Publié le 9 octobre 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au lycée Jean-Mermoz à Buenos-Aires, vendredi 9 octobre 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au lycée Jean-Mermoz à Buenos-Aires, vendredi 9 octobre 1987.

9 octobre 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le ministre,
- Monsieur le Proviseur,
- Mesdames et messieurs, et vous tous qui m'écoutez, des plus jeunes à ceux qui parviennent aux classes terminales, je me réjouis de vous rencontrer dans cet établissement, marqué par la démarche commune de l'Argentine et de la France, le bilinguisme et, sur le -plan juridique, une convention particulière qui fait que l'Education nationale française et l'Education nationale argentine se trouvent associées dans la conduite de ce lycée.
- C'est un bon exemple que vous donnez. Vous êtes comme une avant-garde, puisque vous mêlez, tout en les distinguant, deux formes de connaissance, deux approches distinctes et puisque vous serez, dès le point de départ, habitués à maîtriser deux des grands rameaux des langues romanes qui, dans le siècle futur pourraient représenter l'élément principal dans la grande compétition des langues qui s'affrontent et se concurrencent dans le monde.
- Vous portez un beau nom, lycée Jean Mermoz, d'une grande valeur symbolique. On vous apprend certainement qu'il s'agit d'un aviateur, fameux parmi les plus fameux, qui a contribué, en y consacrant une part de sa vie, jusqu'à la mort, à l'établissement d'un lien physique, et aussi intellectuel et moral, entre nos deux pays par une aventure périlleuse c'est-à-dire en prenant ses risques, par un acte d'intelligence, de courage. La France peut proposer d'autres exemples. L'Argentine aussi, mais celui-là a le privilège d'être parfaitement significatif de la tentative qui se poursuit désormais pour que nos deux peuples et nos deux formes de culture, au demeurant si voisines, soient de plus en plus partagées et communes.
- Chaque fois qu'il m'est donné d'aller dans un établissement où l'on enseigne la langue française, aux quatre coins du monde, j'éprouve un sentiment d'orgueil légitime qui englobe toute l'histoire de la France, toutes opinions mêlées, engageant à la fois les actes historiques les plus contraires et qui font cependant un tout : c'est la France. C'est l'histoire de la France, c'est la langue de la France, c'est une approche culturelle dont on reconnaît la valeur.
- Je pense qu'il en est de même pour le peuple argentin qui a su s'affirmer en tant que tel il y a maintenant plus d'un siècle et demi, qui a fait ses preuves, qui est un grand peuple et qui représente un apport culturel parmi les plus remarquables. On me faisait remarquer hier qu'à la seule université de Buenos-Aires, on comptait cinq prix Nobel, ce qui, hors deux ou trois universités américaines, assez gâtées sur ce -plan, représente certainement l'un des degrés de réussite intellectuelle parmi les plus exceptionnels. Encore n'est-ce pas la preuve suprême, ce ne sont pas les prix qui déterminent le niveau des valeurs, il y a un fond culturel dans tout ce peuple argentin. Aujourd'hui vous êtes, vous, surtout les enfants porteurs de ce passé qui contient l'avenir. Rien de tout cela ne serait possible si nous n'avions pas les enseignants, professeurs, instituteurs.\
Je suis donc très content d'être avec vous et je suis sûr que mes compagnons de voyage éprouvent le même sentiment. On se sent bien chez vous ! On sent surtout qu'il y a une masse de virtualités : c'est l'espoir, c'est l'avenir, c'est demain. Et vous êtes quand même le présent, c'est vous qui le faites, mesdames et messieurs les enseignants qui avez par définition mêlé déjà et intégré en vous-mêmes les cultures dont nous parlons.
- C'est visiblement un bel établissement. Je crois qu'il a été inauguré il y a quelques 23 ou 24 ans : vous êtes donc au début d'une belle et grande aventure £ vous avez quelque chose des pionniers ou des fondateurs. D'ailleurs, quand on apprend, quand on enseigne, on est toujours au début de quelque chose.
- J'aimerais pouvoir remercier chacune et chacun d'entre vous. Je ne puis le faire mais je voudrais que ces quelques paroles puissent simplement bien marquer à quel point la France se réjouit de ce prolongement d'elle-même à Buenos-Aires, dans l'intime association avec son amie la République argentine.
- C'est vers vous maintenant que je me tourne, monsieur le ministre. Par votre nom et par ce que vous êtes, vous signifiez beaucoup de choses dans les affirmations de la pensée, de l'action en République argentine : la démocratie qu'il a fallu reconquérir, les sacrifices qu'il a fallu consentir, les deuils que l'on pleure toujours, les espérances qui habitent, j'en suis sûr, votre coeur : je tiens à vous en remercier.
- Mesdames et messieurs, vous avez chanté tout à l'heure les hymnes nationaux. C'est presque banal de dire Vive l'Argentine et Vive la France. J'ajouterai Vive la République parce qu'après tout cela me concerne aussi. Mais ce n'est jamais banal pour moi : on peut répéter comme quelques-uns, bien rares, dans le vocabulaire, quelques mots sans jamais s'en lasser,
- Vive l'Argentine, Vive la France.\

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