Publié le 4 mai 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à la mairie de Neuvic, mardi 4 mai 1982.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à la mairie de Neuvic, mardi 4 mai 1982.

4 mai 1982 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Voici que je retrouve à Neuvic d'Ussel des lieux que j'ai connus grâce à Henri QUEUILLE, dans les années qui paraîtront aux plus jeunes déjà lointaines. L'un des responsables de la République, Président du Conseil, homme sage, écouté, plein de sensibilité et de finesse, Henri QUEUILLE représentait déjà l'un de ceux vers lequel on se tournait lorsqu'on avait besoin d'un conseil et sur les intérêts de la patrie, et sur la gestion quotidienne des choses, des biens des collectivités locales.
- En visitant ce musée, j'évoquais bien entendu des souvenirs personnels. Comment leur échapper ? Et je me souvenais de cette dernière visite faite ici même, dans cette maison où j'avais vu le président QUEUILLE, vieilli mais encore présent. Il m'avait alors, je le crois, témoigné pour la dernière fois de son affection, mais aussi donné les conseils que j'attendais à-partir de ses réalisations corréziennes et dont j'avais tant besoin dans l'exercice de mon propre mandat. Je me souviens d'y avoir vu madame QUEUILLE dont la physionomie doit rester présente à nos mémoires et associée à celle de son mari. Je me souviens de l'avoir revue plusieurs fois à Paris et tout le long de ces années, on pouvait assez aisément se représenter ce couple très significatif d'une époque et qui avait su au travers de la deuxième guerre mondiale assurer la nécessaire transition. Mais pas n'importe quelle transition car Henri QUEUILLE, homme politique, déjà éminent, qui s'était engagé pendant la première guerre mondiale, n'a pas hésité sur le chemin à suivre, lors de la deuxième guerre mondiale alors qu'il aurait pu être sollicité par la facilité et la compromission : il a rejoint Londres, la France libre, le Général de GAULLE. Plusieurs de nos camarades et de nos compagnons de l'époque qui se trouvent dans cette salle, toutes opinions politiques mêlées, vivent en cet instant l'émouvant souvenir des heures où ils étaient les soldats d'un même combat.\
Je me retourne moi aussi vers madame GALLO, vers monsieur QUEUILLE et je leur dis : "En faisant don de votre maison à la collectivité, vous avez bien agi, à la fois pour perpétuer le souvenir de votre père et pour associer davantage encore la population de cette commune et de ce département à la mémoire d'une époque qu'Henri QUEUILLE illustra plus que d'autres au premier rang des hommes d'Etat qui firent la République. Déjà praticien de la politique, comme il eut été commode à Henri QUEUILLE de s'abstraire des combats qui sollicitaient sa génération et la nôtre ! Eh bien, Henri QUEUILLE a toujours été là lorsqu'il le fallait, comme il le fallait. On le représentait souvent de façon caricaturale comme un homme un peu effacé avec son gentil sourire, avec ses traits parfaitement réguliers, difficiles précisément à saisir dans des expressions soit de grande éloquence, soit romanesques. Et pourtant pour ceux qui le connaissaient bien, il y avait bien des itinéraires qui permettaient de reconnaître en lui une qualité supérieure, une dimension intérieure dont il imprima, en diverses circonstances, les événements de notre histoire qu'il a vécus.
- Dans cet hôtel de ville, se trouvent rassemblés des responsables politiques de l'époque d'aujourd'hui. On les dit fort différents, ils le sont mais ils se trouvent réunis dans le souvenir et le respect de la mémoire d'Henri QUEUILLE. Ce n'est pas si mal qu'à travers le temps, ce responsable politique, mêlé lui-même à nos combats, ait pu préserver ce respect, cette estime, cette filiation qui veut qu'à travers l'histoire de la République, la continuité du service public, du service de la nation, prévale finalement sur les intérêts particuliers.
- Ce musée est une réussite grâce- à la conduite de M. le conservateur. J'ai pu en suivre les éléments pédagogiques : la Résistance en général, la Résistance de Haute-Corrèze, de la Corrèze tout entière. Et puis, dans tout cela, le cheminement tranquille du résistant Henri QUEUILLE qui vient, comme en contre-plaqué, s'ajouter à l'ensemble des bienfaits d'une vie modeste et simple, ce qui n'est pas nécessairement la plus mauvaise façon d'approcher la grandeur.\
Mesdames et messieurs, vous êtes là sous cette pluie qui m'a moi-même retardé, empêché que j'étais de franchir les airs, obligé de suivre, ce qui n'était pas désagréable, les routes qui montent jusque chez vous. Je ne veux pas prolonger à l'excès cet entretien.
- Je veux remercier monsieur le maire, de l'accueil réservé à ses hôtes. Je veux dire le plaisir que j'ai de retrouver comme cela, à travers la distance plusieurs d'entre ceux qui furent mes amis de 1942, 43, 44, qui ne sont pas tous des amis politiques d'aujourd'hui. Certains le sont bien entendu. Nous sommes en 1982 et nous avons à notre tour, dans la fidélité à la mémoire que nous célébrons, à affronter les événements qui sont ceux de notre temps, celui que nous avons à vivre, celui que j'ai personnellement à conduire.
- J'ai été retardé par le temps mais c'est un heureux temps puisqu'il va permettre à l'agriculture de cette région de sortir enfin de cette longue sécheresse. Il faut donc le considérer comme un signe de bienvenue, de chance et d'espoir.
- Je vous dis, mesdames et messieurs, combien je suis heureux d'avoir pu passer ces moments près de vous et combien avant de rentrer cette nuit à Paris et de poursuivre ma tâche, j'aurai retrouvé je le pense en touchant le sol de cette Haute Corrèze, les forces dont on a toujours besoin : la connaissance de son pays, la rencontre avec les siens, avec vous, mesdames et messieurs, c'est quelque chose d'indispensable, je vous en remercie. Je souhaite longue vie à ce musée fait par définition pour durer, pour perpétuer les souvenirs que la mémoire de chacun d'entre nous risquerait de dissiper.
- Je remercie chacun de ceux qui ont bien voulu s'associer à cette cérémonie, les responsables du département de la Corrèze, monsieur le député de cette circonscription, monsieur le président du conseil général, messieurs les responsabiles de la Corrèze et aussi du Limousin, ceux qui sont venus de plus loin. Je pense en-particulier à M. Edgar FAURE, à M. Daniel MEYER, au temps que j'ai passé à leurs côtés, au-sein des gouvernements de M. Henri QUEUILLE. C'est là que nous avons fait nos classe £ à vous de dire, mesdames et messieurs, si elles ont été bien suivies. On juge aux -fruits. C'est la postérité qui dira cela à ma place.
- Mesdames et messieurs, bonne journée, bonne chance à Neuvic d'Ussel, bonne chance à la Corrèze, je suis heureux d'avoir retrouvé une trace qui m'était chère.
- Vive la République, vive la France !\

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