Publié le 1 juin 1989

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement de la région d'Albertville en vue des futurs Jeux Olympiques d'hiver de 1992, Albertville le jeudi 1er juin 1989.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur le développement de la région d'Albertville en vue des futurs Jeux Olympiques d'hiver de 1992, Albertville le jeudi 1er juin 1989.

1 juin 1989 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- monsieur le Président,
- que je suis très heureux de retrouver dans ces lieux, dans ces lieux qui vous doivent beaucoup, à vous messieurs, qui avez veillé avec tant de soin, à la mise en place de ces Jeux Olympiques, depuis l'heure où nous avons connu la décision du Comité international.
- Je me réjouis d'être parmi vous. J'ai ce document qui a été publié ici : "premier partenaire des jeux, l'Etat". C'est la délégation interministérielle qui a fait cela et j'aperçois à l'origine deux lettres de moi. Ce n'est pas pour la qualité littéraire de ces lettres que vous les signale, simplement j'ai relevé deux phrases. "J'y voyais pour notre pays une possibilité supplémentaire de rayonnement international, autour un idéal, celui de l'olympisme, synonyme de fête et de fraternité, et un peu plus loin, quelle belle occasion de mobiliser notre pays sur un projet qui à travers le sport va glorifier le sens de l'effort et le dépassement de soi". Je n'ai pas l'habitude de me citer, je le fais rarement, mais cela m'a donné des idées, en lisant cela. Je me suis dit après tout qu'ajouterai-je aux propos tenus par M. le Président du Conseil général, l'animateur, l'initiateur de l'ensemble des choses que nous verrons aujourd'hui et de M. Jean-Claude Killy, dont on connaît l'histoire, les réussites. On en voit la réussite, peut-être n'en mesure-t-on pas suffisamment l'effort et les sacrifices ?
- Qu'ajouter à ce qu'ils diront eux-mêmes ? J'ai bien noté dans l'exposé de M. Barnier un certain nombre de points sensibles indépendamment et au-delà de l'organisation des Jeux olympiques d'hiver. Je veux dire les problèmes propres à ce département et à cette région, qui vont se trouver affrontés soudain à des problèmes qui normalement dépasseraient leurs capacités. Eh bien ils l'ont entrepris, et je veux les en remercier. Ils l'ont entrepris sans savoir exactement au-delà des engagements verbaux, de quelle façon ils la mèneraient à bien, ça c'est une vertu savoyarde, en particulier que de doser, d'entreprendre, d'y consacrer sa volonté, d'en accepter les sacrifices, bref, accepter les risques pour en détenir les chances. Je vois donc dans cette cérémonie, un symbole de vertu nationale sans doute mais particulièrement affirmé dans une région comme celle-ci, autour d'un sport comme celui-ci.\
Le rayonnement de la Savoie, le rayonnement de la France, mais ils vont être considérablement servis par ce qui se déroule dans ces lieux. Vous imaginez la somme de travaux, les perspectives, le financement d'équipements de toutes sortes, qui d'une station d'hiver à l'autre et en particulier au centre, je veux dire à Albertville, indépendamment même de cet immeuble, lycée d'enseignement professionnel, qui sera ensuite restitué, c'est-à-dire qu'il va servir précisément à la formation de la jeunesse. Double signification, qui n'est pas le fruit du hasard, qui a été voulue, la jeunesse est ici chez elle, elle le sera dans le cadre normal de sa formation et de son éducation, elle l'a été, elle le sera, mais elle connaîtra une césure pendant