Publié le 10 mars 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de sa visite du chantier de construction du collège de Montsauche, jeudi 10 mars 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de sa visite du chantier de construction du collège de Montsauche, jeudi 10 mars 1988.

10 mars 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Monsieur le conseiller général,
- J'ai vu pratiquement chaque étape, d'abord de la destruction, puis de la reconstruction de Montsauche, et puis le temps a passé, et j'assiste maintenant à sa modernisation, à l'installation d'équipements qui ont cruellement manqué et qui permettront à la population et d'abord aux enfants, de rester sur place en poursuivant leurs études et donc de demeurer dans leur milieu tout en ayant leurs chances scolaires afin de poursuivre ailleurs, pour ceux qui le souhaiteront ou qui le pourront, leur carrière professionnelle.
- Parmi vous, j'imagine que sont venus des gens de l'extérieur, qui n'ont pas vécu, qui ne connaissent pas l'histoire de Montsauche. Je ne la rappellerai pas plus qu'il ne le faut, sinon pour rappeler que là aussi, à la fin de la guerre, les Allemands en retraite, tandis que les maquis de résistants partout assaillaient, ont dans un dernier moment de défense ou de colère, mis le feu, provoquant beaucoup de désastres familiaux, provoquant la mort de quelques personnes, et laissant derrière eux une trace que nous avons mis longtemps à effacer. Et lorsque moi-même j'ai été élu dans ce canton, c'était en 1949, j'habitais comme tout le monde dans des baraquements encore fort incommodes. Pendant combien d'années, chers amis, vous êtes là, vous en étiez les témoins, souvent les acteurs, pendant combien d'années avons-nous vécu de cette façon, tandis que les élus municipaux, derrière Paul Philippot s'acharnaient à bâtir maison par maison, à suivre les travaux de l'équipement et par conviction, se dévouer, avec un soin extrême, à leurs concitoyens.\
Je me souviens du drame du collège, monsieur le maire. Un moment donné, il s'est établi une nouvelle carte scolaire - je ne pourrais pas vous dire laquelle, il y en a eu tellement depuis cette époque - qui aboutissait à l'éclatement de ce canton. Il n'y avait plus de collège. Alors les enfants de l'est du canton devaient aller à Saulieu, d'autres devaient aller à Lormes, à l'ouest, ceux du sud devaient aller à Château-Chinon, d'autres encore à Autun. C'est-à-dire que le canton n'existait plus dès lors que les enfants étaient à ce point séparés, et les familles étaient obligées de se préoccuper d'organiser des circuits éclatés, tous au dehors, non seulement du canton, mais du département. C'était la fin de ce canton. Alors nous avons organisé, monsieur le Préfet, la grève. Nous avons mobilisé la population, nous vous avons assailli devant témoins publics, messieurs les maires, les conseillers municipaux, tous les responsables de toutes sortes, moi-même, nous avons bataillé et tenu le terrain. La République, finalement bonne âme, a estimé que l'on ne pouvait pas faire subir à ce canton martyr une souffrance supplémentaire et nous avons récupéré notre collège. Mais c'était une récupération un peu sur le papier, parce qu'il y avait bien un collège mais il n'y avait pas de bâtiment ou bien les derniers baraquements tombaient en ruines avec le temps.
