Publié le 27 novembre 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à l'ambassade de France de Damas, mardi 27 novembre 1984.

27 novembre 1984 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française à l'ambassade de France de Damas, mardi 27 novembre 1984.

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Mesdames et messieurs,
- Mes chers compatriotes,
- Je suis heureux de vous rencontrer cet après-midi, dans cette résidence, petite fraction de terre française. Chaque fois qu'il m'arrive de me rendre à l'étranger, je tiens à l'honneur de rencontrer les Français. Je m'informe auparavant des conditions dans lesquelles ils vivent. Bien entendu, selon le pays, les situations diffèrent et pourtant quelques lignes principales apparaissent toujours qui sont celles de l'éducation des enfants, de leur instruction, et naturellement l'éloignement de la France, la situation de ceux qui coopèrent, certains alignements dans le domaine social et puis la situation particulière - qui est je crois assez répandue ici, peut-être pour la moitié d'entre vous - de ceux qui détiennent la double nationalité. Ces problèmes, bien entendu, les ministères compétents les traitent £ ils ne sont pas tout à fait de mon ressort.
- Mais, puisque j'ai l'occasion de passer avec vous quelques moments, n'hésitez pas à me dire, lorsque je serai parmi vous, les points sur lesquels vous aimeriez voir votre situation, votre vie personnelle - si cela est possible, bien entendu - améliorée ou rassurée.
- J'imagine que celles et ceux qui sont devant moi répondent à des catégories tout à fait différentes, par leur professions. Il y a ceux qui travaillent à la résidence, dans l'Ambassade, au Consulat, qui travaillent parce qu'ils ont choisi de servir leur pays à l'étranger, dans les services étrangers. Et puis il y a ceux qui représentent la fonction publique française, sans être directement attachés ou du moins initialement aux affaires extérieures.
- Il y a celles et ceux qui représentent des sociétés privées, celles et ceux qui s'occupent - c'est le cas ici - d'archéologie, de recherche scientifique £ il y a les professeurs et l'on sait bien que dans un pays comme celui-ci, l'importance de la langue française, les traditions de l'enseignement ont marqué profondément la population syrienne. C'est pour la France un honneur que de voir sa langue encore employée, pas assez, selon nous, bien entendu, mais employée par un bon nombre de syriens et comprise par beaucoup d'autres.\
Nousq avons beaucoup à faire et la situation de notre pays, de sa culture, de son langage, de ses intérêts matériels peut et doit être constamment servie, de façon à enregistrer des progrès. Nous sommes souvent loin du compte. Mais cependant je m'efforce, ainsi que le ministre des relations extérieures, qui se trouve avec moi, M. Claude Cheysson, le ministre de la culture, M. Jack Lang, d'autres encore, nous nous efforçons de contribuer, par une politique de relations et de dialogue avec l'ensemble des pays du monde - du moins presque tous - et en tous cas, avec un soin particulier, avec les pays de cette région du monde. La France y a des intérêts très anciens, une réputation, un rayonnement. Ses relations sont restées vivantes et cela n'est pas toujours très aisé, en raison des contradictions que vous connaissez autant et mieux que moi pour les vivre, dans l'ensemble de ces pays qui s'associent ou s'opposent, selon les circonstances.
- Notre rôle n'est pas de faire un choix. Il est de rester amis de nos amis et de veiller à réconcilier les heurts ou les antagonismes de la veille. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons sans idée ou sans projet qui, le cas échéant, rencontre des obstacles. Mais en tout -état de cause, il est surtout important que la France continue de garder sa situation, qui souvent est privilégiée, du moins sur le -plan de l'idée qu'on se fait de la France dans beaucoup de pays du monde.
- Inutile aussi d'insister sur la complexité des problèmes propres au Proche et au Moyen-Orient. C'est sans doute à cause de cela que depuis 1976, date du voyage du Président Assad à Paris, aucun chef d'Etat français - à vrai dire c'est le cas depuis que la Syrie moderne existe - aucun chef de l'Etat français n'était venu en Syrie. Mais, enfin, depuis le voyage du chef de l'Etat syrien, on avait pu penser que les relations se resserreraient, il a fallu attendre 1984.
- Je pense que ce voyage sera utile. C'est son objet en tout cas et l'entretien que j'ai eu hier que j'aurai encore aujourd'hui avec le Président Assad, laisse penser que la situation de la France après ce voyage sera meilleure qu'elle ne l'était auparavant. Non pas qu'elle fût mauvaise, mais, enfin, nous avons traversé des moments difficiles, nul ne l'ignore.\
Je suis très sensible à votre présence car si j'ai énuméré quelques catégories de Français qui se trouvent ici, bien d'autres encore auraient dû être reconnus. Il y a ceux qui vivent là, qui ont consacré des décennies et des décennies, oui, leur vie, leur existence, leur mission, qui ont choisi d'être mêlés à la vie de ce vieux et noble pays, marqué par l'histoire et par la culture. Il y a ceux qui viennent simplement depuis peu de temps, pas pour longtemps, plus longtemps que moi quand même, et qui consacreront deux ou trois années de leur vie, leur vie professionnelle sans manquer sans aucun doute de s'intéresser à ce qui les entoure. Voilà toute une somme d'expériences dont il y aurait pour moi beaucoup à tirer. Et cependant, poussé par la nécessité, il me faut à tout instant passer d'une préoccupation à une autre et c'est comme cela que, dès demain après-midi, je me retrouverai à Paris.
- Je souhaite, mesdames et messieurs, mes chers compatriotes, pouvoir user de quelques rares quarts d'heure que j'ai devant moi pour pouvoir parler avec vous d'une autre façon que celle-ci et, donc, en circulant à travers des salons et des jardins de la résidence. Je remercie Mme et M. l'ambassadeur de nous permettre cet échange en nous accueillant ici même.
- Mais, il est tout à fait simple de rencontrer ses compatriotes à l'étranger. Vous savez, beaucoup de choses divisent les Français chez eux. Cela ne veut pas dire que la distance arrange tellement les choses, mais on sent mieux la ligne de force, on distingue mieux l'essentiel de l'accessoire, l'utile de l'inutile, et on se rattache à sa patrie, peut-être plus aisément parce que la distance prise, on mesure mieux les proportions, on a le sens des dimensions. C'est en tout cas mon -état d'esprit quand je vous aborde. Pour moi, il n'y a pas de distinction à faire parmi vous entre ceux qui sont favorables à la politique française que je mène, ceux qui ne sont pas favorables, qui l'étaient, qui ne le sont plus, qui ne l'étaient pas, qui le sont devenus. La variété est grande et ne laisse pas de place à la monotonie, mais vous êtes tous, à mes yeux, en cet instant, les Français de Syrie et j'aimerais pouvoir servir du mieux ce qui est le plus fort et le plus utile de nos intérêts communs.
- Je vous souhaite bonne chance pour vos travaux, dans votre vie de famille, dans vos relations avec le pays où vous vivez et je dirai très simplement pour terminer vive la République, vive la France.\

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