Publié le 11 juillet 1989

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert en l'honneur de Son Excellence Mme Corazon C. Aquino, Président de la République des Philippines, Paris, le mardi 11 juillet 1989.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert en l'honneur de Son Excellence Mme Corazon C. Aquino, Président de la République des Philippines, Paris, le mardi 11 juillet 1989.

11 juillet 1989 - Seul le prononcé fait foi

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Madame la Présidente,
- Je veux d'abord vous dire combien je suis heureux de vous accueillir ce soir au Palais de l'Elysée, ainsi que la délégation philippine qui vous accompagne.
- Il y a quelques mois, à Tokyo, au cours d'un repas qui nous avait réunis, nous avions décidé de nous revoir. Et nous avons choisi pour votre première visite d'Etat en France, la deuxième semaine de juillet. Ce n'était pas là le fait du hasard. Placée au coeur d'une année consacrée à la commémoration du Bicentenaire de la Révolution française, cette semaine est en effet, pour nous Français, assez exceptionnelle, puisque c'est celle du 14 juillet, notre fête nationale. J'ai voulu qu'à cette occasion viennent en France quelques-uns de ceux qui oeuvrent pour un monde plus juste et plus généreux, et qui se retrouvent dans les valeurs universelles des droits de l'homme et de la démocratie qu'en 1789, la France proposa au monde. Il convient à merveille, madame la Présidente, qu'avec la visite d'Etat dont vous nous faites l'honneur vous soyez, de ce rassemblement d'amis de la France, la première arrivée. Séparés par la géographie, par tant de mers, nos deux pays se retrouvent dans un même attachement à un idéal de liberté, dans une volonté semblable de vivre en démocratie. Cette volonté, les Philippines l'ont imposée en février 1986 dans le calme et la légalité, et ils vous ont confié leur démocratie naissante. Le grand espoir qui a été mis en votre personne ne s'est jamais démenti, comme l'a prouvé votre succès, l'année suivante, au référendum constitutionnel, puis aux consultations électorales qui suivirent. Cet espoir, cette attente, vous y avez répondu en travaillant avec courage pour la restauration des institutions, des libertés publiques, des droits de l'homme. La tâche n'était pas aisée, elle n'est pas achevée : la démocratie n'est-elle pas un combat permanent ?
- Liberté, mais solidarité également : vous appuyez de votre autorité morale, de votre exemple personnel, la lutte contre la pauvreté, l'analphabétisme, le chômage, la misère affreusement quotidienne de ceux qui n'ont comme unique horizon que la résignation ou la révolte. Les réformes économiques que vous avez décidées, la réforme agraire en particulier, tracent la voie du développement et de la justice sociale.\
Ce que vous entreprenez avec le peuple philippin est suivi ici avec attention et estime. Dès le début, la France vous a apporté son soutien et ses encouragements. Cette sympathie si spontanée, si justifiée doit constituer, maintenant que toutes les conditions en sont réunies, l'assise d'un dialogue renforcé, de relations plus développées entre nos deux pays. Votre venue à Paris atteste que vous le souhaitez également.
- Ce renouvellement de la coopération a déjà commencé. Ainsi, il y a quelques jours, la France a indiqué sa volonté de contribuer au développement de votre pays, lors de la réunion à Tokyo des pays membres de l'initiative multilatérale d'aide aux Philippines. Votre visite va permettre, j'en suis sûr, de donner forme à cet engagement pluriannuel et nous préciserons et les projets et les besoins.
- Que la France se trouve aux côtés des Philippines n'a rien d'étonnant. L'amitié entre nos deux pays, dont je parlais tout à l'heure, y trouve une forme d'expression privilégiée. Mais notre engagement procède aussi de notre conviction que la solidarité des individus, des nations, est la condition même de leur survie. C'est au nom de ces principes - que vous partagez - que la France est intervenue à Tokyo où ailleurs et qu'elle agit dans toutes les instances internationales, partout où c'est possible, pour donner un contenu à ce dialogue Nord - Sud, et construire un environnement économique plus équilibré. Vous connaissez, madame la Présidente, les propositions au nom de mon pays que j'ai faites à la tribune des Nations unies en septembre 1988, touchant la réduction de la dette des pays défavorisés ou ceux qu'on appelle les pays intermédiaires. Ce ne sont pas les plus pauvres, mais ils souffrent d'une dette écrasante, ils ne sont pas riches non plus. A partir de cela, et d'initiatives de certains de nos partenaires, une stratégie de renforcement du traitement de la dette des pays à revenu intermédiaire a été préparée et sera discutée, dans quelques jours, au Sommet des pays industrialisés qui se tiendra à Paris. Je le déclare à nouveau, les Philippines ont vocation à être parmi les bénéficiaires de cette novation.\
Rapprochés par un même idéal pour un monde plus uni, nous le sommes aussi par le souci de servir la paix. Nous avons pu constater cet aprés-midi que nous formions souvent les mêmes voeux, particulièrement pour la région du monde d'où vous venez. L'Asie du Sud-Est se recompose. Nous voulons, comme vous, qu'elle connaisse enfin une paix durable accompagnée d'un effort concerté de développement pour la péninsule et les archipels. Et nous avons ensemble évoqué le Cambodge.
- Comme vous le savez, les parties cambodgiennes se rencontreront autour d'une table à Paris, dans les prochains jours. J'ai reçu ce matin même le Prince Norodom Sihanouk. Je souhaite que ces discussions aboutissent à un rapprochement des points de vue. Le succès de la conférence internationale, réunie à l'initiative de la France avec la participation des Etats de la région, dont les Philippines, des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et du Secrétaire général des Nations unies, s'en trouvera grandement facilité. Une chance s'offre enfin pour le peuple cambodgien de retrouver, après vingt ans de guerres et de souffrances, le droit de décider librement de son avenir et de vivre en paix dans un pays que nous voulons souverain.\
Par delà l'examen de ces problèmes et des autres questions qui ont retenu notre attention, j'ai pu constater que nous avions à coeur ensemble de saisir toute occasion de faire en sorte que nos deux peuples se connaissent mieux.
- Voilà pourquoi, au début de ce voyage d'Etat, je souhaite aussi que les rencontres que vous allez avoir avec toute une série de personnalités très représentatives de nos groupes sociaux et professionnels vous permettent de découvrir la France et qu'en retour, ces interlocuteurs, ceux du gouvernement, de l'administration, du monde industriel, de tous les milieux que vous approcherez, comprennent mieux votre pays, ses aspirations et ce qu'il est en droit d'attendre de nous. C'est donc avec une véritable joie, madame la Présidente, que je vais maintenant lever mon verre, selon la tradition, à votre santé, à la santé de ceux qui vous sont chers, de votre famille, de tous nos hôtes ici rassemblés ce soir et, notamment, bien entendu, de ceux qui sont venus des Philippines, à la santé de tous ceux qui apportent leur concours à l'édification de votre pays. Je lève mon verre à l'amitié entre les Philippines et la France, amitié que j'ai grand plaisir à célébrer avec vous, mes voeux se portent au-delà de nous tous, vers le peuple que vous representez.\

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