Publié le 17 septembre 1991

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la forêt et l'importance de la coopération internationale pour sa protection, notamment dans les pays du sud, Paris, le 17 septembre 1991.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la forêt et l'importance de la coopération internationale pour sa protection, notamment dans les pays du sud, Paris, le 17 septembre 1991.

17 septembre 1991 - Seul le prononcé fait foi

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Messieurs les présidents,
- Monsieur le directeur général,
- Mesdames et messieurs,
- Une très belle exposition se tient actuellement à Paris, au Muséum d'histoire naturelle, elle se nomme "On a marché sur la terre" et elle montre que l'arbre est l'une des premières espèces vivantes apparues sur la planète - vous le saviez déjà, mais il est important que cela soit su par le plus grand nombre possible de gens - l'une des premières espèces mais en même temps l'une des plus vivaces. Voyez ces séquoias millénaires, ces chênes centenaires, parmi bien d'autres.
- On a excellement dit, avant que je ne prenne la parole, tout ce qu'il est important de savoir sur votre démarche, à vous, congressistes. Et c'est vrai que l'arbre façonne notre espace, qu'il nous aide à bâtir notre habitat, qu'il regénère notre atmosphère, bien d'autres choses encore !
- Eh bien j'ai comme vous une grande amitié pour les arbres et pour les forêts. Pardonnez ces souvenirs personnels : j'ai été pendant trente-cinq ans l'élu d'un petit coin de France. La forêt y était aimée et respectée. Et j'ai choisi de vivre plus tard, d'habiter, dans une autre forêt, la plus importante d'Europe. Mais je sais la fragilité des arbres et des forêts, les menaces qui les assaillent, la vigilance qu'il faut pour les protéger, l'état d'abandon et d'oubli que représente la forêt sauvage, l'importance de la forêt maîtrisée par le travail et l'intelligence de l'homme.
- Un arbre qu'on coupe injustement, inutilement, c'est comme une souffrance et on est malheureux de voir à quel point trop sont insensibles à la beauté et à l'utilité de la forêt.\
C'est donc pour moi une vraie joie que d'accueillir le 10ème congrès forestier mondial. C'est aussi un grand honneur pour mon pays. Et je veux souhaiter la bienvenue à tous les délégués venus de plus de cent pays me dit-on, mobilisés pour la même cause.
- Je remercie les organisations internationales qui participent à cette manifestation et particulièrement l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, notamment représentée ici par son Directeur Général de la FAO, M. Saouma.
- L'Organisation des Nations unies multiplie les initiatives en faveur de la protection de l'environnement. Vous venez d'entendre à l'instant M. le Président de la Commission européenne. Heureusement que sont réunies ces initiatives tant il est vrai que l'arbre, que la forêt, et plus généralement les plantes, ne peuvent être protégés que par l'ensemble des nations et des états.
- Ce patrimoine, que chaque génération utilise et cherche à faire fructifier, vous savez bien qu'il peut disparaître, qu'il est en passe de disparaître.
- Selon les estimations des Nations unies, cela vient d'être rappelé par M. le ministre français de l'agriculture, 17 millions d'hectares disparaissent chaque année, soit plus - cela nous permet de mieux mesurer ce drame - de la surface totale de la forêt française.\
On comprend hélàs pourquoi les hommes ont tendance à détruire la forêt, on pourrait même y trouver des excuses : par le besoin d'espace d'abord, le défrichement est une activité millénaire qui, sous la pression démographique accentuée et des usages anciens, met en danger la forêt £ par besoin de bois de feu, ce besoin qui entraîne la surexploitation, on dira plutôt la mauvaise exploitation des forêts £ par le développement des activités agricoles et industrielles qui peuvent altérer les milieux forestiers. C'est précisément pour prévenir en France leurs effets néfastes que le gouvernement applique un plan national pour l'environnement et renforce la police de la nature.
- Les forêts européennes sont également atteintes - M. Delors vient de le souligner - par les pluies acides. La limitation récente d'émissions de polluants atmosphériques décidée par les pays de la CEE, donc par la France, devrait y porter remède. Ces nouvelles réglementations devraient également limiter l'effet de serre qui conduit à un réchauffement de la planète, préjudiciable lui aussi à la forêt.
- Enfin les incendies accidentels, souvent provoqués, que nous connaissons malheureusement en France. Ils ne peuvent être limités que par la maîtrise de l'homme, par l'organisation méthodique du débroussaillage des bois et des forêts.
