Publié le 13 octobre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Gand, jeudi 13 octobre 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Gand, jeudi 13 octobre 1983.

13 octobre 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le bourgmestre,
- Mesdames et messieurs,
- J'ai déjà dit, dans cette ville, le plaisir que j'avais de m'y trouver, de retrouver la trace de mes propres pas mais surtout de retrouver la trace d'une longue et belle Histoire, où nos actions se sont mêlées, à travers les temps jusqu'à ce jour.
- En rendant visite à Gand, en ma qualité de Président de la République française, je salue la Flandre et votre ville qui, par son Histoire, ses hauts-lieux, ses chefs d'oeuvre artistiques, mais aussi sa réalité d'aujourd'hui est non seulement la capitale d'une région, mais également un symbole. Un symbole qui m'est cher. Gand est un creuset où, depuis des siècles, je vous le disais à l'instant, se sont enrichies mutuellement nos cultures dans leurs différences et leurs similitudes.
- Entre nos deux pays, depuis vingt siècles, les échanges ont été incessants. Je les ai évoqués hier soir devant le Roi et la Reine des Belges en les remerciant de leur invitation et de leur accueil chaleureux.
- Vous avez rappelé, il y a un instant, monsieur le bourgmestre, quelques-unes des grandes heures de votre cité. Si vous aviez voulu rapporter ici l'Histoire, au travers des dates célèbres, par un retour rapide sur l'histoire événementielle, nous aurions eu un beaucoup plus long moment à demeurer ensemble dans cette salle, car il ne se passe pas de décennie durant laquelle l'histoire se serait enfuie de ces lieux. Nous en avons la tête pleine. Mais, bien entendu, vous qui êtes d'ici, mesdames et messieurs, qui en ressentez plus encore la force et la présence, vous ajouteriez, au-delà de cette histoire-là, une autre plus forte et plus vraie encore : celle des gens, des créateurs, des négociants, des ouvriers, celle de la cité, des premiers administrateurs, rebelles le plus souvent à qui venait de l'extérieur et, en-particulier, rebelles à toute suprématie qui n'aurait pas respecté les lois fondamentales.
- Nous avons, dans notre Histoire à nous, dans notre Histoire communale, pris bien des exemples chez vous. A la fois parce que votre cité fut parmi les plus fameuses et parce que le caractère, rugueux souvent, de votre population a marqué, avec une force incomparable, le mouvement du siècle.\
Soulignerai-je, une fois de plus, à quel point l'Europe existe par sa diversité ? Cependant, nous sommes en quête de son unité, problème que vous devez connaître vous-même. Que faire pour rassembler quand on est différent et, cependant, comment toujours respecter les différences ? Grand problème politique qui nous est posé sur le -plan international auquel on répond faiblement aujourd'hui au-sein de ceux qui se disent "d'Europe", qui n'en sont qu'une partie, je veux dire au-sein de la Communauté des Dix `CEE`, et qui pourtant reste une question majeure en cette fin de siècle.
- J'ai été moi-même pendant quelques 35 années député de la région Bourgogne. Un peu par hasard, car, au moment où il fallut répartir les départements français par régions, certains furent malaisément logés dans des structures qui ne correspondaient pas exactement à la réalité historique. Ainsi, la Nièvre, pour une partie, se trouvait à l'aise en Bourgogne, mais pour une autre partie, aurait préféré se retrouver en Berry. Ma famille étant originaire du Berry - on en trouve la trace au XIVème siècle pour la bonne raison que mes ancêtres ne changeaient pas de place - j'ai essayé de compenser £ en effet, c'est mon vote au-sein de notre assemblée départementale et en ma qualité de président de cette assemblée qui a déterminé le choix - c'était l'égalité autrement - en faveur de la Bourgogne. Je me suis senti, ce jour-là, un peu en difficulté avec mes traditions familiales, mais je pensais que c'était quand même juste que cette partie du pays que je représentais fût rattachée à une Bourgogne dont j'ai appris à connaître, à-partir de là, par les bibliothèques, les livres qui me parvenaient, quelques voyages aussi, la grandeur associée pendant longtemps et inspirée par celle de Gand.\
Il est d'usage, quand on vient dans une ville ou un pays, d'en célébrer surtout les réussites et les grandeurs. Pourquoi y viendrait-on si ce n'était pour y rencontrer un motif de sortir de soi-même, pour sublimer une action politique ? C'est ce que j'éprouve parmi vous, mesdames et messieurs. Venir chez vous ne peut m'être indifférent, n'est pas indifférent, j'imagine à grand monde. J'ai pu, tout à l'heure, au Gouvernement provincial, puis en pénétrant tout à fait dans la vieille ville, à la cathédrale Saint-Bavon, devant l'Agneau Mystique et beaucoup d'autres oeuvres d'art, constater combien les siècles marquaient de leur empreinte ces lieux où la spiritualité s'est affirmée. Ici même, dans cet hôtel de ville, si l'on avait le temps, on retrouverait, j'imagine, sur chacun des murs et dans chacune des salles une suite historique particulièrement riche.
- Cette richesse a inspiré l'art - sous toutes ses formes : celle de l'architecture, celle de la peinture - l'art ou l'artisanat d'art. Au travers des riches échanges qui partaient de chez vous, faisant des Flandres un des chaînons indispensables de la modernité, comme vous êtes resté un chaînon indispensable à l'actualité et au devenir de l'Europe dans tous les domaines.\
Je n'ajouterai pas un discours à celui que j'ai prononcé tout à l'heure. Vous m'avez offert un beau livre, d'un grand écrivain. Vous avez voulu souligner vous-même l'art de la littérature, création liée par la qualité du style et de la pensée à vos pierres, à vos paysages. Maeterlinck, lorsque j'étais adolescent, lorsque nous faisions nos études de rhétorique était alors un des auteurs modernes qui représentait un des sommets de l'expression. Vous savez qu'aujourd'hui encore ce nom n'est pas le moins du monde effacé. Après avoir traversé, comme tous les autres, ce fameux purgatoire des écrivains, voilà que l'on s'inspire de Maeterlinck comme on le faisait de son vivant. Par la critique ou par la transmission musicale, Maeterlinck a été, comme Rodenbach, l'un de ceux qui ont le plus puissamment éveillé la sensibilité moderne au début de ce siècle. Disposer de cette belle reliure, pour une édition originale particulièrement importante, sur papier d'Auvergne fait à la main, tout cela fait que je suis très sensible à ces quelques moments passés dans ce haut lieu. Je vous en remercie, monsieur le Bourgmestre, je vous en remercie, mesdames et messieurs, il me sera aisé de garder de Gand le meilleur des souvenirs.\

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