vous accueillir à Paris et à l'Elysée. Depuis huit ans, nous avons pour tradition de nous retrouver au premier jour des cérémonies d'annonce du Prix Impérial.
- Ce soir, je pense tout particulièrement à celui qui fut notre ami, le regretté Nobutaka Shikanai. C'est lui qui, en 1987, alors qu'il présidait aux destinées de l'Association japonaise des arts, avait eu l'idée de ce Prix international, placé sous le haut patronage de la famille impériale du Japon.
- Il m'avait fait l'amitié de m'en parler. Je me rappelle combien ce projet m'avait séduit. J'y voyais une occasion unique de promouvoir, dans un esprit d'échanges, la création contemporaine. L'occasion aussi pour l'Occident et l'Orient de se rencontrer et de mieux se connaître.
- Et lorsque Nobutaka Shikanai m'a proposé d'en être l'un des conseillers internationaux, j'ai accepté immédiatement et avec plaisir.
- Ainsi, pendant toutes ces années, ai-je eu la joie et l'honneur de participer à vos travaux pour l'attribution de ce Prix Impérial devenu, dans le monde des arts, une consécration suprême, l'équivalent artistique du Prix Nobel.
- Je vais vous faire une confidence. La tradition veut qu'en France, le chef de l'Etat se retire des associations dont il était membre. Cette obligation, qui m'imposait de renoncer à mes fonctions de conseiller international du Prix Impérial, restera sans doute l'un de mes seuls regrets, au lendemain de mon élection à la Présidence de la République française. Je remercie de tout coeur votre conseil d'administration d'avoir créé, à mon intention, le titre de conseiller honoraire du Prix Impérial.
- Pour me succéder, j'ai suggéré le nom de M. Raymond Barre, ancien Premier ministre de la France, homme de grande culture et de réflexion, universitaire éminent dont le rayonnement international est considérable. Je me réjouis que cette proposition ait reçu votre agrément et que M. Raymond Barre l'ait acceptée.
- J'en suis d'autant plus heureux que M. Raymond Barre assume aussi, désormais, les fonctions de Président français du Forum de dialogue franco-japonais dont M. Murayama, alors Premier ministre, et moi-même avions décidé la création en juin 1995, et qui vient de voir le jour à l'occasion de la visite, à Lyon, de M. Hashimoto, chef du gouvernement japonais.
- Ce forum, vous en êtes, chez Yasuhiro Nakasone, le Président japonais et au-delà d'ailleurs de cette fonction et de celle d'ancien Premier ministre du Japon, je voudrais dire que vous pourriez également être candidat au Prix Impérial puisque vous êtes un peintre de grande qualité et j'indique à tout le monde, (ce n'est pas marqué sur le petit livre qui vous a été distribué), donc seuls les francophones comprendront, qu'il y a une superbe oeuvre de M. Nakasone qui est exposée ici et qui est d'une grande qualité c'est un cadeau qu'il a bien voulu me faire, je l'en remercie et je l'ai mise en pendant avec un superbe paravent du tout début de l'époque Edo, qui appartient lui au musée Guimet, mais je trouve qu'il y a une espèce de filiation entre ces deux oeuvres, je remercie M. Nakasone. Et je suis sûr que vous-même, cher ami Yasuhiro Nakasone et M. Raymond Barre saurez porter le dialogue franco-japonais à son plus haut niveau.\
Ce renforcement de nos relations passe d'abord par une meilleure connaissance réciproque, une connaissance de nos patrimoines et de nos traditions, tant artistiques qu'intellectuelles ou spirituelles.
- Seul un partenariat véritable, fondé sur une estime et une confiance mutuelles, peut assurer la stabilité et l'harmonie du monde de demain dont l'Europe et l'Asie seront des pôles majeurs.
- Ce nouveau dialogue entre l'Asie et l'Europe, le Japon et la France doivent en être des acteurs privilégiés. Par delà leurs différences, nos deux peuples ont en commun le goût d'un certain art de vivre et l'amour du beau. Ils partagent cette même attirance pour l'art qui nous réunit ce soir, et le même profond respect pour ceux qui créent, qu'ils soient artistes ou artisans.
- Situées aux "finistères" de l'Asie et de l'Europe, traditionnellement ouvertes aux influences extérieures qu'elles refondent dans le creuset de leur génie propre, les cultures japonaise et française se sont façonné une personnalité et une sensibilité originales et puissantes.
- Le Prix Impérial pour les Arts est né de cette idée que nos cultures se nourrissent et s'enrichissent au contact les unes des autres. Ce n'est pas un hasard si cette consécration annuelle des plus grands artistes et bâtisseurs de notre temps, nous vient du Japon qui a tant apporté aux évolutions de l'art moderne.
- Qu'il me soit permis de saluer ce soir le Président de l'Association japonaise des arts, M. Sejima. Mes pensées les plus amicales vont également aux conseillers internationaux, M. Edward Heath, Yasuhiro Nakasone, David Rockefeller Jr, Helmut Schmidt et Umberto Agnelli. Permettez-moi aussi d'avoir une pensée affectueuse pour Amintore Fanfani, et de demander à son épouse de lui transmettre nos amitiés.
- Je salue les anciens lauréats qui nous font la joie d'être des nôtres ce soir. Je félicite chaleureusement les lauréats pour 1996 : Luciano Berio pour la musique, Cy Twombly pour la peinture, Cesar pour la sculpture, Tadao Ando pour l'architecture et Andrzej Wajda pour la mise en scène.
- Le Prix Impérial est une magnifique initiative. Il rend hommage aux artistes. Mais surtout il rend hommage à l'art, l'art qui fait jaillir le sens et qui triomphe de la mort. "Le temps de l'art ne coïncide pas avec le temps des vivants", disait André Malraux lors d'un voyage qu'il effectua au Japon en 1974. Il ajoutait "Nous croyons élire les membres du jury de la survie mais chacun d'entre eux est aussi élu par les autres. Van Gogh appelle Picasso, qui appelle le sculpteur des Cyclades, qui appelle les poteries Jomon...". La boucle est ainsi bouclée qui, de l'expression flamboyante d'un individu en pleine lumière au génie anonyme d'un potier oublié, nous parle des valeurs suprêmes de nos civilisations.
- Mieux que tout autre, avant tout autre, André Malraux avait su capter et exprimer ce qui, dans l'invisible, unissait les artistes de tous temps et de tous lieux. Mieux que tout autre, il pressentait aussi l'importance que devait prendre le monde oriental. Son regard visionnaire, sa voix singulière nous manquent. Nous célébrons cette année, le vingtième anniversaire de sa disparition. Son épouse Madeleine, qui l'accompagna dans ses voyages au Japon et qui est, elle aussi, une grande artiste se trouve ce soir à nos côtés.
- Pour nous, elle a accepté de jouer. Mais avant qu'ensemble, nous l'écoutions, je souhaite lever mon verre en l'honneur de la Famille Impériale du Japon, en l'honneur des lauréats du Prix Impérial. Je bois au dialogue entre nos cultures, et à l'amitié très forte entre le Japon et la France.\

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