Publié le 6 octobre 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la protection de la nature et des espèces en voie de disparition, notamment l'ours, Paris, Muséum d'histoire naturelle, le 6 octobre 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la protection de la nature et des espèces en voie de disparition, notamment l'ours, Paris, Muséum d'histoire naturelle, le 6 octobre 1988.

6 octobre 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Nous adresserons nos premiers remerciements aux hautes personnalités de l'Union internationale pour la conservation de la nature qui, tenant leur 40ème assemblée générale à Fontainebleau se trouvent parmi nous et d'abord bien entendu, à Sa Majesté la Reine Nour de Jordanie ainsi qu'à Son Altesse M. le ministre de l'environnement du Sultanat d'Oman, en même temps qu'à M. le Président de l'Union Internationale.
- Ces personnalités continuent d'assumer une responsabilité que je crois essentielle. Il y a quarante ans en effet, en France, à Fontainebleau déjà, un certain nombre de personnes fondaient cette Union pour une action jugée indispensable après les drames de la deuxième guerre mondiale et les désastres subis non seulement par l'homme mais aussi par la nature. Et parmi ces fondateurs, plusieurs Français, notamment M. Roger Heim qui était à l'époque directeur du Muséum. Le temps a passé, la relève a été assurée et fort bien assurée et je tiens, madame, à vous dire notre joie de vous avoir parmi nous. Il m'est arrivé déjà plusieurs fois de pouvoir connaître l'hospitalité dans votre capitale, avec Sa Majesté le Roi `Hussein`, de vous recevoir ici-même et c'est un vrai plaisir pour nous tous que de vous voir très attachée aux problèmes de la nature dont vous vous occupez, je le sais, activement en Jordanie et dans le monde.\
Mais je ne veux pas oublier ceux qui sont à l'origine de cette exposition "d'ours en ours", c'est-à-dire les équipes du Muséum, ceux qui dirigent cette Institution et ceux qui chaque jour s'y dévouent, lui apportent leur travail, leur compétence. J'ai pu remarquer une fois de plus puisque j'ai eu le plaisir de venir encore assez récemment visiter votre exposition sur les pierres et que j'ai bien l'intention de suivre pas à pas les progrès qui seront accomplis au cours des années prochaines pour la restauration et la mise au net du Muséum d'Histoire Naturelle qui mérite d'être placé parmi les organismes indispensables à la préservation du patrimoine, de la mémoire de notre société, sans oublier bien entendu les immenses services que peut rendre la connaissance, la science dans ce domaine comme dans les autres.
- J'ai voulu m'associer à cette initiative. C'est pourquoi je me trouve parmi vous cet après-midi. Sans faire de grand discours, on sait bien qu'à mesure que se développe la société industrielle, quels que soient ses propres progrès au demeurant, il n'en reste pas moins que l'environnement s'en trouve menacé dans nos sociétés, tandis que dans le même moment l'insouciance ou l'ignorance font qu'un peu partout sur la surface de la terre reculent les lieux et les moyens pour l'homme de vivre, de s'abriter, de se nourrir. C'est la désertification qui gagne chaque année d'une façon qui vous paraîtrait tout à fait effrayante si vous pouviez en mesurer les effets £ un certain nombre de kilomètres par an au Sahara, vers le Sud.
- Je me souviens du temps où je pouvais aller à Tombouctou où à Saint-Louis en traversant de belles forêts. J'y suis allé plus récemment : ces villes qui ont marqué l'histoire de l'Afrique et la nôtre, sont aujourd'hui cernées par les déserts. Ce recul de la forêt a provoqué, il n'y a pas si longtemps, la création - j'en ai pris l'initiative avec quelques autres - d'une sorte de congrès international autour de la forêt. Plusieurs chefs d'Etat africains avaient bien voulu se joindre à nous pour mettre sur pieds une organisation sérieuse.
- Mais enfin dans cette bataille, pour l'instant, c'est la nature qui perd en dépit des bonnes volontés conjuguées et de vos efforts, de vos connaissances, du prosélytisme de quelques dizaines de milliers de femmes et d'hommes qui ont compris avant les autres que nous nous détruisions nous-mêmes, oubliant toujours - on dit l'homme et la nature - mais qu'après tout nous sommes partie prenante de la nature. Nous participons des équilibres même que nous nous chargeons de détruire.
