Publié le 3 novembre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à la mairie de Niort (Deux-Sèvres), jeudi 3 novembre 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à la mairie de Niort (Deux-Sèvres), jeudi 3 novembre 1983.

3 novembre 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Ce bilan que je viens d'entendre marque bien l'évolution et l'adaptation d'une ville comme Niort aux nécessités modernes.
- J'ai bien connu votre ville. J'y venais dans mon enfance, dans ma jeunesse. Les chemins ne sont pas si longs et conduisent de mon coin de Charente jusqu'à cette ville capitale et je ne suis pas de ceux qui confondent les Deux-Sèvres avec le Poitou simplement ou même la Charente. Je suis de ceux qui distinguent parce que je connais les gens et les lieux. C'est pour moi une raison de revenir à laquelle je suis très sensible, vous l'imaginez bien £ et il n'y a pas que Niort dans mes souvenirs ...
- J'avais déjà eu l'occasion d'indiquer à l'un des vôtres qu'il y a bien longtemps un de mes points de rencontre principaux, avant ma vingtième année c'était Melle. De telle sorte que je me souviens, cela n'est pas suffisant, mais cela donne à cette visite matinale, pour moi, un certain air où je retrouve bien des sentiments auxquels je tiens. Mais l'évolution de Niort est sensible sur beaucoup de points. C'est une ville qui a su à la fois s'adapter et aussi préparer les jours qui viennent. Cette gestion a été reconnue par la population et au-delà des divergences politiques, je suis bien sûr que celles et ceux qui sont ici se réjouissent de voir cette ville devenir un centre important à bien des points de vues et notamment sur le -plan du tertiaire comme sous certains aspects industriels tandis que, je viens de l'entendre apparaissent sur le -plan culturel un certain nombre de points de rassemblement et d'intérêt qui compléteront le paysage de ce département.\
J'ai noté au passage un certain nombre d'inquiétudes sur l'emploi. Je veux dire sur l'emploi industriel car c'est vrai que Niort dans toute la France est réputée et qu'on vous envie dès lors que l'on parle du tertiaire notamment au travers de vos fameuses mutuelles qui sous-tendent, je l'imagine sur le -plan du commerce, de l'artisanat ou tout simplement du mode de vie toute une série d'activités. Voilà ce que rend possible la réussite rare de Niort, ville du tertiaire.
- Vous aviez raison également de noter que cela ne devait pas nous dissimuler les difficultés, les risques, les dangers et les manques. Non seulement l'emploi demeure la principale préoccupation parce qu'orienter la France vers le changement, la préparer aux mutations indispensables - puisque après tout la crise est une mutation - ne doit pas pour autant faire négliger les domaines dans lesquels une tradition s'est établie, sur laquelle repose une structure économique et sociale. Mais toute la tâche du gouvernement consiste précisément à harmoniser la démarche de la France vers le progrès technologique, terme maintenant devenu banal tout en préservant lorsque cela est nécessaire les structures sur lesquelles la France a bâti sa prospérité au-cours du dernier siècle.
- On ne peut pas vivre sur le passé. Il faut cependant en préserver l'essentiel et les yeux tournés vers l'avenir ne pas négliger les obligations du présent. C'est particulièrement difficile lorsque l'on se trouve au creux d'une crise mondiale qui a déjà à travers le monde provoqué tant de ravages. Et je puis dire à cet égard que la France apparaîtra bientôt au-delà de ses difficultés dont je ne méconnais pas l'importance ni la gravité, apparaîtra bientôt comme l'un des pays industriels qui ont su se donner les moyens non seulement de survivre mais de dominer une époque bouleversée, de représenter un facteur de continuité dans le monde en même temps qu'un facteur de transformation par l'apparition de données industrielles auxquelles nous travaillons.\
J'ai déjà eu d'autres occasions de dire un peu partout quel effort était fait actuellement et fort souvent douloureusement ressenti en-raison des charges que cela représente. Mais tout Français doit savoir que les charges aujourd'hui supportées servent à préparer la France, non pas d'après demain, mais de demain pour des jeunes non pas ceux qui viennent de naître mais pour les jeunes de 15 à 20 ans. Eux connaîtront plus tôt qu'ils ne le croient, une France placée dans la compétition mondiale. De telle sorte que nous pourrons encore, comme cela fût le cas heureusement assez souvent au-cours du dernier siècle et pendant toute l'histoire montrer ce dont notre pays est capable, montrer que la France reste un grand pays indépendant maître de ses choix et capable de proposer à son peuple des objectifs ambitieux.
- Vous me direz "mais vous rêvez, voyez nos difficultés quotidiennes ". Non, non pas du tout. Ces difficultés, je les mesure. J'observe même qu'au-delà de tout ce que j'entends - protestation et autres - les Français dans leur ensemble ont fait un grand pas dans la compréhension et la connaissance des choses. Ils ont acquis un sens de la responsabilité. Il y a comme une sorte de gravité. On sait ce que représente la lutte internationale. On tient, on aime l'héritage de la France à travers les siècles, on sait quelle est la capacité de ce peuple intelligent, riche d'expérience et autant qu'il le faut ambitieux pour continuer de représenter une culture unique, un tempérament, une présence.
