Publié le 13 mars 1990

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de sa visite au centre culturel de Cercy-la-Tour, le 13 mars 1990.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de sa visite au centre culturel de Cercy-la-Tour, le 13 mars 1990.

13 mars 1990 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- mesdames et messieurs,
- C'est en effet une journée nivernaise assez chargée que j'accomplis en compagnie des ministres qui m'accompagnent. Mais elle me paraissait tout à fait nécessaire. Il m'est arrivé assez souvent, à titre privé ou personnel, de revenir dans la Nièvre et particulièrement dans le haut Morvan, mais il se trouve que je n'avais pas eu l'occasion de revenir à Cercy-la-Tour, Moulins-Engilbert, Luzy depuis bientôt dix ans et je le regrettais.
- D'une part, j'y ai connu trop de personnes à travers 35 ans, plusieurs générations £ j'ai trop parcouru les routes et les chemins que je connais les yeux fermés, même à distance. J'ai trop vécu de transformations économiques et techniques de la Nièvre et particulièrement de cette région-ci pour ne pas éprouver à la fois de l'émotion et de l'intérêt pour ce que je vois, pour ce que j'entends. Cercy-la-Tour, c'était presque mes premiers pas dans ma fonction d'élu, de député de la Nièvre. J'ai été l'ami de Louis Coudant qui a laissé un grand nom dans cette commune et dont l'avenue principale porte précisément ce nom. Et puis les autres, vous avez parlé de Pierre Charlef, je pense que chacun des élus de Cercy-la-Tour représente pour moi une étape amicale importante de ma vie personnelle et politique dans la Nièvre.
- Et Gérard Gentil est pour l'instant, - et je l'espère pour longtemps - le dernier de la liste mais lui aussi rappelle par sa présence ici, par son invitation, des heures importantes de ma vie.
- Alors je vous remercie, mesdames et messieurs, celles et ceux qui sont ici, celles et ceux qui étaient le long des rues ou des avenues. Je veux dire à la population de Cercy-la-Tour à quel point il m'est agréable de la retrouver.
- J'ai bien connu aussi les activités que vous avez évoquées. Cercy-la-Tour est une sorte de capitale du cheval. Les habitants que je connaissais bien n'arrêtaient pas de me vanter les qualités des élevages dans toutes cette région, quand ils ne montaient pas à Paris ou ailleurs pour observer ici et là les courses de chevaux. Il y avait là toute une société cercycoise très ferrée dans tous ces domaines - j'en aperçois d'ailleurs ici quelques-uns auprès desquels j'apparaissais comme bien novice et ignorant de toutes ces choses -. Puis je me suis rendu compte qu'il s'agissait de gens très accrochés à leur sol, aimant leur petite ville, laquelle petite ville a aussi son caractère propre. Il suffit ici de faire quelques kilomètres d'une vallée à l'autre, on franchit un col modeste ou important et déjà on est projeté dans une autre histoire. C'est l'histoire du Morvan dont nous allons nous rapprocher dans un moment.\
Cette salle polyvalente, culturelle, je crois que cela correspond à un besoin des activités industrielles. Cercy-la-Tour en est dotée, les activités rurales ou post-rurales, l'élevage, - j'ai dit tout à l'heure les chevaux -, l'activité commerciale. Cercy-la-Tour est vraiment une ville qui allie tout cela et dans la Nièvre, on sait que c'est une des petites cités qui ont le plus de vitalité.
- J'ai pu savoir au cours de ces neuf dernières années à quel point la génération qui est maintenant responsable assume et de façon remarquable, complète, l'effort de leurs prédécesseurs. Et ce bâtiment dont l'utilisation a été exposée par M. Gentil, ce bâtiment en est la preuve. J'ai développé cette idée à Moulins-Engilbert, c'est très important qu'il ait dans chacune de ces communes, de quelque importance, au niveau déjà relativement organisé, qu'il y ait des lieux de rencontre et des lieux de rencontres culturelles. J'observais que désormais notre activité culturelle était la plus souvent éclatée, chacun s'installant devant son poste de télévision. Il n'y a pas si longtemps on regrettait d'une façon un peu nostalgique les anciennes veillées des campagnes. Nous en sommes très loin. Cela a sombré dans un passé presque sans mémoire. Mais malgré tout sans penser de nouveau aux veillées d'autrefois, on pourrait penser que c'est une fonction essentielle de l'homme que d'obéir à son existence sociale. On ne se connaît plus, on ne se rencontre plus. C'est le cas des villes, c'est évident, qui n'ont pas été faites pour cela, qui ont été faites uniquement selon les lois du profit et non pas selon les lois du confort ou du bonheur humain. Cela devient vrai de nos campagnes, de notre monde rural. Pourtant, on connaît tout le monde. On se connaît même par son prénom. On pourrait quelquefois donner les dates de naissance. On a des familles dont les anciens reposent dans les mêmes cimetières où sur les tables de marbre où sont marquées les victimes des deux guerres. Il y a une communauté mais on ne se connaît plus.
- On va étudier dans des villes plus lointaines, on revient de temps en temps quand on est jeune, pas souvent ou de moins en moins souvent, et on ne sait plus qui on va voir et il n'y a pas de lieu de rencontre. Voilà pourquoi cher ami, je vous remercie d'avoir, avec le Conseil municipal, réalisé ce qui n'était qu'un projet il y a encore quelques années.
- Je n'en dirai pas davantage ayant l'occasion d'égréner un certain nombre de paroles tout au long de cette journée. Je ne voudrais pas lasser mes auditeurs. J'exprimerai simplement maintenant le plaisir que j'ai de vous revoir, de vous retrouver, mesdames et messieurs les élus ou les représentants de la Nièvre, et vous toutes et vous tous, mesdames et messieurs les habitants de cette commune. Nous avons déjà derrière nous un assez long passé de vie en commun. J'espère que cela durera. De toute façon, pour ce qui me concerne, quelque fonction que j'occupe, Cercy-la-Tour et la Nièvre sont toujours restées proches de ma mémoire et je pourrais le dire sans tomber dans une sentimentalité excessive, car ici sont mes amitiés, ici est mon lieu de travail, ici est ma responsabilité locale et nationale et je pense que jusqu'à mon dernier jour, je ne l'oublierai pas.
- Merci de m'en avoir donné l'occasion. Revoir, réentendre et retrouver, c'est un beau programme pour ce 13 mars.\

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