Publié le 30 novembre 1982

Discours de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'Indian Institute of Sciences, Bangalore, mardi 30 novembre 1982.

30 novembre 1982 - Seul le prononcé fait foi

Discours de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'Indian Institute of Sciences, Bangalore, mardi 30 novembre 1982.

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Monsieur le directeur,
- Je vous remercie de votre accueil dans cet institut qui témoigne et agit pour l'approfondissement de la connaissance scientifique. La présentation que vous venez d'en faire a éclairé vos visiteurs sur la qualité et l'intérêt de vos travaux. J'insisterai dans un moment sur les effets heureux de la coopération qui se développe entre nous.
- Mesdames et messieurs, rencontrant il y a quelques instants les participants du séminaire franco - indien de mathématiques appliquées qui s'ouvre aujourd'hui, je songeais que la numération décimale, y compris le signe zéro, et la trigonométrie avaient été donnés par l'Inde à la science universelle. On ne s'en étonnerait que si l'on ignorait que beaucoup de noms indiens jalonnent l'histoire des mathématiques. Parmi eux, je noterai celui de Srinivasa Ramanujan. Et me trouvant à Bangalore, comment ne rendrais-je pas à mon tour hommage après vous à l'un des grands physiciens de ce siècle, le professeur Raman, prix Nobel en 1930, et dont la découverte sur les radiations diffusées par un corps pur éclairé a commandé l'évolution moderne de cette discipline.
- Nombreux sont les chercheurs qui nous rappellent que la science, formalisation universelle, est le -fruit d'un esprit que la culture a façonné. De ce point de vue, on peut prédire sans risque que votre pays participera de plus en plus au progrès scientifique. Ce n'est pas un hasard en effet si des biologistes indiens, français et autres citent Shankara et les philosophes grecs avant de formuler les lois de transmission de l'information génétique £ et nous mesurons les interrogations des physiciens fondamentalistes quand la matière, dont ils voulaient expliquer les constituants ultimes, semblent sous leurs yeux s'évanouir.
- "La société enveloppe tout" selon l'expression d'un historien français Fernand Braudel, et cela est vrai de la science. Lors de l'inauguration d'un laboratoire, Gandhi fit sous forme de boutade cette remarque : "A moins que les découvertes que vous faites aient pour fin le bien être des pauvres, tous vos ateliers ne vaudront pas mieux que les ateliers de Satan".
- Les chercheurs en effet, loin de se confiner dans leurs laboratoires doivent connaître et vivre par eux-mêmes les problèmes de leur société. La créativité exige une grande autonomie, une vraie concentration, mais elle est d'autant plus forte qu'est intense la communication entre le travail personnel et le mouvement des idées alentour. Les temps forts historiques et culturels suscitent l'invention scientifique.\
Aujourd'hui pour nos deux pays, le développement implique un effort de recherche considérable. La France veut approfondir sa collaboration avec les deux millions de scientifiques indiens qui forment la troisième communauté scientifique au monde. Votre gouvernement a donné, depuis trente-cinq ans, dans ce domaine, l'exemple d'une volonté en action. Les réussites nucléaires de l'Inde, ses avancées en-matière spatiale, électronique, ses recherches agronomiques ou sur les énergies renouvelables le montrent. Il n'y a pas de secteur de la recherche fondamentale ou appliquée dont votre pays soit absent.
- D'où l'extrême importance d'une coopération que vous avez vous-même soulignée entre l'Inde et la France, elle-même grande puissance industrielle, scientifique et technologique. Au demeurant, cette coopération, nous venons de l'inaugurer.
- Nous avons créé ensemble, l'Inde et la France, l'an dernier, un Centre de promotion des recherches conjointes qui travaille dans quatre secteurs essentiels : énergies nouvelles, bio-technologie et électronique, mathématiques appliquées et informatique. L'atelier de mathématiques appliquées que j'ai déjà cité en fait partie et nous savons que vous avez vous-même, monsieur le directeur, donné une impulsion aux recherches franco - indiennes dont vous indiquiez l'importance et votre attachement personnel en optique et opto-électronique, vous en êtes, au demeurant, un spécialiste mondialement reconnu. Je me réjouis également des échanges prévus entre les deux académies des sciences.
- Il existe aussi des programmes conjoints dans plusieurs domaines : la médecine, l'informatique appliquée au développement rural, la vaccination du bétail, l'ingénierie urbaine. Tous seront prolongés et renforcés.
- En outre, l'aéronautique et les télécommunications vont devenir les axes de notre coopération industrielle et des échanges commerciaux qu'elle entraînera.
- Enfin et sans vouloir être exhaustif, j'indiquerai que, dès l'an prochain des recherches communes en anthropologie, en économie et en archéologie seront -entreprises.
- On le voit, ces projets multiples vont de la rdcherche fondamentale à la plus appliquée et visent à servir le développement du savoir et des techniques dont bénéficieront au-delà de nos deux pays, tous les autres, je l'espère, l'humanité tout entière.
- Je me sens très honoré, mesdames et messieurs, de me trouver en cet instant parmi vous. Je connaissais de loin la réputation de votre Institut et de son illustre fondateur, M. Tata. Lorsque, en France, nous débattons des pays de progrès qui ont porté l'intuition et l'intelligence plus loin qu'ailleurs, nous savons qu'en Inde il en va ainsi. Nous avons le sentiment d'y chercher - et nous le trouvons - au-delà même des cultures plusieurs fois millénaires, la présence moderne d'une connaissance aigue qui non seulement sait tirer le meilleur du savoir enregistré mais déjà imagine et perçoit les contours du futur.
- Cette visite me confirme dans le sentiment que, dans tous les domaines, la volonté de nos deux pays d'agir ensemble est assurée.\

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