laquelle son application se fixera sur d'autres objectifs, autour du Comité d'organisation des Jeux olympiques. Il y a de quoi exalter la jeunesse. Et ce grand rassemblement international, qui va se réaliser à l'occasion des Jeux, dans trois ans, on pourrait en discuter, et cela a été discuté. Fallait-il le faire ? La France n'a-t-elle pas été imprudente en se portant candidate à l'organisation de ces Jeux olympiques ? Evidemment non. Si nous n'étions pas capables de cela, de quoi serions-nous capables ? C'est un rendez-vous tout à fait clair, simple, dans un temps limité, cela exige le rassemblement des efforts, on rassemblera les efforts, cela exige des financements, on obtiendra les financements. J'ai mis l'accent sur le concours actif et intelligent des responsables de la Savoie, et particulièrement des stations et d'Albertville, qu'est-ce qui nous est interdit ? L'Etat ne vas pas se défausser sur les collectivités territoriales ni même sur le comité d'organisation, chacun sa part. Vous avez pu mesurer, puisque vous en avez parlé, monsieur le Président du Conseil général, le développement des infrastructures, la route, le chemin de fer, votre petite région, entourée de si belles montagnes, image à la fois d'immenses perspectives et d'un lieu qui pourrait être fermé. Il le sera moins demain qu'il ne l'était hier. Car précisément ces infrastructures vont permettre de communiquer davantage avec les régions voisines, avec les pays étrangers, à une époque 92-93 où précisément le marché unique d'une Europe sans frontières correspondra très exactement à l'ouverture à l'intérieur du pays, de la Savoie et d'Albertville, ouverture sur le monde extérieur, d'abord sur l'Europe - car nous sommes passés au centre de l'Europe, avec les dernières adhésions de l'Espagne et du Portugal - et l'ouverture des deux barrières que représentaient les Pyrénées et les Alpes. C'était un pari, vous l'avez fait. Dans tout pari, il y a une imprudence à la base. Et puis qu'est-ce qu'on ferait sans imprudence ? Etait-il si risqué ce pari ? Quand même oui, car il faut de la continuité et de la volonté, on n'est jamais assuré en France de la continuité et la volonté ma foi, elle est également répartie. Mais il s'agit là d'un grand projet spécifique qui pourrait échapper à l'attention de ceux qui vivent dans d'autres régions que la région de nos montagnes, de nos belles montagnes.\
Or il faut que les Jeux olympiques soient à l'origine d'un dépassement des Français, qu'ils soient à l'origine d'un puissant mouvement d'enthousiasme et je le répète, de volonté. Cela me paraît maintenant à portée de la main. Il reste beaucoup à faire, c'est sûr. Les conséquences seront durables, les conséquences heureuses, quelques conséquences le seront moins. Vous m'avez parlé de Modane, monsieur le Président, eh bien c'est vrai qu'à compter du moment où les frontières seront ouvertes, il y a beaucoup de villes frontières qui étaient affermies par la présence de la fonction publique, laquelle se trouve remise en question. Il faut donc trouver des projets de substitution. C'est l'une des raisons pour lesquelles je suis accompagné par le responsable de l'aménagement du territoire, qui doit veiller à ce que l'industrie ait les moyens de prospérité, perdus par une évolution comme celle-ci - ou qui risque de l'être - soit compensée. C'est ça la solidarité entre les Français, entre les régions, les départements, entre l'Etat et les collectivités. Je puis vous garantir que tout cela sera mis en place.
