Publié le 13 juillet 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la remise de décorations à la promotion "Grands travaux à l'exportation", Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 13 juillet 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la remise de décorations à la promotion "Grands travaux à l'exportation", Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 13 juillet 1983.

13 juillet 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- La cérémonie qui nous rassemble aujourd'hui en cette veille de Fête nationale, vise à rendre hommage à quelques-uns de nos compatriotes qui se sont illustrés à l'étranger, soit qu'ils consacrent l'essentiel de leur temps et de leurs efforts à promouvoir dans le monde nos produits et nos techniques, soit qu'ils bâtissent, sur les cinq continents, des ouvrages que leur pays d'accueil a confiés à des entreprises françaises.
- Il y a ce soir parmi nous des femmes et des hommes qui viennent, au hasard de la géographie, du Guatémala, d'Union soviétique, du Lagos, du Caire, d'Abu Dhabi, de Djakarta, de Hong Kong, de Singapour et j'en passe. Il y a aussi ceux qui passent cent cinquante ou deux cents jours et plus par an à voyager, qui ne connaissent pas les week-ends pour ne pas perdre de temps, pour exporter et permettre de la sorte à notre pays d'équilibrer ses échanges.
- On ne dira jamais assez qu'un pays ne peut pas durablement acheter plus qu'il ne vend et que si la France peut importer des biens qui sont indispensables, c'est grâce à ceux qui réussissent à exporter ou à ceux qui produisent pour le marché intérieur en nous évitant d'acheter à l'extérieur. Au-delà donc de vos personnes, mais à travers vous, qui êtes ici présent et qui accomplissez cette tâche, c'est à tous ceux qui participent à cet immense effort que je tiens à rendre un hommage solennel.\
Oui, il y a d'abord nos compatriotes qui vivent à l'étranger, qui travaillent à la réalisation d'un grand chantier, dans des conditions souvent difficiles pour eux et pour leur famille qui ne peut pas toujours les rejoindre, et ceux qui représentent en permanence, sur place, nos entreprises. Vous êtes notre avant-garde économique. C'est grâce à vous que la France est devenue, par exemple, l'un des tous premiers réalisateurs de métros, d'aéroports, de chemins de fer, l'un des premiers exportateurs mondiaux d'installations téléphoniques. Les grandes infrastructures que vous construisez sont utilisées sur place, chaque jour, par des centaines de milliers de personnes qui savent que ces réalisations ont été conçues grâce au savoir faire de notre pays. Ainsi, donnons-nous, grâce à vous pour une large part, l'image d'une nation industrielle qui en a l'ambition, qui en a le moyen et qui en a souvent la compétence, et vous y êtes pour beaucoup.
- La France participe à la réalisation de grands projets, mais aussi au problème fondamental de l'urbanisation des nouveaux pays industrialisés. De presque rien il y a quelques années, les contrats de bâtiments ont dépassé 20 milliards de francs l'an dernier. Hôpitaux, écoles, universités, cités administratives, logements. Les besoins sont immenses. Un contrat de 9,5 milliards de francs a été signé à l'Algérie. Les marchés vont être notifiés avec les ordres de services correspondants dans les jours qui viennent, témoignage du renouveau des relations économiques entre ces deux pays, l'Algérie et la France. Plusieurs dizaines de milliers de logements sont en cours de construction à Singapour par des entreprises françaises. Notre pays est de plus en plus présent sur ces marchés, nos groupes, par des montages habiles, persévérants, qu'il faut encourager, associent le tissu des entreprises moyennes dans cet effort commun et je tiens à vous dire à quel point je m'en réjouis.\
Les hommes qui sont les artisans de ces succès se sentent parfois loin de leur patrie. Loin par la distance et ils peuvent redouter d'être loin par l'esprit. Combien d'entre vous ont le sentiment qu'on ne se souvient pas de ce qu'ils font. J'ai rencontré certains des vôtres au-cours de mes voyages à l'étranger. Chaque fois, j'ai répété notre attachement, au-delà de toute préoccupation subalterne et dans le respect des consciences, aux liens, quelle que soit cette distance, du corps ou de l'esprit, aux liens qui doivent rester tissés entre les Français, partout où ils se trouvent. Aujourd'hui c'est moi qui vous reçois, ici à l'Elysée en ce 13 juillet au soir, veille d'un jour qui nous rassemble.
- J'ai pu prendre connaissance de multiples difficultés, à caractère souvent administratif, et qui touche à votre situation : scolarité des enfants, confort sanitaire, avantages ou désavantages de carrière, insertion de vos conjoints dans la vie quotidienne, faculté de revenir pour de brefs séjours en France pour une circonstance familiale, problèmes, il faut bien en parler, de retraites, de sécurité sociale, d'impôts, je le répète, de réinsertion lorsque vous souhaitez vous réinstaller dans votre pays.