- Alors tout ce qui peut permettre de mobiliser les intelligences et les énergies, c'est le travail que fait l'Association internationale. C'est le travail que font beaucoup de militants dans des organisations diverses autour de l'environnement et de l'écologie. C'est le travail auquel se livrent d'un autre point de vue les savants, les chercheurs. Ceux qui dans cette maison cherchent à mieux comprendre et à faire comprendre la chaîne des espèces. S'y ajoute le concours des artistes, des créateurs capables de représenter et de symboliser la réalité de ce combat.\
J'ai vu, il y a quarante-huit heures, le film de Jean-Jacques Annaud sur l'ours. C'est vraiment une pièce admirable, impressionnante, redoutable et belle.
- Ce sont des initiatives de ce genre, des actes créateurs de ce type qui permettront de diffuser, de populariser la nécessité de cette lutte. Voilà pourquoi je tiens en cet instant et ici même à témoigner pour ceux qui se sont engagés dans cette rude compétition où l'homme finalement doit se protéger lui-même, contre lui-même en préservant, en protégeant et en comprenant la nature, en ne faisant pas de la science l'ennemie de la nature mais son alliée.
- Je vous souhaite naturellement de réussir dans vos -entreprises. Je vois que l'intérêt grandit autour de ces problèmes. J'ai également remarqué la très bonne qualité du travail de l'exposition elle-même, le soin qu'ont apporté ceux qui s'en sont occupé en même temps que la clarté des explications dont j'ai été le bénéficiaire. C'est donc un grand merci que j'adresse à celles et ceux qui sont ici, dont j'imagine bien qu'ils sont un peu le noyau de ces efforts même si ces noyaux sont dispersés, ceux qui à des degrés divers et par des cheminements différents sont parvenus à cette conviction qu'il faut préserver les espèces animales, qu'il faut préserver les lieux où vivent ces espèces. A quoi servirait-il de protéger les ours si dans le même moment on détruit leur habitat et leur mode de vie ? Résultat, il ne reste plus que quelques unités d'ours dans nos Pyrénées avec - ainsi que vous me l'expliquiez - le même processus que celui qui s'est produit il y a quelque trente ans dans les Alpes où il n'y en a plus, et en Europe aussi, et en Asie où ils se réfugient dans les immenses espaces soit qu'il y fasse très froid, soit que l'accès en soit très difficile, soit que comme toujours l'élément désertique l'emporte. Le désert éloigne l'homme mais il éloigne aussi la plupart des espèces animales. Alors, il faut s'unir. Il y a quelques années, en 1982 j'ai lancé un appel pour la sauvegarde des ours et je pourrais généraliser le raisonnement.
- Alors, je recommence puisque j'ai décidé de recommencer. Il faut que tout recommence, eh bien l'ours aussi ! Et il faut recommencer aussi à réunir tous les efforts qui permettront - M. le ministre de l'éducation nationale, M. le ministre d'Etat qui est ici le sait bien comme M. le ministre de la culture, M. le secrétaire d'Etat à l'environnement - il faut absolument que nous fassions du Muséum d'Histoire Naturelle l'un des hauts lieux de la science française. C'est déjà fait - mais aussi un lieu qui permettra, dans le bon sens du terme, de faire connaître, de faire comprendre, de rendre accessible à la connaissance du plus grand nombre les problèmes et le savoir détenu dans ces lieux très augustes, dans ces lieux qui m'impressionnent toujours car ils représentent trois siècles pendant lesquels des hommes simples, qui n'ont pas cherché autre chose que de faire leur travail, se sont appliqués à nous apporter ce bel héritage d'aujourd'hui.
- Madame, Altesse, monsieur le Président et vous monsieur le directeur, mesdames et messieurs je vous remercie de votre accueil, nous sommes ici pour travailler à l'avenir prochain. Merci pour ce qui a été accompli dans le passé.\

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