- Vous avez d'autres problèmes, plus particuliers, que je ne puis prétendre résoudre comme cela surtout à la faveur d'un discours, le problème de l'hôpital et des moyens de sécurité. C'est un immense chantier que vous avez entrepris, c'est un immense chantier que vous nous avez confié, monsieur le Président, lorsque le Comité international a bien voulu choisir, non seulement la France, mais particulièrement Albertville. Car on n'avait pas au point de départ les équipements nécessaires. N'importe quel lecteur de journal peut constater chaque année en hiver, quand la neige est là, que les embouteillages y sont aussi, et qu'il est extraordinairement difficile d'atteindre Albertville ou bien de la dépasser. Moi, j'évite ce genre de choses, donc vous ne pouvez pas me compter parmi vos habitués. Je le regrette, en tant que citoyen, mais si tel était mon goût, j'aurais quelques difficultés à me résigner à attendre des heures et des heures chaque week-end pour pouvoir bénéficier de l'air pu là-haut et de la beauté de ces lieux. Donc l'ouverture de cette impasse était un élément déterminant du développement de la Savoie, et particulièrement de cette Savoie-là.\
M. le Président du Conseil général et M. Jean-Claude Killy sont venus me voir tout à fait à l'origine. Je les ai encouragés. Ce n'est pas pour les laisser tomber en route. C'est pour à la fois les remercier de la conception de l'idée puis de la volonté de l'effort, puis de la somme de travail déjà accomplie, compliment que je pourrais adresser aussi aux représentants des différentes administrations d'Etat qui coopèrent je crois sans la moindre réserve à la réussite de cet effort. Et puis après tout il s'agit des Jeux Olympiques, les Jeux Olympiques c'est un grand rassemblement de la jeunesse, de la jeunesse sportive. Autant que possible, quand on est engagé dans cette belle course-là, on a envie que ses propres couleurs soient bien servies. Bref, on aimerait bien que les Jeux Olympiques d'hiver d'Albertville, voient de nouveau le succès français. Ils s'étaient un peu ralentis à certaines périodes, hein ? Vous voyez de quoi je parle. Depuis la glorieuse époque. On ne peut pas demander que ce soit toujours comme cela, avoir des champions d'exception. Mais enfin on a besoin qu'il y ait des générations, des équipes, un mouvement général, tout cela va reprendre. Et un titre olympique, c'est rarement un coup de chance, c'est toujours ou presque toujours le fruit d'un travail, d'une discipline, d'une application, d'une abnégation, sur des années. Et combien, tout en exaltant leur jeunesse, la sacrifient aussi. Il faut toujours penser à cela. C'est en même temps un bel exemple car une Nation, comme un individu, ne vaut que par sa capacité de se dépasser elle-même. Et le sport est le bon terrain sur lequel on peut constater cette évidence-vérité. Le sport, les Jeux Olympiques, ont la magnificence d'une compétition qui enthousiasme des millions et des millions, on pourrait dire des milliards d'êtres humains, en raison des moyens dont nous disposons désormais pour communiquer les images. Quand on pense que c'est là que cela va se passer, que dans le monde entier, on saura mieux sans doute ce qu'est Albertville qu'on ne le savait auparavant, sans vouloir en quoi que ce soit offenser et la ville d'Albertville qui vient de me recevoir si gentiment et les grandes stations d'hiver dont les noms figurent comme un bouquet, un admirable bouquet de belles réussites sur les cartes de la région. Je suis venu vous dire bonne chance. Et comme la chance se fait avec l'esprit et avec les mains, comme la chance ne vient pas comme cela... Si on compte sur elle, elle peut venir la chance, et puis elle vous abandonne et ceux qui comptent sur elle en sont, si j'ose dire, pour leurs frais d'espérance. Rien ne vaut sans le travail et sans l'effort.
- Les Jeux Olympiques vont nous offrir l'occasion de vanter, à travers l'époque qui est la nôtre, la capacité de la France à montrer ce qu'elle vaut, au travers de sa jeunesse, au travers de ses entreprises, et au travers de ses élus. Alors, comme vous l'avez dit vous-même, monsieur le Président du Conseil général, alors unissez-vous, je crois que c'est déjà fait, unissez-vous pour réussir, ce sera notre réussite commune, ce sera la réussite de ceux qui n'y ont rien fait, mais qui se sentiront comme portés par les résultats de votre action. En somme, vous aurez montré une vertu exemplaire. Et qu'est-ce que je peux attendre d'autre des Français que je rencontre ? Que de montrer qu'ils détiennent en eux-mêmes des vertus exemplaires. La force de l'exemple, je la trouve ici, je vous en remercie.\

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