Publié le 8 octobre 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Quimper, notamment sur les problèmes agricoles de la région Bretagne, mardi 8 octobre 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Quimper, notamment sur les problèmes agricoles de la région Bretagne, mardi 8 octobre 1985.

8 octobre 1985 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie de votre accueil dans cet hôtel de ville de Quimper. Il était bien entendu que, visitant la Bretagne pendant deux jours, Quimper devait être un des points forts de cet itinéraire, en raison de son histoire, de sa position de capitale, en raison aussi de son effort assez remarquable pour son développement immédiat, je veux dire son développement urbain, et le développement alentour, c'est-à-dire prendre effectivement la responsabilité de tout ce qui peut dans cette partie du Finistère contribuer à la prospérité de la Bretagne.
- Je ne ferai pas le tour, monsieur le maire, des questions que vous avez traitées. D'abord elles ne sont pas de mon ressort, mais bien entendu, il importe que j'en sois informé et vous avez eu raison de m'en saisir. La liste est longue, elle était d'ailleurs tout à fait féconde car je pouvais apercevoir au travers de ce qui n'est pas fait, aussi ce qui a été accompli, et ce n'est pas mince. J'observe, pour parler d'un premier sujet, que Quimper se trouve juste au bord en même temps qu'à l'intérieur, d'une région maritime et d'une région terrestre, où se développent au premier chef : la pêche et l'agriculture. J'aurai l'occasion de parler de la pêche un peu plus loin. Vous permettez que je série un peu mes réponses aux différents responsables municipaux qui s'adressent à moi, mais je voudrais insister sur l'effort collectif qu'il convient de mener pour l'agriculture.\
J'ai eu la chance et le plaisir de rencontrer, hier pour le repas - que nous avons quand même eu le temps de prendre - les responsables de l'agriculture et notamment ceux des Côtes-du-Nord, et donc de pouvoir m'attarder, débattre, discuter, apprendre de la part de ces responsables ce qui était à la fois l'explication des immenses progrès accomplis en Bretagne depuis la fin de la dernière guerre mondiale mais aussi où se trouvaient leurs aspirations. Et même on m'expliquait fort bien, revenant sur la situation du centre de la Bretagne où il y a en effet des zones de pauvreté et de désertifications, il m'était donc fort bien expliqué de quelle façon on pouvait concevoir l'installation là aussi du progrès. Et j'ai été très frappé, au point que nous pourrions croire que c'est une sorte de refrain, mais c'est vrai, que la Bretagne pour l'essentiel a su se placer dans la situation et en particulier à partir de son agriculture et de ses industries agro-alimentaires, au premier rang des régions d'Europe. Cela vaut quand même d'être rappelé, d'être répété et si l'on ne peut pas fonder l'avenir sur la seule satisfaction des actions passées, on y trouve une source d'énergie, une confiance en soi, ce que d'autres ont fait.