- Dans l'action de la ville de Niort je trouve rassemblés beaucoup des éléments que j'attends pour ce redressement national dont nous avons commencé de poser les jalons.\
De façon tout à fait pratique, vous avez évoqué des secteurs en crise et notamment Rougier, les industries du bois et leurs dérivés. C'est pour cela que j'ai demandé la création - ce n'est pas pour la première fois - d'un secrétariat d'Etat à la forêt, surpris que j'étais moi qui ai vécu une partie de ma vie dans le centre de quelques grandes forêts (à la fois par mon choix d'habitation dans les Landes et par le pays que j'ai représenté pendant trente cinq ans : la forêt du Morvan). J'étais étonné d'apprendre de la bouche de ceux que je rencontrais tous les jours que la France disposait de la plus grande forêt d'Europe £ tandis qu'ensuite monté à Paris je constatais ou j'apprenais que le bois ou ses dérivés représentait le deuxième poste déficitaire du commerce extérieur de la France juste après le pétrole. Pas difficile de se dire : il y a quelque chose qui ne marche pas !
- Il faut quand même penser que l'Etat de son côté, peut-être aussi l'industrie, n'a pas su élaborer à travers les décennies précédentes les plans indispensables pour que nous soyions capables de concurrencer des pays qui ne possèdent pas de forêts et qui sont exportateurs dans ce domaine. Je pense à la Hollande, je pense à Israël. Oui, la France s'appauvrit avec là, un trésor inexploité. J'ai décidé de mettre un terme à cette carence.
- Cela ne se fait pas tout seul car il faut reconstituer tout un tissu industriel à-partir de la scierie. Vous savez ces scieries que nous connaissions autrefois. (On ne retrouvait d'ailleurs à peu près dans tous les cantons). Et qui ont disparu pratiquement, tandis que les grandes entreprises, on le voit dans la Vallée de la Seine aujourd'hui connaissent à l'heure actuelle un désastre puisque aucune entreprise française n'était en mesure de fabriquer le papier journal dont nous avons besoin. Non seulement sur ce -plan mais sur celui des industries mécaniques, j'ai bien l'intention au-cours de cette journée qui s'achèvera à Poitiers où je rencontrerai les élus régionaux, où nous ferons un bilan des activités régionales, j'ai bien l'intention de prendre note à la fois des recommandations que j'entendrai (comme celà a été fait ce matin du fait de M. le maire de cette ville) d'en ramener les informations qui seront plus fraîches et plus claires dans mon esprit que celles que l'on peut trouver à la simple lecture d'un dossier, lecture toujours un peu grise et qui ne dit pas grand chose.\
Là je vous ai devant moi, je vais vivre avec vous et je vais vous entendre. Et croyez-moi la coloration des problèmes des Deux-Sèvres sera toute différence de celle que je connais sur le papier parce que je dispose tout de même des moyens de m'informer. Et je ferai le point avec vous en-particulier et quelques autres, avec les élus de quelque nuance qu'ils soient pour faire que ce voyage corresponde de la part des pouvoirs publics à une nouvelle prise de conscience des problèmes de votre région, de votre département et de votre ville et que nous puissions du même pas, aller vers les objectifs que je viens de fixer.
- Monsieur le maire, mesdames et messieurs j'aurai l'occasion tout à l'heure de visiter une mutuelle `MAIF`, de préciser certains points de vues touchant précisément à cette forme d'organisation économique et sociale particulièrement typique de Niort et du département des Deux-Sèvres. Je visiterai également quelques industries qui seront tout à fait significatives de la réforme moderne de la technologie notamment autour de l'automation, l'automatisation et de cette robotique qui a tendance naturellement, à-partir du Japon et des Etats-Unis d'Amérique à envahir tous les marchés. Il faut que nous soyons capables de supporter la concurrence et même de l'emporter.
- Nous en parlerons plus tard. Dès maintenant cette présence dans votre hôtel de ville, la signature d'un Livre d'Or par les paroles que je viens d'entendre, par votre présence, me conduisent à me réjouir, monsieur le maire, mesdames et messieurs de cette rencontre. Elle sera en effet sur le -plan de ma vie politique la sixième au-cours de ces vingt dernières années. J'espère que ce ne sera pas la dernière. Mais je crois que c'est cette fois-ci qu'il faut vraiment nouer, relier l'ensemble des problèmes posés à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, à l'artisanat, lier les problèmes qui touchent à la vie de l'esprit, à la formation culturelle, à l'organisation sociale. Je ne pense pas qu'il y ait meilleur endroit pour en parler.\

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