Publié le 15 mai 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du déjeuner offert par M. Svenn Stray, Premier ministre de Norvège, au château d'Akershus, mardi 15 mai 1984.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du déjeuner offert par M. Svenn Stray, Premier ministre de Norvège, au château d'Akershus, mardi 15 mai 1984.

15 mai 1984 - Seul le prononcé fait foi

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Sire,
- Vos Altesses royales,
- Monsieur le ministre,
- Madame,
- Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie d'abord, monsieur le Premier ministre par intérim des paroles très aimables que vous venez de prononcer et des perspectives que vous avez tracé quant à l'avenir des relations entre nos deux pays.
- Je regrette beaucoup que M. le Premier ministre Willoch n'ait pu se trouver parmi nous et je vous serais reconnaissant de bien vouloir lui transmettre, comme je l'ai d'ailleurs fait directement moi-même ce matin, mes voeux de prompt rétablissement.
- Hier, déjà, nous avons admiré votre citadelle d'Akershus qui domine votre capitale et sa rade qui symbolise, depuis son origine très ancienne, la volonté d'indépendance du peuple norvégien. Cette volonté d'indépendance, elle est la nôtre aussi. Ce caractère connu donnera une base d'autant plus solide au développement de nos relations.
- Nous en avons déjà parlé de ces relations. Elles sont bonnes. Elles pourraient être plus constantes, et elles doivent connaître un nouveau départ. Je pense que cette visite et nos entretiens y contribueront.\
Notre histoire, vous au nord de l'Europe, nous au sud mais sur le même continent, sont évidemment différentes et parfois dissemblables. Mais nous avons appris ce que représentait le -prix de la paix £ l'histoire nous a enseigné que la paix et la sécurité ne sont jamais acquises une fois pour toutes mais qu'elles se gagnent, qu'elles doivent être consolidées chaque jour et qu'elles supposent d'abord un équilibre des forces en présence. J'ai prononcé les mots équilibre des forces. C'est le premier principe qui gouverne aujourd'hui les chances de la paix.
- Enconre faut-il, vous l'avez rappelé monsieur le ministre, que cet équilibre des forces se situe à son plus bas niveau possible. C'est le deuxième principe. Et le plus bas niveau possible, c'est encore une expression qui prend toute sa valeur lorsque l'on sait que l'Union soviétique dispose d'environ 9000 charges nucléaires, les Etats-Unis d'Amérique également, tandis que la Grande-Bretagne en dispose de 64 et la France de 98. A quoi s'ajoute la présence d'armes nucléaires intermédiaires `FNI` en très grand nombre - 750 armes soviétiques de ce type au moins - alors qu'il n'y a quasiment pas du côté des puissances occidentales, en tout cas pas en ce qui concerne la Grande-Bretagne et la France. La France ne refuse pas de contribuer au désarmement, elle le souhaite même. Mais quand on cite ces chiffres, on voit bien par qui il faudrait commencer.
- Troisième principe, après l'équilibre des forces au plus bas niveau possible il faut considérer que rien ne sera possible sans le rétablissement d'un dialogue réel entre les forces de l'est et celles de l'ouest. C'est ce que j'ai exprimé à la tribune du Congrès à Washington, il y a peu de temps. C'est ce que je dirai partout où je me rendrai. Ce dialogue sur l'équilibre des forces concerne essentiellement, pour l'instant, les Etats-Unis d'Amérique et l'Union soviétique. Mais le dialogue concerne tout le monde sous toutes ses formes : bilatérales et multilatérales.\
Les déchirements qu'a connus l'Europe dans le passé, les grandes mutations stratégiques et économiques récentes l'ont aménée à prendre conscience d'elle-même. Cette évolution est renforcée par les liens qu'entretiennent les Dix pays de la Communauté européenne `CEE` avec l'Association européenne de libre échange `AELE`, à laquelles appartient votre pays.
- L'Europe au sens le plus large celui de la géographie, géographie encore contredite par les dernières conséquences de la deuxième guerre mondiale, doit aujourd'hui là où elle peut tenter de créer un ensemble industriel et scientifique à l'échelle de sa puissance financière et commercial.
- L'avenir économique de notre continent passe par le renouveau de ses facultés de création et d'innovation face à des concurrents puissants et dynamiques comme les Etats-Unis d'Amérique et le Japon. Chaque pays, pris individuellement, séparément, n'a pas les ressources suffisantes à l'échelle des investissements qu'exigent la recherche et l'industrie contemporaines dans l'ensemble des techniques les plus avancées. Nos chercheurs, pour travailler ensemble et utilement, doivent se regrouper dans les entreprises de dimension européenne ou du moins organiser leur coopération. Je préside depuis le 1er janvier dernier la Communauté européenne. Je puis dire que mon pays n'a pas ménagé ses efforts dans ce sens. Aucun pays d'Europe ne doit en être exclu.
- Nous avons parlé, hier et aujourd'hui, de notre double effort, Norvège et France, dans la mise en commun de nos ressources technologiques et scientifiques. Nous avons, vous avez rappelé à l'instant le rôle des compagnies pétrolières françaises. J'ai visité ce matin les réalisatons en matière de télématique et j'étais heureux d'inaugurer le colloque qui permet à nos spécialistes et à nos techniciens d'aller au-delà des premiers pas.
- Les visites entre nos deux pays se sont multipliées ces temps-ci. Cela ne doit-être qu'un début et un exemple. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour qu'au cours des années prochaines, nous ayons d'autres occasions d'approfondir ces relations.
- Je lève mon verre à la santé de Sa Majesté le Roi Olav V, de Leurs Altesses royales, à la santé de M. le Premier ministre absent, à votre santé monsieur le ministre et à vous-même madame qui nous recevez si bien aujourd'hui, je lève mon verre à la santé de notre amitié, au bonheur et à la prospérité du peuple norvégien.\

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