- Du côté de la puissance publique, je crois pouvoir dire qu'au travers des dernières décennies, vous avez suivi vous-mêmes de très près un certain nombre d'actions qui ont été conduites et qui permettent - jusqu'aux dernières mesures qui ne sont pas indifférentes - de rendre confiance aux professionnels de l'agriculture jusqu'à la dernière mesure en date qui est le problème de la retraite des agriculteurs. C'est vrai je sais que souvent c'est discuté, c'est contesté mais enfin il n'y avait pas de raison que cette catégorie socio-professionnelle soit à l'écard du grand effort de solidarité nationale. Ce n'est pas facile puisqu'il faut fournir des cotisations. L'argent que nous avons ne vient pas de nulle part et les agriculteurs n'ont pas toujours les moyens qui leur permettraient de s'assurer une retraite décente. C'est pourquoi la retraite pour les agriculteurs sera la seule catégorie où l'Etat prendra sa part. C'est nécessaire. Cela se fera peu à peu. Dès 1986, les agriculteurs de 64 ans pourront prétendre à la retraite et ainsi de suite.\
J'ai traité hier l'ensemble des problèmes touchant à la conduite de l'Europe du marché commun car on le sait très bien, les principales décisions qui touchent à l'agriculture française sont prises non pas ailleurs, mais à Bruxelles. Il était très important de suivre de près un certain nombre de problèmes, les conséquences par exemple de la décision prise sur les quotas laitiers, les problèmes qui se posent à l'heure actuelle sur le marché de la viande qui à la fois souffre de la répercussion des quotas laitiers par le fait que l'abattage des vaches est apparu comme la conséquence inéluctable dans les entreprises qui devaient cesser leur production mais en même temps pour les agriculteurs plus jeunes, une chance de s'installer, de s'établir, de produire, de ne pas se voir couper les jarrets au moment souvent où ils avaient investi pour produire et pour réussir leur vie professionnelle ou bien leur vie tout court. Il faut affronter ce problème économiquement indispensable pour l'Europe. On ne peut pas s'amuser à produire pour ne pas vendre mais notre devoir à nous, la France, c'était de veiller à ce que d'une génération à l'autre et surtout pour l'intallation des jeunes, spécialement en Bretagne, la chaîne des générations ne soit pas interrompue. Je sais que vous avez des problèmes car il y a une baisse dans cette intallation. On a doublé les primes pour les jeunes mais aussi il faut faciliter le départ des plus anciens, surtout pour un certain nombre qui ne sont pas simplement des producteurs de lait mais qui ont une diversification de leur production qui leur permet, le cas échéant, de se retirer ou bien de faire autre chose.
- Vous avez qu'on a créé ces primes de départ : 30000 F par an. Vous savez que les milieux professionnels agricoles doutaient de la réussite de cette entreprise puis finalement nous avons été débordés par les demandes et les crédits n'ont pas suffi. Ils doivent suffire. Il y a au demeurant une initiative de la région qui va pouvoir relayer l'action de l'Etat en même temps que l'Etat va relayer l'action de la région : c'est ça la vie du pays sous la nouvelle forme de décentralisation que vous avez célébrée à l'instant. Bref, on assiste à un effort commun, à un effort collectif même si c'est dans un domaine où l'individualité s'affirme de plus en plus, l'agriculture de la Bretagne et je voulais en parler à Quimper, je voulais au moins qu'il y ait une étape où je puisse aborder ce sujet.\
L'agriculture bretonne représente une chance de réussite acquise pour la France qui justifie - ce qui n'est pas un slogan, ce qui est ma conviction profonde - il y a une France qui gagne. De plus en plus, son champ d'action va s'étendre, agriculture et industrie, j'étais chez Bolloré tout à l'heure, ce n'est pas la peine de faire un récit vous le connaissez aussi bien que moi, il y a une France qui gagne, elle va nous conduire à la France qui gagne.
- Et lorsque j'entends les protestations, je m'interroge à ce sujet et j'ai envie de dire d'abord à ceux qui ne connaissent que cette façon de s'exprimer, que moi le commando, je connais, mais à l'époque c'était plus difficile du moins c'était plus dangereux. Mais au point où nous en sommes ça ne présente aucun danger parce que nous sommes en démocratie, parce qu'après tout, ça n'est pas du tout désagréable d'entendre l'expression variée des citoyens et je sais parfaitement à quoi m'en tenir. C'est-à-dire d'où ça vient, pourquoi c'est fait, c'est-à-dire pour pas grand chose. Alors quelle est la situation ? Ca m'ennuie même d'entendre des braves gens s'égosiller pour rien du tout, car il ne suffit pas de débiter un certain nombre de sornettes pour conduire la France à trouver la voie du progrès. Et moi je ne veux pas qu'elle s'enracine dans les destructions du passé qui ne feront qu'accroître le malheur des travailleurs. D'ailleurs je le répète un peu partout, je n'ai pas besoin d'assurer ma conviction, cela ne fera en rien changer ma ligne de conduite. Il y a ceux qui servent les travailleurs parce qu'ils préparent le lendemain qui commence aujourd'hui, parce qu'il faut former les enfants aux disciplines et aux métiers qu'ils feront et non pas aux métiers qui n'existeront plus. Il faut comprendre que lorsque l'on a la responsabilité de ses enfants, on ne peut pas se contenter pour des raisons subalternes d'empêcher un pays d'avancer.
