Publié le 2 mars 1988

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la séance d'ouverture du sommet de l'OTAN, sur la dissuasion nucléaire et le désarmement, Bruxelles, mercredi 2 mars 1988.

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la séance d'ouverture du sommet de l'OTAN, sur la dissuasion nucléaire et le désarmement, Bruxelles, mercredi 2 mars 1988.

2 mars 1988 - Seul le prononcé fait foi

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1. La France et l'Alliance.
- Je tiens à déclarer, dès maintenant, au nom de mon pays, que la France, membre de l'Alliance, reste entièrement fidèle aux engagements que nous avons contractés les uns envers les autres, notamment à l'article V du Traité : "les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord serait considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties".
- Elle entend, de ce fait - sans remettre en cause, de quelque façon que ce soit, sa situation particulière au regard du commandement militaire intégré de l'OTAN - participer à la discussion sur les grandes orientations de l'Alliance, comme c'est le cas aujourd'hui pour le désarmement.\
2. La sécurité.
- Le Traité de Washington a près de quarante ans. Depuis sa signature notre alliance défensive a atteint ses objectifs. La sécurité de tous ses membres a été préservée, sécurité qui demeure notre objectif premier. Mais comment ? Par quelle stratégie ? Avec quels moyens ?
- 3. La dissuasion et l'arme nucléaire.
- Notre dissuasion, on le sait, est une stratégie de prévention, de dissuasion. Elle doit le rester. Ce qui revient à dire qu'il faut constamment réunir les moyens propres à empêcher la guerre et à interdire toute menace sérieuse de guerre.
- A cet égard, j'observe que l'arme nucléaire demeure la clef de voûte de cette stratégie, car les armes conventionnelles ne peuvent à elles seules dissuader. J'observe également que le Traité ABM garantit l'équilibre de la dissuasion et je pense qu'il serait bon de le rappeler dans nos conclusions.\
4. Arrêter la course aux armements - rechercher le désarmement simultané et controlé.
- Le sujet à l'ordre du jour de notre réunion est centré sur le désarmement. Aussi est-ce le moment de rappeler cette règle absolue : tout désarmement doit avoir pour résultat d'accroître la sécurité de tous. Il ne serait pas acceptable qu'il en fût autrement.
- Cependant la dissuasion nucléaire ne signifie pas redondance ou accumulation indéfinie d'armements. Ramené à des niveaux beaucoup plus bas l'arsenal nucléaire des deux principales puissances continuera d'être dissuasif. C'est pourquoi j'approuve sans réserve la démarche actuelle du Président Reagan et de M. Gorbatchev. L'accord américano-soviétique de décembre sur les FNI est un bon accord. De même une réduction de 50 % des armements stratégiques américains et soviétiques serait la bienvenue.
- Mais, pour l'Europe, j'y insiste, priorité doit être reconnue au désarmement des forces dites classiques ou conventionnelles sur la base des principes suivants : réduction drastique du niveau général, correction des asymétries, élimination des capacités d'attaque surprise, mesures de confiance et vérification. Là est l'urgence, à laquelle on ajoutera l'élimination des armes chimiques. Ceux des Européens qui redoutent encore les effets de l'Accord de Washington y trouveront la meilleure réponse à leur inquiétude.\
5. Conclusion.
- Vous connaissez les réserves françaises sur la stratégie de riposte graduée adoptée par le commandement intégré de l'OTAN il y a vingt-et-un ans. Je tiens à les redire ici. Je m'en suis entretenu avec plusieurs d'entre vous.
- Pour conclure, je répéterai qu'à nos yeux la stratégie de l'OTAN doit dissuader tout agresseur afin d'empêcher la guerre et d'apaiser les craintes légitimes des populations qu'elle vise à protéger.
- La France souhaite l'ouverture, le plus tôt possible, de la négociation sur les forces conventionnelles et l'accélération de la négociation sur les armes chimiques.
- Pour y parvenir elle demande qu'il soit dit aux Soviétiques que s'ils ne s'engageaient pas sur ce terrain, et dans un délai raisonnable à fixer, il deviendrait indispensable à l'Alliance de prendre d'autres dispositions, afin de rétablir les équilibres nécessaires.\

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