- Je crois vraiment, et vous en êtes ici les témoins, que les atteintes à notre patrimoine collectif ont provoqué une prise de conscience, comme une sorte de réveil : l'homme devant son destin. La protection de ce patrimoine est l'affaire de tous et de chacun, y compris des plus jeunes auxquels il faut inculquer dès l'école que leur propre survie dépend du respect qu'ils témoignent à l'environnement.\
La forêt représente pour l'ensemble de l'humanité - on l'a assez dit ici - une richesse économique, sociale et culturelle. C'est une composante majeure de l'équilibre écologique de la biosphère. M. Saouma l'a fort bien dit.
- Unissons-nous pour sensibiliser tous les citoyens de la planète sur la fragilité de l'arbre, le sens du temps, la responsabilité individuelle et collective qui est la nôtre quant à sa protection.
- Aujourd'hui, le citoyen, le scientifique, le poète, tous doivent se retrouver dans la défense de la forêt. Il y a de quoi défendre une belle cause.
- Mais la protection de l'environnement suppose une coordination des actions entreprises par l'ensemble des nations riches ou pauvres. Ce qui a été dit avant moi suffit à le démontrer.
- Peut-on reprocher aux populations des zones tropicales par exemple, de participer à la destruction de leurs forêts alors qu'elles le font pour ce qu'elles pensent être leur propre survie immédiate. Après tout, cela a été le cas pendant des siècles, dans les régions dites aujourd'hui développées. A qui fera-t-on la leçon ? La solution à de tels problèmes ne réside donc pas en des réglementations de protection imposées, pas plus qu'en un classement de la forêt tropicale en réserve intégrale interdite à l'exploitation. La solidarité internationale peut garantir aux populations en cause la satisfaction de leurs besoins élémentaires et leur apprendre, par la coopération, à gérer les ressources sylvestres et à les renouveler.
- Si les pays du Nord s'engagent davantage à aider les pays du Sud sur ce terrain comme sur les autres, en tout cas j'en serais heureux pour ce qui vous concerne, même si nous nous exprimons par égoïsme. Mais comme cet égoïsme est sain, par égoïsme écologique.
- Et puis il faudra bien briser le cercle infernal de la pauvreté : surpopulation, famine, besoin de terres, défrichement de toutes sortes. Que nous touchions le coeur et la raison des hommes et des dirigeants. Bref, le résultat seul compte, aidons-nous les uns les autres, faisons comprendre à tous les hommes sur la terre que leur destin est en jeu. C'était le sens de l'appel de La Haye lancé par la France avec vingt-trois autres pays en mars 1989.
- C'est aussi le sens de mon intervention, celle notamment que je fais ici mais aussi chaque année au Sommet des grands pays industrialisés.
- L'Organisation des Nations unies a reconnu l'importance de ces efforts lorsqu'elle a organisé la grande réunion mondiale de l'environnement au mois de juin 1992 à Rio. Les pays du Nord et du Sud auront alors l'occasion de réfléchir ensemble sur la façon de procéder à un développement écologique durable, développement de l'humanité, et donc de la planète.
- Mon pays qui vous reçoit avec le plaisir que j'ai dit a tenu à apporter sa contribution à cet important rendez-vous. J'ai invité les organisations non gouvernementales du monde entier en décembre prochain, à Paris, pour qu'elles s'y préparent. D'ailleurs votre congrès sera lui-même un élément fort important de cette rencontre.\
Voyez-vous, mesdames et messieurs, nos sociétés trop préoccupées par l'immédiat, se rappelleront que la protection des arbres, et plus généralement de la nature, obéit à des rythmes séculaires. Que chacun le comprenne, que chacun consente aux sacrifices nécessaires pour que vive la forêt d'aujourd'hui et de demain.
- Les problèmes d'environnement font désormais partie ou doivent faire partie d'une formation de base dès l'enseignement initial.
- Votre Congrès va nous aider tous, va contribuer à ce que les politiques, les scientifiques, les citoyens de la terre protègent le patrimoine commun de l'humanité de la façon la plus démocratique, donc la plus juste, en s'appuyant sur la coopération entre les peuples, sur l'éducation et sur la sensibilisation des plus jeunes.
- En inaugurant vos travaux, je souhaite témoigner de l'importance que la France attache à cette richesse : la forêt. Je souhaite à votre Congrès d'utiles et de bons travaux. Je souhaite qu'au-delà des difficultés d'aujourd'hui et il y en aura demain aussi, qui exigeront volonté, ténacité, intelligence des choses et des êtres, je souhaite que vous donniez forme à de nouveaux espoirs. Et c'est dans cet esprit, mesdames et messieurs, ce que je vous dis : bon travail, bonne chance pour vous tous, retrouvez vous bientôt pour savoir où nous en sommes. Vous êtes désormais vous aussi comptables de la vie des hommes sur la terre.\

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