- Voilà ma conviction et je crois que c'est celle de l'immense -majorité des Français. D'ailleurs on constate bien que la -majorité des Français sait parfaitement sur un -plan comme celui-ci, l'intérêt commun que les uns comme les autres sont parfaitement capables d'assumer, il suffit d'un peu de bon sens et de beaucoup de volonté et de résolution.\
Voilà monsieur le maire, mesdames et messieurs, quelques considérations mais je ne vais pas continuer sur le même thème, ce serait trop long. Je vais simplement dire qu'ayant examiné la situation de Quimper, j'ai été frappé par certaines directions choisies. Et l'une de celle qui m'a retenu avec le plus d'attention, c'est la voie culturelle.
- Vous m'avez demandé si l'Etat prendra sa part à l'achèvement du réseau routier qui passe par Quimper, d'ailleurs je vous dis oui au passage, mais ensuite permettez-moi de vous dire que si je m'en tenais au terme exact de la Constitution, ce à quoi vous m'invitez, je pourrais dire "je transmettrai à M. le ministre des transports" il m'écoutera peut-être et s'il ne m'écoutait pas, alors je lui rappellerais votre commission. A partir de là, nous entrerions dans une explication constitutionnelle dont je dois dire qu'elle serait peut-être un petit peu timide.
- Ce qui est vrai c'est que c'est au gouvernement de gouverner. Et je suis très content de ce gouvernement. Ce sont de bons ministres avec un très remarquable Premier ministre qui est capable de fonder, pour le temps qui lui est donné, celui qui est véritablement dû à la confiance du Président de la République et cette confiance est entière, je veux dire à quel point l'équipe d'hommes et de femmes généralement jeunes qui s'occupent aujourd'hui de la France est parfaitement apte à la conduire là où il faut, c'est-à-dire à la prospérité nécessaire et aussi aux luttes contre les injustices qui ont si longtemps corrompu notre corps social.\
L'effort culturel à Quimper, c'est très typique. Ces semaines musicales : c'est une réussite. J'en ai entendu parlé. La musique ça m'intéresse aussi. Mais bien entendu, je n'ai pas les moyens ou le temps de venir apprendre la musique à Quimper. Mais c'est maintenant une réputation qui dépasse largement les limites de votre région. Plus encore, votre effort va dans tous les sens puisque vous servez les beaux arts, le théâtre, les arts plastiques en particulier. Mais c'est l'aspect cinéma qui me paraît très prometteur pour l'avenir. Non seulement avec votre festival, allemand, américain, je crois que vous passez d'un pays à l'autre, et le cinéma pour lequel l'Etat vous aide. Et puis cette tentative très heureuse de ce centre de production cinématographique régional. Il n'y a pas de raison que je néglige ce qui pourrait démontrer aux Quimperois et aux Bretons qu'ils ne sont pas indifférents à la puissance publique. Les crédits pour la culture à Quimper ont été multipliés par neuf depuis 1981.
- Bref, on pourrait dire que nos prédécesseurs nous ont facilité la tâche. Nous aurons bien nous aussi un jour des successeurs ! Je ne sais pas quand mais c'est l'alternance démocratique. Et on leur aura encore plus facilité la tâche, croyez-moi ! Enfin cela, ne débordons pas dans la politique d'autant plus que je ne m'adresse pas forcément au public le plus choisi, c'est-à-dire de mon point de vue, pour exactement admettre l'ensemble de mes raisonnements.
