Publié le 16 mai 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de sa visite à l'Académie des sciences de Suède, Stockholm, mercredi 16 mai 1984.

16 mai 1984 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de sa visite à l'Académie des sciences de Suède, Stockholm, mercredi 16 mai 1984.

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Monsieur le président,
- Je ressens l'honneur qui m'est fait d'être accueilli par votre compagnie. La France connaît le rôle important joué par les savants suédois pour faire progresser l'esprit humain sur le chemin du savoir. Tout à l'heure je pouvais contempler tous les portraits de savants illustres qui ont marqué les progrès de cet esprit humain au cours des derniers siècles. Nous retenons en France, parce qu'ils sont mieux connus de nous, les noms de Linnaeus, de Celsius, de Berzelius, de Wargentin qui font partie de cette pléïade d'hommes qui sont l'honneur et le levain de l'humanité. Et je ne parle pas des grands savants qui sont ici présents pour ne pas froisser leur modestie.
- Assurément votre pays joue un rôle de premier -plan dans le développement de la science. Par les activités de chacun, dans vos universités, vos centres de recherches, vos laboratoires mais aussi par vos travaux collectifs dans les douze classes que vous constituez, par les institutions scientifiques que vous gérez et qui vous sont rattachées et qui couvrent de nombreux secteurs de la recherche, ainsi que par vos publications.
- Vous venez de le rappeler, monsieur le président, vous êtes responsable depuis le début du siècle de l'attribution du Prix Nobel de physique et chimie, depuis 1968 du prix d'économie, et vous nous avez indiqué de quelle façon était répartie entre l'Institut Karolinska, l'Académie suédoise et le Parlement norvégien, l'attribution de ces distinctions qui marquent, sans aucun doute, les jalons du progrès. Au point que ces récompenses deviennent l'une des distinctions les plus éclatantes que puisse recevoir un homme de pensée.
- Et si vous y êtes parvenu, c'est parce que votre tempérament vous porte à la rigueur et à la justice, c'est parce que vous avez su mettre en place, avec cet esprit de méthode qui vous caractérise, les structures voulues £ parce qu'enfin vous avez su participer à la vie de la communauté scientifique mondiale pour en devenir un facteur essentiel.
- Vous avez poursuivi depuis votre formation une politique d'ouverture sur le monde. Vous avez cité le nom d'un de vos correspondants français. Une liste brève de quelques autres est pour nous à la fois impressionnante et émouvante puisque je relève entre autres les noms de Condorcet, Berthollet, Laplace, Cuvier, Lacépède, Gay-Lussac, Ampère, Arago £ plus près de nous, Berthelot, Charcot, Poincaré, le fils de Pasteur, plus près de nous encore Louis de Broglie, l'un des onze compatriotes qui représentent la communauté scientifique française dans votre compagnie.\
Certes, au cours des siècles, les -rapports entre les savants des deux pays n'ont pas toujours eu la même densité. Et, dans ce domaine aussi, l'Histoire a joué son rôle. Mon pays a traversé depuis le début du siècle des épreuves qui l'ont souvent frappé cruellement. Il les a surmontées et, aujourd'hui, connaît une nouvelle jeunesse. Il voit se former des équipes dynamiques, ardentes, conduites par quelques anciens dont la réputation est universelle et formées par de jeunes talents qui s'affirment. Mon pays s'efforce de leur donner les centres de recherches et les laboratoires nécessaires à leur travail. Nous allons de l'avant. Et je dois vous dire que j'ai confiance dans l'avenir.
- La science française cherche à s'ouvrir autant que faire se peut sur le reste du monde. L'esprit de l'homme ne progresse que par l'échange, la confrontation, la discussion. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes particulièrement réjouis de voir votre Académie royale des sciences et l'Académie française des sciences passer un accord de coopération, signé récemment, le 25 mai 1983, par le professeur Sune Bergström et le professeur Jean Bernard, ici présent. Je suis venu parmi vous pour saluer cet événement notamment, qui constitue, je le crois, une étape importante sur la voie de la connaissance mutuelle que les savants suédois et français ont amorcé ou réamorcé depuis une vingtaine d'années. Je formule le voeu que cette convention soit suivie par d'autres qui ouvriront la voie à de nouvelles possibilités de travail en commun entre les institutions scientifiques des deux pays. Tant il est vrai que le développement de la science, condition à mes yeux de l'évolution de l'humanité vers le bien-être et l'épanouissement, condition nécessaire mais non pas suffisante, ne peut être seulement une entreprise individuelle ou nationale.\
Et, je souhaite, à ce propos, vous entretenir de l'importance que revêt à mes yeux la coopération européenne dans ce domaine de la science.
- La France accueillera à Paris, ce 17 septembre prochain, la première conférence européenne des ministres de la recherche. La Suède a donné son appui dès le point de départ à cette initiative et je l'en remercie. J'espère que cette conférence permettra, par l'adoption d'une série de mesures concrètes, de développer la mobilité des chercheurs. Il faut que les uns aillent chez les autres s'informer, se connaître, se comprendre - que se renforcent les liens entre les centres de recherches des différents pays d'Europe pour commencer car il y a bien d'autres leçons à retenir ailleurs et mon souhait le plus clair, en ce jour, en ce jour que j'espère mémorable en raison-même des fonctions que j'exerce dans mon pays et la rencontre que me vaut l'invitation de votre Académie. Je pense que les relations franco - suédoises devraient servir d'exemple et de catalyseur.
- Pour conclure, en présence de Sa Majesté le roi de Suède et vous madame, je dirai à nouveau, monsieur le président, messieurs les ministres, mesdames et messieurs les membres de l'Académie et vous tous qui vous êtes joints à nous en cet après-midi, le plaisir que je ressens à me trouver au milieu de vous, plaisir et intérêt. Ce qui est fait ici, ce que nous entreprenons est un maillon de la chaîne qui de proche en proche devrait conduire les sociétés modernes à maîtriser davantage ce qui les oppose, les conflits ou les confrontations. Voilà pourquoi, je renouvelle mes voeux pour le succès de vos travaux.\

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