Publié le 14 octobre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Palais provincial de Liège, vendredi 14 octobre 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Palais provincial de Liège, vendredi 14 octobre 1983.

14 octobre 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le gouverneur,
- Mesdames et messieurs,
- Je voudrais qu'au-delà des aspects officiels vous compreniez mon voyage à Liège comme une marque d'attachement à la fois personnel et en ma qualité de Président de la République française, à la ville et à la province de Liège.
- Vous avez bien voulu rappeler quelques souvenirs qui nous unissent. J'ai déjà dit en d'autres lieux que j'avais à travers les années parcouru vos routes, visité vos villes et que je m'étais attardé, pas autant qu'il le faudrait, mais déjà assez pour avoir pénétré votre culture, vos oeuvres d'art, vos musées, la vie de chaque jour aussi qui marque la continuité et la capacité de rêver, de créer, de se mettre à l'ouvrage et de compter parmi les peuples fiers.
- Je vous redis donc cet attachement. Je désirais venir à Liège et m'y voici. Je vais passer avec vous quelques heures, trop peu d'heures. Cependant, à la fois par ces paroles que je viens d'entendre, par l'accueil de la ville, par votre présence ici, mesdames et messieurs, je n'ai pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour ressentir la qualité d'une hospitalité sans doute traditionnelle, mais qui sait aussi se renouveler en chaque occasion.\
Je dirai également tout à l'heure à l'hôtel de ville les sentiments que m'inspire cette rencontre. L'histoire, l'histoire est là, et vous aviez raison tout à l'heure d'évoquer même sur le mode souriant, les difficultés, largement compensées par les accords profonds. Mais quelle est la société qui échappe à ces contradictions ? J'apprenais comme vous, enfant, le sac de Liège. Je n'étais pas porté spécialement vers l'admiration à l'égard d'un monarque qui avait su montrer son habileté. Je me disais : l'habileté pourrait avoir quand même quelques limites, habileté morale. Vous avez raison de dire, monsieur le gouverneur, qu'après tout Charles le Téméraire n'était pas si mal que çà.
- Député de Bourgogne pendant trente-cinq ans, j'ai toujours eu quelques penchants pour ces grands Princes, Français de France. Je m'inquiétais de leur ambition, parfois de leurs talents, difficilement comparables, et je me suis réjoui de ce que finalement l'unité de mon pays put l'emporter. Mais je connais aussi la richesse et la force de l'apport bourguignon ... J'ajoute que ma femme, ici présente, est bourguignonne, ce qui veut dire que nous avons beaucoup de raisons d'avoir fréquenté cette histoire des temps lointains jusqu'à ce jour.
- Et pourtant c'est vrai que vous auriez pu en vouloir à la France, à son Roi, et je suis sûr que dans la présence de votre mémoire, cela compte.\
Pourquoi irai-je insister sur ce point ? Parce que la qualité de nos -rapports, la force de notre amitié, la permanence de ce qui nous rassemble, a su précisément s'affirmer au point qu'on oublie ou qu'on veut oublier et que très aisément nous nous retrouvons entre nous, face aux problèmes qui se posent au monde, à l'Europe, à votre province comme à mon pays. Marche difficile à travers des obstacles, mais qui nous voit, presque toujours, profondément unis sur la même route.
- Puisque vous avez si bien évoqué les sentiments, monsieur le gouverneur, je n'y ajouterai rien. Mais au-delà de ma tâche de responsable de la République française, dans un pays que je connais, que j'aime, que j'avais pour mission et pour goût de visiter dans sa diversité, vous dirai-je que par ce beau soleil et en ce jour presque anniversaire d'un premier voyage non officiel mais qui présentait quelque importance, puisque nous étions déjà des responsables politiques, pourrai-je vous dire que je trouve une raison de croire en vous et donc en nous, de croire dans la force et la capacité de l'esprit, dans la continuité de l'histoire et dans l'ardeur d'un peuple marqué par la qualité de ses travailleurs et de ses responsables ?
- Merci, monsieur le gouverneur, merci, mesdames et messieurs. Nous ne faisons que commencer. Nous allons continuer à mettre nos pas dans l'histoire d'une ville particulièrement symbolique de l'histoire de l'Europe, particulièrement représentative de la culture qui est nôtre, bref d'une grande ville qui ne demande qu'à le rester et qui lutte à cette fin. Qu'elle sache qu'elle a des amis, que nous en sommes et que nous le resterons.\

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