- Sur le -plan de la culture, vous avez réellement bien travaillé. Et j'ai voulu dire au passage ce que l'Etat avait fait parce que c'est mon devoir de le dire, mais, bien entendu, ce n'est pas l'Etat qui va dire tout à coup à une ville "vous allez donner un élan à la culture locale au point de devenir un centre d'intérêt national" ! C'est parce que l'initiative est venue de là et que sans doute vous-même, monsieur le maire, vous avez trouvé autour de vous et dans cette ville des gens qui s'en sentaient la capacité et qui en avaient le goût à la frange de ce qui est purement esthétique et de ce qui et industriel. Et c'est cela qui est intéressant, que la culture soit l'une de nos principales industries. C'est dire qu'il faut tout à fait approuver cette orientation du ministère de la culture, car c'est une richesse pour la France.
- Ce centre de production cinématographique pour la région, ce centre régional - je ne sais pas exactement où s'arrête les limites de la région dans cette affaire, est-ce que c'est exactement la région Bretonne, ou bien une notion exhaustive de région - en tout cas, ce sera un centre important. Je fais les voeux, monsieur le maire - et je sais le souci que vous avez pour cette réussite-là - je fais des voeux pour que vous puissiez encore pousser plus loin, car j'ai observé un certain nombre d'initiatives de ce genre, dans d'autres villes aussi - l'autre jour c'était à Angoulème avec tout ce qui est fait pour le dessin animé, tout ce qui est fait pour que l'image aussi deviennent un pôle d'attraction dans ce siècle de la communication - j'aperçois que dans les villes où l'on a eu l'intelligence de rechercher ces voies du futur, on fait des bonds en avant tout à fait remarquables.\
Bref, vous avez un bon instrument dont vous fleurissez aussi Quimper, champion de France, enfin, ou un premier prix, enfin je ne sais pas comment cela s'appelle. Moi, j'ai pu faire fleurir aussi bien des villages, lorsque j'étais parlementaire de la Nièvre, mais on ne vous a jamais battu là-dessus. Je reconnais qu'on fleurit bien à Quimper. Est-ce que vous avez des fleurs plus proches ? Est-ce qu'elles sont plus variées ? Est-ce que vos habitants ont plus de goût ? Est-ce que le climat s'y prête davantage ? C'est vrai que Quimper c'est une belle ville. Et voyez mon regret, c'est que l'on a pas beaucoup de temps. Sans quoi j'aurais bien aimé, vous savez je n'aurais pas été du tout embarrassé par la circulation d'aujourd'hui, j'aurais été très content de voir un peu, de revoir - mais c'est un peu dissipé dans ma mémoire - les quelques éléments du centre qui font de votre ville une des belles villes de France, avec un aspect, vous savez cet aspect inimitable d'un passé parvenu au sommet d'une esthétique et que les siècles suivants ont au sommet d'une esthétique et que les siècles suivants ont su préserver, le cas échéant restaurer, sans jamais connaître la faute de goût qui risque de détruire par un environnement fâcheux les réussites de ce passé.
- Bon, disons que je viendrai un autre fois, vous ne serez pas convoqué, vous n'en saurez rien, mais un peu plus tard vous l'apprendrez et j'ai bien l'intention de revenir à Quimper, oui, tranquillement, sans géner personne, mais avec le goût des choses, le goût aussi des êtres, le goût ou l'âme de ce pays transparaît à tout moment, comment n'y serait-on pas sensible, même si l'on vient d'une autre région de l'ouest qui a été formée à d'autres formes de cultures ou de langages que la Bretagne.
- Monsieur le maire, mesdames et messieurs, c'est l'heure d'aller déjeuner, moi je vais un peu plus loin et vous, il faut bien que vous rentriez aussi chez vous. Puis je pense surtout à ces aimables citoyens qui se trouvent à l'extérieur et qui attendent depuis longtemps, qui ne voulaient surtout pas me rater. Bon alors, je leur dis, nous allons nous séparer et moi je vous regretterai. Mais ainsi vont les choses, bonne journée à Quimper, bonne chance à cette ville.
- Vive Quimper,
- Vive la Bretagne,
- Vive la République,
- Vive la France.\

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