Publié le 22 avril 1994

Interview de M. François Mitterrand, Président de la République, accordée à l'agence Turkmenpress le 22 avril 1994, sur les relations franco-turkmènes et le développement économique du Turkménistan.

22 avril 1994 - Seul le prononcé fait foi

Interview de M. François Mitterrand, Président de la République, accordée à l'agence Turkmenpress le 22 avril 1994, sur les relations franco-turkmènes et le développement économique du Turkménistan.

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QUESTION.- Monsieur François Mitterrand, comment s'explique votre décision de vous rendre au Turkménistan ?
- LE PRESIDENT.- En me rendant au Turkménistan, je réponds à l'invitation qui m'a été faite, à Paris, en mai 1993 par le Président Niyazov. Je suis très heureux de l'occasion qui m'est donnée de visiter ce pays auquel je porte un grand intérêt du fait de son histoire, de sa situation géographique qui en fait un carrefour de première importance, aux confins des civilisations turque, perse et russe, et de son expérience politique originale.
- QUESTION.- Comme vous le savez, le Turkménistan est un jeune état encore en formation. Le Président du Turkménistan Saparmurat Niyazov imagine un modèle futur d'Etat dans lequel les principes démocratiques apparaissent comme le fondement de l'édification du pays. Ainsi les programmes lancés par lui proclament ces principes. Vous-même, comme Président d'un pays aux pratiques démocratiques multiséculaires, voyez-vous des efforts du chef de l'état turkmène dans cette direction ou bien allez vous sur place pour vous en rendre compte par vous-même ?
- LE PRESIDENT.- Ce n'est pas à moi d'en décider ! Comme tout Etat souverain et indépendant, le Turkménistan doit définir lui-même la voie de son avenir.
- Cependant, il est évident que la France ne peut que se réjouir de voir le peuple turkmène choisir d'aller vers la démocratie et vous pouvez compter sur le soutien de mon pays pour vous aider à accomplir les réformes politiques et économiques que vous jugerez utiles d'entreprendre.\
QUESTION.- Au Turkménistan à l'heure actuelle un consortium international tâche de résoudre la question du tracé du gazoduc du Turkménistan en Europe via l'Iran et la Turquie. Immédiatement après que sera résolue cette question, notre Etat jouira d'une indépendance plus réelle et plus spécifiquement vis-à-vis de la Russie. Il deviendra en outre vraisemblablement un concurrent de la Russie et d'autres pays pour cet important produit. Qu'avez-vous à dire sur ce sujet ?
- LE PRESIDENT.- Le souci du Turkménistan d'accéder progressivement à l'indépendance économique est légitime. Votre pays est doté d'une ressource abondante : le gaz. Il est naturel qu'il entende la valoriser au mieux en l'exportant par des routes nouvelles vers l'Europe. On ne peut cependant oublier que le monde actuel est constitué d'interdépendances économiques complexes et multiples. Les différentes parties intéressées sont proches d'un compromis sur le tracé de ce gazoduc qui, à terme, pourrait transiter par l'Iran puis la Turquie. Tout projet contribuant au désenclavement et au développement économique de la région mérite un intérêt particulier.
- En ce qui concerne le financement de ce gazoduc qui va traverser des zones politiquement troublées, je crois nécessaire de recueillir le soutien d'instances économiques et financières multilatérales comme la Banque Mondiale, la BERD, la BID. En termes strictement bilatéraux, si des sociétés françaises manifestaient leur intérêt à participer à cette construction, il conviendrait de les y inciter, d'ailleurs, d'ores et déjà, un représentant français a été invité à participer à la rencontre qui s'est tenue, dernièrement, à Achkabat, autour de ce projet.\
QUESTION.- La majorité de mes compatriotes ont pour la France un grand amour voire une véritable passion. Dans nos écoles, on enseigne l'histoire de la République française en détail, comme l'un des exemples principaux de l'histoire mondiale. Mais de la France contemporaine, on en sait moins. Voudriez-vous transmettre l'exemple de votre pays au jeune Turkménistan ? Si oui, alors dans quel domaine l'exemple de la France serait-il le plus utile pour un jeune état en formation ?
- LE PRESIDENT.- Je suis très sensible à l'intérêt que le peuple turkmène manifeste envers notre pays, son histoire, sa langue et sa culture. Je souhaite vivement que l'enseignement du français soit largement développé car il peut permettre un rapprochement de nos deux peuples et contribuer au renforcement de nos relations. Dans la période de transition que vit actuellement le Turkménistan, je pense que la France peut jouer un rôle important notamment en travaillant avec vous à la formation de vos cadres dans les domaines administratif, juridique, économique, scientifique et technique. Je compte en parler avec le Président Niyazov au cours de nos entretiens.
- QUESTION.- Pendant votre rencontre avec le Président du Turkménistan, M. Niyazov, l'an passé durant son séjour à Paris du 26 au 28 mai, vous avez déclaré vous intéresser à l'histoire de l'Empire Parthe dont une partie s'étendait sur le territoire du Turkménistan actuel. Aurez-vous le temps, durant votre séjour au Turkménistan de visiter les anciens sites Parthes et existe-t-il déjà des projets de travaux communs entre des historiens français et turkmènes ou même entre scientifiques français et turkmènes dans d'autres disciplines ?
- LE PRESIDENT.- J'ai eu beaucoup de plaisir à m'entretenir en mai dernier avec le Président Niyazov sur l'histoire de votre pays. Mon voyage au Turkménistan sera bref et ne me permettra pas de voir autant de choses que je le souhaiterais. Cependant il est prévu que je me rende sur le site de Nissa. Je me réjouis qu'une coopération entre archéologues turkmènes et français se mette en place pour fouiller des sites au Dehistan, la richesse de votre patrimoine archéologique est le gage que cette coopération sera des plus fructueuses.\

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