Publié le 7 juin 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la carrière de M. Youri Martchouk, Président de l'Académie des sciences d'URSS, sur la coopération franco-soviétique notamment en matière scientifique, Paris, le 7 juin 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la carrière de M. Youri Martchouk, Président de l'Académie des sciences d'URSS, sur la coopération franco-soviétique notamment en matière scientifique, Paris, le 7 juin 1988.

7 juin 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames,
- messieurs,
- Nous sommes ici, dans ce salon du Palais de l'Elysée afin d'entourer M. le Professeur Martchouk, Président de l'Académie des sciences de l'Union soviétique, auquel j'aurai l'honneur et le plaisir de remettre dans un instant les insignes de commandeur de la Légion d'honneur. On pourrait considérer comme traditionnel ce type de cérémonie. Mais elle prend un tour particulier en raison de la personnalité de celui qui se trouve distingué par la République française, du rôle qu'il remplit dans son pays et dans la communauté internationale scientifique, enfin en raison des relations qui existent entre l'Union soviétique et la France. M. Youri Ivanovitch Martchouk est, comme vous le savez, Président de l'Académie des sciences de son pays, après avoir parcouru une carrière qui le destinait à occuper ces hautes fonctions, notamment en Sibérie où, à Novosibirsk, il a dirigé des centres de recherche - il est lui-même réputé pour son grand savoir dans les sciences physiques et mathématiques - Novosibirsk, j'y pense, ville où je me suis trouvé un jour et où j'ai fait la connaissance de celui qui est aujourd'hui l'ambassadeur de l'Union soviétique à Paris `Yakov Ryabov`. J'ai su, bien entendu, que s'y déroulaient des recherches et des travaux d'une qualité exceptionnelle. M. Martchouk a été appelé par la confiance des siens aux hautes fonctions qu'il occupe aujourd'hui. Cela ne suffirait pas si je n'ajoutais qu'il a été particulièrement actif pour faire que cette Académie connaisse, par des restructurations et des modernisations, une capacité nouvelle et reconnue par tous à aborder les problèmes de notre époque, par l'extension de ses relations internationales et par son ouverture d'esprit.
- J'ajoute que M. Martchouk est depuis longtemps un connaisseur et un ami de la France. Ce n'est pas la première fois qu'il se trouve parmi nous. Il est déjà Docteur Honoris Causa de l'université Paul Sabatier à Toulouse et la plupart des grands savants français le connaissent et l'estiment. D'ailleurs plusieurs d'entre eux se trouvent parmi nous ce soir.
- Pendant son séjour en France, M. Martchouk aura naturellement des contacts avec l'Académie des sciences française, également avec le Centre national de la recherche scientifique, comme avec le Centre national d'études spatiales. Je crois qu'il joindra à ses diverses occupations le soin de célébrer avec nous le colloque organisé en l'honneur de M. Lions, lui-même savant français qui se trouve parmi nous. C'est dire que nous sommes là au sein d'une communauté qui a su, non seulement tisser entre ses membres une sorte de juste compétition pour le savoir, pour la connaissance, mais aussi pour l'échange de ces connaissances, à quoi se sont naturellement ajoutés, en raison de la qualité des protagonistes, des relations personnelles, un climat amical, auquel, je dois le dire, je suis particulièrement sensible.\
L'Académie des sciences de votre pays, monsieur Martchouk a déjà une ancienne existence. Elle a été créée, je crois, par Pierre Le Grand, en 1724, quelques années après - sept ans, puisque c'était en 1717 - que Pierre Le Grand eût été lui-même correspondant de l'Académie des sciences française. On peut penser qu'il y a entre ces deux dates et leur proximité, une interaction qui marque l'influence de quelques hauts personnages de la pensée française, pensée rapidement devenue universelle - je pense surtout à Diderot - cette relation marque bien que dès les premiers temps nous étions destinés vous, Russes et nous, Français, à prendre part à de nombreuses démarches communes. C'est ce que nous avons fait au cours de ces dernières années, par la meilleure connaissance de l'espace £ Vénus, la comète de Halley, les technologies françaises ont pris part à cette grande -entreprise £ de même que nous allons bientôt engager le deuxième vol orbital habité par des Soviétiques et par un Français, expérience que je souhaite se voir renouveler encore une fois et peut-être d'autres encore au cours des prochaines années.
- Je n'oublie pas toute une série de propositions, qui ont connu un début de mise en oeuvre sur le plan européen, auxquelles la France a participé : je pense en particulier au projet d'étude pour un réacteur de fusion nucléaire expérimental qui avait fait l'objet d'un entretien que j'avais eu, il y a quelques années, avec M. Gorbatchev. Eh bien, au centre de tout cela, on retrouve constamment M. Youri Ivanovitch Martchouk, à la fois présent dès lors qu'il s'agit des applications de la science et présent dès lors qu'il s'agit des relations scientifiques internationales de toute sorte entre son pays et le nôtre.\
Voilà bien des titres qui valaient que le gouvernement français, qui est à l'origine de l'invitation faite à M. Martchouk, et moi-même qui suis le premier responsable des grands Ordres nationaux, nous puissions décerner cette distinction, commandeur de l'Ordre national de la Légion d'honneur, au Président de l'Académie des sciences soviétique.
- Je veux marquer cet événement, puisqu'il signale à travers le temps, bientôt deux siècles et même deux siècles et demi de communauté scientifique, avec une renaissance actuelle à laquelle j'attache le plus grand -prix, car elle s'insère dans un mouvement général des idées, dans un rapprochement et une meilleure compréhension entre nos deux pays £ une démarche orientée vers la paix et, parmi les éléments pour la conquête de la paix, il y aussi la démarche scientifique. Plus nous ferons se rencontrer ceux qui détermineront la marche du temps au travers du siècle prochain, plus nous enthousiasmerons les meilleurs esprits, plus nous engagerons la jeunesse à s'intéresser à ces nouvelles conquêtes, et plus nous renforcerons l'oeuvre de paix et de rapprochement heureusement commencée au cours de cette dernière année par les accords sur le désarmement. Plus nous serons enclins à nous associer dans des travaux pacifiques de haute qualité scientifique - de science pure, de science appliquée avec assurément les débouchés industriels auxquels nous songeons - et plus nous renforcerons la qualité de l'amitié entre l'Union soviétique et la France que je souhaite. Rien ne vaut des conversations franches, rien ne vaut l'explication des raisons mutuelles. Et sachant combien l'histoire a été - disons depuis la fin du XIIème siècle - constamment marquée par une communauté d'intérêts, une proximité géographique, quelles qu'aient été les divergences idéologiques qui se sont retrouvées souvent à travers le temps par une sorte de volonté dont on ne peut discerner le sens, qui veut que rarement la France et la Russie ont été exactement accordées quant à leurs systèmes intérieurs et pourtant presque constamment accordées dans leurs démarches extérieures, encore vaudrait-il mieux, naturellement que tout marchât de pair. C'est à cela que nous travaillons. J'y travaille moi-même avec le sentiment que par les temps qui courent nous sommes en mesure de faire de grands pas en avant. Il faut que les principaux responsables de l'Union soviétique et son principal responsable le sachent, d'ailleurs ils le savent déjà. M. Martchouk nous aura donné l'occasion de le rappeler.
- Je vais maintenant, mesdames et messieurs, procéder à la remise de cette distinction.\

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