Publié le 29 avril 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Copenhague, jeudi 29 avril 1982.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Copenhague, jeudi 29 avril 1982.

29 avril 1982 - Seul le prononcé fait foi

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Madame,
- Monseigneur,
- Monsieur le président du conseil municipal,
- Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie de l'accueil amical réservé au Président de la République française ici, à l'hôtel de ville de Copenhague, ville dont le fondateur, l'Evêque ABSALON, avait étudié, dit-on, au XIIème siècle plusieurs années à la Sorbonne.
- Copenhague est, je le sais depuis longtemps pour l'avoir plusieurs fois visitée, une grande, belle et noble ville. Elle illustre le niveau d'achèvement auquel l'Europe, au fil du temps, a porté la civilisation urbaine. Et nous sommes fiers, vous avez bien voulu me le rappeler, que des artistes français, tel l'architecte JARDIN ou le sculpteur SALLY aient contribué à donner à votre capitale son visage. Mais vous n'aviez pas besoin de nous pour être tout à fait vous-mêmes.
- Sur aucun autre continent qu'en Europe, on ne trouve une telle densité de villes : antiques, médiévales, renaissantes, ou modernes. Rien ne montre mieux, sans doute, que les villes d'Europe, dont nous sommes, la parenté profonde qui existe entre nous, Danois, Français, et l'identité de notre civilisation au-delà de toutes ces différences qui ajoutent à leur complémentarité. Cet héritage précieux, dont vous avez eu raison de dire qu'il nous est commun, unique à sa façon, toujours à redécouvrir et à préserver, doit nous inspirer une méditation commune sur l'avenir.
- Vous avez cité, monsieur le Président, MONTAIGNE et VOLTAIRE, jalons capitaux de l'histoire de l'art français et de l'expression française. Cela me touchait doublement. Lorsque, pour la photo officielle qui sert à perpétuer dans les palais ou les bâtiments publics les traits, toujours un peu figés d'un chef d'Etat dans la longue cohorte de ceux qui ont cette charge, il m'a fallu choisir : j'ai voulu avoir dans mes mains un livre ouvert. Trop souvent les livres servent de décor, restent fermés. J'ai choisi un exemplaire des essais de MONTAIGNE parce que je pense que notre civilisation à nous, peut-être universelle, trouve dans ces réflexions l'une de ses plus grandes raisons d'être. Et VOLTAIRE, je vous rejoindrai en disant qu'il a été la marque et s'est trouvé au sommet d'une époque où tant de problèmes qui se posent encore aujourd'hui à nous, étaient déjà résolus, du moins pour les classes dirigeantes, pour ceux qui voyageaient, pour ceux qui avaient la possibilité de se former aux bienfaits de la culture. Ce qui faisait qu'il n'y avait pas de frontières lorsqu'on voulait trouver asile ou correspondance. On allait dans les autres capitales sans avoir l'impression d'être sortis de chez soi. DESCARTES, VOLTAIRE et quelques autres, nombreux sont ceux qui sont passés par Copenhague.\
Même s'il n'est pas de modèle, Copenhague est aujourd'hui une capitale européenne qui peut servir d'exemple à bien des égards. Par votre gestion, monsieur le Président, et celle de vos prédécesseurs, vous avez fait bénéficier le million et demi d'habitants de Copenhague de solutions humaines aux problèmes qui affectent les grandes cités modernes.
- Vous avez su conserver ou rétablir entre les lieux de travail et les lieux de résidence un bon équilibre. Vous avez su aménager des espaces verts, leur donner la beauté nécessaire. Vous avez su aussi - et voici ce qu'admireront peut-être plus les Français et particulièrement les Parisiens - mettre en place des transports en commun commodes, parfois attrayants. Je regardais avec quelque envie vos rues piétonnes ou les pistes cyclables. Je ne suis pas sûr qu'il serait facile de parvenir au même résultat dans les grandes villes françaises.
- Bref, vous avez su régler, mieux que d'autres, les problèmes de la circulation et qu'est-ce que c'est que la circulation ? C'est la preuve d'une société en progrès, ou en déclin. De grandes masses, des foules, se rassemblent, découvrent la solitude ou bien on y communique. Parmi les problèmes de la circulation se trouve posé ce problème presquue philosophique : on se croise, on s'entasse, sans jamais se rencontrer. Il faut organiser nos villes comme des lieux de rencontre.
- Voilà des réussites concrètes et, je le crois, convaincantes. A la différence de beaucoup d'autres peuples - et je pense au mien - vous débattez certes, comme partout, des problèmes de la vie en société, mais vous ne vous en contentez pas, vous les résolvez. Toute votre action, telle que j'ai pu la constater au travers des sept ou huit voyages que j'ai faits au Danemark et qui me permettaient, peut-être davantage que celui-ci qui est comblé par ailleurs, de me promener dans la rue, toute votre action porte la marque de l'équilibre. L'urbanisme, intimement lié à un aménagement du territoire, à une lutte contre la pollution, une réelle décentralisation, ce qui nous intéresse beaucoup nous, Français, surtout en ce moment. Action, au demeurant, embellie par vos architectes, vos ingénieurs dont l'influence, vous le savez, rayonne bien au-delà de vos frontières. C'est dans une ville comme la vôtre qu'ont été créées, conçues, les normes de l'habitat contemporain dont je bénéficie moi-même car lorsqu'il m'arrive de réfléchir, d'écrire, c'est sur un bureau danois que je le fais.\
Je suis sensible et honoré, madame `la reine MARGRETHE`, par votre présence dans cet hôtel de ville, en cette réception, comme je le suis par la présence de monseigneur, par celle de la famille royale, au premier rang de laquelle, bien entendu la Reine Mère dont j'ai pu apprécier, hier, la connaissance de ma langue, de mon Histoire, en relevant que parfois toutes ces Histoires se recoupaient pour constituer le fond commun de nos mémoires collectives. Je suis sensible à la présence des élus du peuple de cette ville et de toutes celles et de tous ceux qui participent à un degré quelconque à la marche et à la vie quotidienne de l'hôtel de ville de Copenhague.
- Enfin, monsieur le président, c'est à votre discours que je me reporterai pour finir. Il portait la marque de la culture, de la réflexion et de l'amitié, c'est ce que je voudrais vous rendre par ma réponse.\

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