Publié le 2 novembre 1989

Message de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du symposium européen de Blois, Paris le 2 novembre 1989.

Message de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du symposium européen de Blois, Paris le 2 novembre 1989.

2 novembre 1989 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs les ministres,
- mesdames,
- messieurs,
- Je salue celles et ceux qui, répondant à l'invitation de Jack Lang, ont pris le chemin de Blois et, convergeant de bien des points d'Europe, accepté de faire durant ces deux jours oeuvres d'imagination commune. Venus de loin ou de moins loin, vous avez pris sur vos obligations respectives - celles du gouvernement ou celles de la création - le temps de cette rencontre aux allures de retrouvailles de l'Europe avec elle-même.
- Ici, tous les talents sont requis, toutes les volontés sont les bienvenues, ministres et artistes mêlés, prêts à réfléchir ensemble et, je l'espère, prêts à agir ensemble. A travers vous se rejoignent l'Europe communautaire et l'Europe non communautaire, se rapprochent nos pays en marche, à l'est comme à l'ouest. Quelques-uns qui n'en sont pas aujourd'hui vous rejoindront, n'en doutons pas.
- Au coeur de vos travaux, une question : comment resserrer entre nos peuples ces liens de culture qui fondent plus que tout autre la possibilité d'une histoire commune ? A s'interroger de la sorte, on touche au coeur de ce qui - en dépit de guerres multiples et des itinéraires contraires, des rendez-vous manqués et des séparations arbitraires - nous a faits européens.
- Ce ne fut pas la géographie, aux limites incertaines : le "petit cap" de Valéry n'a jamais été pour les géographes qu'une presqu'île asiatique. Ce ne furent ni les économies rivales, ni les régimes adverses. Ce fut, résistants aux déchirements, tournant les interdits, l'Europe des idées et des arts. C'est elle qui façonna, des universités du Moyen Age aux humanistes de la Renaissance, des philosophes des Lumières aux grands mouvements intellectuels et artistiques de ces deux derniers siècles, un ensemble de goûts et de valeurs qui nous permettent aujourd'hui encore de sentir "ce qu'il y a de commun dans nos diversités" pour le dire avec les mots d'Edgar Morin relatant sa conversion européenne.
- Le levain de l'Europe, c'est la culture au sens où, il y a une dizaine d'années, Milan Kundera la définissait : "mémoire du peuple, conscience collective de la continuité historique, mode de penser et de vivre". Il ajoutait : "les livres et les tableaux - on pourrait y joindre la musique, le cinéma, le théâtre - ne sont que le miroir où cette culture profonde se reflète, se concentre, se conserve".
- L'époque est aujourd'hui propice aux reconnaissances mutuelles et il fallait sans doute que chacun fît un bout du chemin pour qu'un dialogue comme celui que vous inaugurez fût simplement possible. Il est temps d'échanger davantage et de travailler plus étroitement ensemble. Vous allez faire, j'imagine, l'état des lieux et l'inventaire des besoins. Vous allez, je l'espère, proposer de nouvelles formes de coopération culturelle, de création en commun plutôt que d'invitations courtoises.
- La France, sachez-le, y sera particulièrement attentive.\

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