Publié le 5 juillet 1981

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la commémoration du 37ème anniversaire des combats du Mont-Mouchet en Auvergne, dimanche 5 juillet 1981.

5 juillet 1981 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la commémoration du 37ème anniversaire des combats du Mont-Mouchet en Auvergne, dimanche 5 juillet 1981.

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Monsieur le président du Comité d'union de la résistance d'Auvergne,
- Chers camarades de la résistance,
- Mesdames,
- Messieurs,
- Quelques jours à peine après mon installation à la Présidence de la République, en vertu de ce qui est devenu une tradition, deux de mes prédécesseurs ayant célébré avant moi les combattants du Mont-Mouchet, au nom aussi de la vieille amitié qui nous unit depuis longtemps, le président Jacques Valentin m'a demandé d'être à vos côtés cette année pour ce rassemblement du souvenir.
- J'ai accepté de grand coeur et je le remercie de son invitation, comme je remercie de leur présence les patriotes fidèles qui ont refait, 37 ans après les combats, la montée de La Margeride pour retrouver ici le souffle d'un passé qui reste présent en nous, et qui porte en lui les germes de l'avenir.
- Je veux associer à ces remerciements celles et ceux, nombreux encore, qui entretiennent vivante ici la flamme de la résistance auvergnate que les circonstances m'ont conduit à bien connaître, puisque j'ai passé dans votre région des moments importants de ma vie de clandestin.
- Comme eux, je sais le prix que cette terre a payé dans les combats de la liberté et je les retrouve ce matin avec émotion.
- Plus que des considérations stratégiques, c'est bien en effet la soif de liberté, l'espoir de trouver au bout du chemin un morceau de France d'où serait chassé l'oppresseur, qui poussaient en mai 1944, et avant, des milliers de jeunes des villes et villages d'Auvergne vers ce réduit du Mont-Mouchet.
- Ici même, à son poste de commandement de la maison forestière, le colonel Gaspard et ses hommes, ayant enfin obtenu l'accord de Londres, devaient accueillir, structurer, armer et instruire près de trois mille volontaires, réalisant l'un des plus vastes rassemblements de combattants du maquis dans la France occupée.
- Ici, à-partir du 2 juin, s'est déroulée, au moment même où les alliées débarquaient, une véritable bataille, comme si la France de l'ombre avait tout à coup reconstitué ses forces pour saisir des points d'appui essentiels et apporter ainsi un soutien nécessaire à ses libérateurs.
- Vous l'avez souligné il y a quelques minutes, ce furent des combats de grande ampleur et des engagements sévères.
- Pourtant, en définitive l'ennemi ne devait pas l'emporter. Certes, grâce-à sa supériorité écrasante en hommes - deux Allemands pour un Français - et plus encore, en armements de toute -nature, il restait maître du terrain au soir du 11 juin. Mais la clairvoyance des chefs de la résistance, alliée au courage et à la discipline des maquisards, devaient permettre à la plupart de ceux qui se sont battus ici de rompre en bon -ordre l'encerclement, pour reconstituer, on l'a dit, sur La Truyère et au-delà, de nouvelles unités qui devaient un peu plus tard prendre une nouvelle part à la libération du pays.\
La résistance courageuse et lucide des hommes du Mont-Mouchet est un fait d'armes des forces françaises de l'intérieur à un moment décisif du processus de notre libération. Il a galvanisé la résistance, ébranlé l'occupant, préparé la victoire.
- Cette action d'éclat ne doit pas faire oublier les longues années de souffrance des combattants dont nous parlons. Elle ne doit pas faire oublier combien les pertes ont été lourdes dans les rangs des compagnies de résistants du Mont-Mouchet, et dans les populations civiles des villages avoisinants. Ma présence au pied de ce mémorial où repose un maquisard inconnu avec, autour de nous, plusieurs membres du Gouvernement de la République et les plus hautes autorités de cette région, me donne l'occasion de rendre un solennel hommage aux résistants qui, en Auvergne et sur l'ensemble du territoire, ont donné leur vie pour que nous soyons libres. Le Mont-Mouchet laisse à l'histoire, en même temps qu'une leçon de courage, une leçon d'art militaire.
- Nous commémorons nos héros et nos victimes, mais au-delà de ces réflexions et de ce pieux souvenir, il est nécessaire de garder à l'esprit la vraie -nature de l'adversaire que nous affrontions. Nous avons su, et nous avons eu raison, dominer l'antagonisme séculaire qui, au-prix de trois guerres, nous a opposés à l'Allemagne. La paix et l'équilibre de l'Europe tiennent pour une large part à l'entente aujourd'hui réalisée entre nos deux peuples, à notre démarche devenue commune et amicale. Mais reste l'ennemi, qui toujours ressurgit du plus profond de notre société, qui s'est appelé le nazisme, le fascisme £ quoi donc, l'esprit du pouvoir, l'impérialisme, la haine des autres ou l'absence de respect, l'esprit d'intolérance. Oui c'est cet ennemi-là, que les résistants du Mont-Mouchet ont fait reculer. Et c'est cet ennemi-là, qu'il faut continuer à combattre, si l'on veut établir sur la surface de la terre une société plus juste et, chez nous, une France plus humaine, plus fraternelle, l'idéal d'une jeunesse généreuse.
- Comment ne pas voir enfin dans ce grand rassemblement des maquis d'Auvergne de juin 1944, en même temps que l'expression d'un puissant espoir de liberté, une manifestation de l'unité nationale ?
- Vos maquis, monsieur le président, se sont regroupés avec leurs hommes, jeunes et moins jeunes, cadres et ouvriers, croyants et non croyants, de toutes origines et conditions sociales, pour restituer à la France sa grandeur, son honneur et sa liberté.
- Sur cette terre d'Auvergne, haut lieu de la patrie, face au Mont-Mouchet et à son mémorial, porteur des blasons des provinces Françaises, je salue le symbole de notre unité nationale.\

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