- Bon alors, on a recommencé. Cala a encore duré longtemps. On a pu obtenir que le département, qui avait bien voulu inscrire dans ses crédits la construction d'un collège par an, plaçât Montsauche en bon rang, je crois que c'était le troisième. Et encore cela a été tout juste, parce que quand le troisième est arrivé, c'était le moment de la décentralisation. De telle sorte que la bousculade entre les responsabilités du Conseil général pour le collège et puis la fin des aides de l'Etat sur lequel était bâti pratiquement notre projet, ont fait que nous risquions, au moment où le département avançait sur le devant de la scène, de voir disparaître celui qui par derrière était notre principal soutien. Et je dois dire que, en relations étroites avec les élus, notamment avec M. le conseiller général, nous avons pu sauver la mise du collège du canton de Montsauche. Cela m'a valu d'être votre invité privilégié parce que j'ai inauguré la première pierre. J'ai l'impression aujourd'hui d'inaugurer la pierre du milieu, et je serai peut-être là pour, à titre amical, inaugurer la dernière pierre, enfin si vous m'invitez. C'est dire à quel point on peut suivre de près les événements de Montsauche.\
Et je me réjouis chaque fois bien entendu de me retrouver parmi vous, vous êtes si nombreux ici, que je reconnais, qui avez été des compagnons de vie. Il y en a avec lesquels j'ai mené des campagnes électorales, il y en a, que je vois très bien, contre lesquels je les ai menées, ou qui les ont menées contre moi, c'est à mon avis plus évident, qui etc.. Au total nous avons réussi à bâtir une collectivité, un esprit de communauté dans ce canton, dans ce canton souvent malheureux, parce qu'un canton très pauvre, où les productions sont modestes. Il y a pourtant des hommes travailleurs. Nous avons réussi précisément dans l'amour commun de ce pays, et du grand, nous avons passé, surpassé, et vraiment, au cours de ces dernières années avec quel plaisir les uns et les autres, nous avons pu nous retrouver. C'est encore le cas aujourd'hui chers amis, et je vous remercie très vivement de votre invitation qui me donne l'occasion de le vivre et de vous le dire. Et je sais que le conseil général, que le département, restent très solidaires de ce qui se fait ici. J'en remercie le Président du conseil général, mon ami Bernard Bardin. Quand je dis mon ami, il faut vraiment qu'il le soit parce qu'il est mon successeur. En général on ne les aime pas, c'est vrai en général on n'aime pas avoir des dauphins. On s'entend très bien et je sais à quel point Bernard Bardin et toutes les équipes nouvelles, disons plus récentes, réussissent dans leur travail de développement de la Nièvre envers et contre tout.\
Voilà. Ce collège, cette école, on en voit bien le plan maintenant, tout cela se dessine, sur le terrain, nous n'en avions que les plans jusqu'alors, le dessin, c'était un peu abstrait. Vous nous montrez maintenant des choses qui sont, des choses qui vivent, qui vont vivre plus encore, et qui permettront aux petits Morvandiaux de continuer de vivre chez eux, et de comprendre la beauté, l'âpreté, mais la beauté de leur pays, et pour être fidèles à ce qu'ils aiment, les Morvandiaux fournissent un exemple rare.
- Voilà, monsieur le maire, nous terminons aujourd'hui une journée consacrée au Morvan, qui nous a conduits de Château-Chinon avec deux inaugurations, à Planchez, avec une cérémonie triste et en même temps nécessaire, à Ouroux pour une autre célébration du souvenir, et enfin là, où nous célébrons l'avenir.
- Merci aux artisans de cette oeuvre, aux bons ouvriers de toutes sortes, les élus, les entreprises, les fonctionnaires, les enseignants, qui sont à pied d'oeuvre, qui ont participé, je crois, à l'élaboration des plans et qui vont être finalement ceux qui représenteront l'âme de ce collège, l'âme de cette école. Et on ne dit pas assez - je l'ai même dit un peu tard, voyez, j'ai été accueilli par un soupir de soulagement - on ne dit pas assez à quel point le corps enseignant, quelle que soit la qualification dès lors qu'elle est fondée sur le savoir, et sur l'amour du métier, on ne sait pas à quel point ils rendent service au pays en développant le secret de toute chose, de toute maîtrise de l'esprit et du corps, de la société, la connaissance.
- Eh bien voilà, l'instrument, vous allez le parachever. Je vous souhaite bonne chance. J'ai passé une très bonne journée avec vous, je vous en remercie. A plus tard.\

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