- Oh, je le sais, ces questions sont le plus souvent de la compétence des entreprises qui vous emploient. Mais l'Etat y a sa part et j'ai demandé à madame le ministre du commerce extérieur `Edith Cresson` d'ouvrir une concertation avec les entreprises exportatrices afin d'examiner toutes les possibilités d'offrir, de favoriser la carrière des Français qui travaillent à l'extérieur et de simplifier, ce qui n'est pas la moindre des choses, ni pour vous, ni pour moi, les -rapports avec l'administration.\
La France ne peut prétendre conserver sa place de grand exportateur mondial, de grande puissance commerciale - ce qu'elle est - sans disposer sur tous les marchés de femmes et d'hommes compétents qui accompagnent l'action de la "maison mère", la France. Les Japonais mais aussi les Allemands, les Italiens ont su de cette façon s'implanter et créer des liens économiques essentiels. Nous devons encourager nos cadres à participer à cette action et ce n'est pas un voeu pieux. J'ai organisé toute l'action du gouvernement dans ce sens qui commence à être compris, je l'espère, par le pays. La France ne peut pas non plus prétendre jouer ce rôle sans accorder à ceux qui en sont les principaux artisans la place qui leur revient dans notre société. C'est un peu le sens de la cérémonie de ce soir. Bien au-delà de ce qui pourrait apparaître comme une cérémonie de simple apparence ou de satisfaction personnelle, quelques minutes d'arrêt ou de réflexion dans la marche des jours. Non, c'est tout à fait autre chose, c'est pour marquer une volonté, pour rendre un témoignage. Je souhaite avoir d'autres occasions de renouveler nos rencontres, pas toujours de cette façon, bien entendu, mais de toutes les façons qui nous permettront de travailler pour le meilleur du présent et de l'avenir. Toutes ces occasions seront les bienvenues. Je les -recherche, j'en ai vécu de nombreuses depuis deux ans, je les multiplierai. J'ai besoin de savoir comment on travaille et ce que l'on cherche, si je veux pouvoir conduire la France, comme vous-mêmes cherchez à conduire les responsabilités qui sont les vôtres. Bon, je sais que vous êtes rassemblés ici, comme une sorte de cohorte de dirigeants d'entreprises et qu'au-delà de cette salle, il en est bien d'autres qui souvent doutent, quand ils ne désespèrent pas de l'avenir du pays et de leur avenir propre et je veux qu'il soit bien entendu que je plaide la cause de tous ceux qui participent à notre travail, à notre redressement de l'économie et particulièrement, puisque c'est le sujet du jour, de ceux qui travaillent à l'exportation.\
Nous ne pouvons pas prétendre nous situer, comme c'est le cas, parmi les premières nations exportatrices dans le monde, sans disposer d'une base industrielle solide, diversifiée, compétitive. C'est pourquoi le gouvernement, à ma demande, a choisi comme priorité le rétablissement des équilibres : paiements extérieurs, prix, commerce international et par priorité initiale, qui était une nécessité et non pas une voie de conséquence : l'emploi. A cela une réponse : il faut innover, créer, moderniser et tous ceux qui le veulent et qui le peuvent doivent compter sur moi.
- Vous savez qu'un Fonds de modernisation industrielle a été créé. Je veux qu'il puisse entrer en fonctionnement dans les meilleurs délais afin de financer des actions que j'appellerais stratégiques ou l'acquisition par nos entreprises de machines de conception avancée. Ce Fonds est doté de 3 milliards de francs en 1983, 5 milliards à partir de 1984. Nous sommes à pied d'oeuvre.
- De la même façon, nos entreprises de bâtiment et de travaux publics ne peuvent poursuivre leur percée remarquable sur les marchés extérieurs que si elles sont assurées de débouchés suffisants sur le marché intérieur. Aussi, ai-je demandé au gouvernement de presser l'allure - il avait quelques raisons de la ralentir, afin de répondre à d'autres exigences - et d'accélérer la mise en oeuvre de la deuxième tranche du Fonds spécial grands travaux. Je me permets de vous rappeler que la première tranche a été de 4 milliards de francs et que la seconde tranche qui sera créée au début de la prochaine session parlementaire sera d'un montant équivalent. Il faut prévoir les dispositions législatives nécessaires pour qu'une troisième tranche soit lancée au printemps 1984.
- Ainsi, l'Etat aura-t-il rempli son devoir. Que cela serve d'exemple à tous ceux qui, par des spéculations qui n'ont pas de sens, pourraient croire que ce serait servir son pays que de ne pas appliquer toutes ses forces et toutes ses énergies à ce qui est demandé aujourd'hui.
- Les travaux d'infrastructure et les investissements d'économies d'énergie ainsi réalisés procureront de l'activité aux entreprises et, cela va de soi, des emplois et réduiront du même coup notre dépendance extérieure.\
Bref, une économie solide sur la voie du redressement, des entreprises dynamiques, des responsables motivés, voilà trois composantes indispensables au succès. Ce succès, je vous le répète pour conclure, le pays vous le doit pour une large part. Les succès du pays ce sont aussi les vôtres et j'espère que vous en avez, ce soir, un sentiment de légitime orgueil.
- Je dois, puisqu'il s'agit de remise de décorations dans les deux ordres principaux, ordres nationaux qui ont toujours honoré ceux qui les méritaient, vous adresser mes félicitations, mais ces félicitations n'auraient pas beaucoup de sens si elles n'étaient l'expression des remerciements que le pays vous doit.
- Nous allons si vous le voulez bien, maintenant, procéder à cette cérémonie qui est assez imposante en raison du grand nombre inhabituel de récipiendaires qui pourtant ne représentent qu'une infime fraction de celles et de ceux qui, à travers le pays, mériteraient d'être parmi nous.\

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