Publié le 14 février 1986

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au bâtiment socio-éducatif du village d'enfants de Chatillon-en-Bazois dans la Nièvre, vendredi 14 février 1986.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au bâtiment socio-éducatif du village d'enfants de Chatillon-en-Bazois dans la Nièvre, vendredi 14 février 1986.

14 février 1986 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au bâtiment socio-éducatif du village d'enfants de Chatillon-en-Bazois dans la Nièvre, vendredi 14 février 1986. - PDF 179 Ko
J'ai vu, il y a maintenant quelques années, les débuts, la construction, les efforts difficiles, pour rassembler les financements, l'extrême volonté qu'il a fallu pour aboutir, le rôle déterminant de Pierre Saury, dont le nom vient d'être inscrit sur la pierre à l'entrée de ce village. Et puis Paule Saury a tenu bon, envers et contre tout, elle a traversé les passes difficiles de gestion, d'administration, a pu rassembler, réunir tout un encadrement de gens de valeur et de dévouement. Et puis tous ces enfants qui sont ici, dont la jeunesse se passe sur ce coteau du Nivernais, apprennent à y vivre, à fréquenter les autres, à s'y former l'esprit. Et ainsi fonctionne le village d'enfants Pierre Saury de Chatillon-en-Bazois.
- Toute la région sait que ce village est devenu un élément fondamental de la vie sociale, ici. Non seulement parce qu'un encadrement, un personnel de 70 personnes, cela représente une entreprise sérieuse. Mais aussi parce que chacun se retourne vers ces enfants-là et ressent le besoin de les entourer, de les aider. Il n'empêche que la charge est quand même pour quelques-uns, ceux et particulièrement celle qui a le souci du développement, de la réussite de cette -entreprise, entourée de conseillers de tous ordres, médicaux, pédagogues, sociaux, dont le dévouement est grand et qui n'ont jamais manqué d'être présents quand il le fallait.
- Pour avoir, je le répète, depuis la première pierre - si je puis dire - jusqu'à ce jour, suivi l'évolution de cette vaste -entreprise humaine qui exige une attention, parfois des sacrifices quotidiens de chaque instant, je veux absolument marquer à Mme Saury, en tout cas, à ceux qui l'entourent - bien entendu - et à ceux qui la conseillent, mes remerciements, l'expression de ma gratitude et de celle de la population.
- Dans la Nièvre, le village d'enfants a pris place et a participé à cet élan auquel j'ai assisté, qui a voulu que ce département apparaisse comme l'un de ceux qui avait le mieux compris les besoins de l'enfance, particulièrement de l'enfance qui subissait des handicaps, des retards pour diverses raisons. Ici même, naturellement, et dans beaucoup d'autres communes et sous des formes différentes, cet élan a porté loin notre département parmi ceux qui ont placé l'enfance au premier rang de leurs objectifs, de leurs préoccupations, de leur solidarité.\
Mesdames et messieurs, j'aperçois parmi vous nombreux, celles et ceux qui, à des titres variables, soit d'administrateurs, soit d'enseignants, soit d'administrations, ont dans ce département contribué à la réussite de ce village. C'est un village éprouvé, particulièrement ces derniers temps - deux incendies, risques de dommages personnels, corporels, parmi des enfants qui peuvent être effrayés, rendus craintifs par des difficultés de ce genre - et en même temps ce que j'ai retrouvé - des mères d'accueil qui sont là depuis l'origine - je sens une solidité, une permanence dans l'effort, une volonté créatrice qui compensent tout le reste.
- Vous avez réussi à faire quelque chose de grand et je vous retrouve, ici, des amis de Pierre Saury et de Paule, qui fut conseiller général de ces cantons, qui a été l'initiateur de grandes réalisations dans le département de la Nièvre, qui avait conquis l'amitié et l'estime de tous - il faut le dire -. Je crois qu'il est important de célébrer son souvenir, écrit sur la pierre, mais il était déjà écrit sur les coeurs, vous le savez bien. Et il ne m'arrive pas de fois quand je me rends dans la Nièvre où l'on ne me parle de lui. Vous en êtes très fière, Paule, vous en avez continué l'oeuvre. Vous avez été associée à son initiative et à sa création. Vous avez persévéré, y consacrez votre vie : tout cela vous associe une fois de plus très étroitement au souvenir de Pierre.
- Et puis, puisque les choses sont ainsi, on va vous décorer. Vous n'avez rien demandé... Au-delà de votre personne, c'est le souvenir de votre couple. Et puis, au-delà de Pierre et de Paule Saury, c'est le village tout entier que nous entendons honorer. Je suis sûr que la commune de Chatillon en ressentira l'honneur, en même temps. Le village d'enfants a devant lui, je l'espère, un grand avenir. Des générations d'enfants s'y succèderont. Il y apprendront d'abord à subsister, à apprendre et à vivre. Et pour vous, vous pourrez vous dire que votre vie a été utile, puisqu'elle a servi d'autres vies.
- Si vous voulez, je vais maintenant vous remettre, ma chère Paule, l'ordre de la Légion d'Honneur.
- Aussitôt après, j'ai profité de ma visite à Chatillon-en-Bazois pour demander à Marcelle André, que je connais bien, qui est de Corbigny - ce n'est pas le bout du monde - de venir se joindre à nous pour lui remettre l'Ordre National du Mérite. Il s'agit d'une personne qui a été frappée dans sa santé - voyez, elle est sur sa petite voiture - cela ne l'empêche pas d'être active, de veiller à tout, de tout savoir et de rendre service aux autres. Je tenais à le dire pour que l'on comprenne bien le sens de cette cérémonie.\

Voir tous les articles et dossiers