Publié le 9 avril 2017

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux soldats canadiens de la bataille de Vimy pendant la Première Guerre mondiale, à Vimy le 9 avril 2017.

9 avril 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux soldats canadiens de la bataille de Vimy pendant la Première Guerre mondiale, à Vimy le 9 avril 2017.

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Dans l'histoire, il est des noms qui ne s'éteignent jamais, parce qu'à eux seuls, ils résument l'éclat d'une victoire, l'ampleur des sacrifices et la force d'une amitié, l'émergence d'une Nation.
Vimy est l'un de ces noms.
Vimy, ce petit morceau de terre française près d'Arras, est devenu il y a 100 ans la crête sanglante, l'enjeu d'un affrontement dantesque entre les troupes allemandes qui tenaient ce verrou du bassin minier et le Corps Expéditionnaire Canadien lancé à sa conquête.
Tout avait été minutieusement préparé pendant des mois par les soldats du Commonwealth britanniques, australiens, sud-africains, néozélandais, indiens. Mais c'était aux Canadiens qu'avait été confié l'assaut. Et donc, ici, s'est imprimée la marque de l'Histoire.
L'histoire de ces hommes qui ont tout donné, dans le froid d'un printemps glacial, pour reprendre en trois jours quelques arpents de terre, parce que c'était leur mission.
L'histoire d'un pays, le Canada, qui y a trouvé une part de son identité et sa première grande victoire militaire.
L'histoire de cette région des Hauts de France qui, à travers les siècles, a tant souffert des invasions, des destructions, des humiliations et où les champs de bataille sont devenus comme ici, des lieux de mémoire et de paix.
Chaque année, vous êtes des dizaines de milliers à venir du Canada jusqu'ici pour honorer les héros de Vimy. La France vous accueille avec émotion et fraternité parce qu'elle n'a jamais oublié le dévouement des soldats canadiens.
La France n'a pas oublié que, durant les deux Guerres Mondiales, les Canadiens ont toujours été à ses côtés pour défendre son indépendance et pour libérer son territoire.
La France n'a jamais oublié ces 600 000 hommes venus de loin, tous volontaires, engagés, prêts à tout risquer pour venir en aide à un pays ami. 60 000 Canadiens ont perdu leur vie, 3 600 ici à Vimy.
Avant Vimy, il y avait déjà entre la France et le Canada le souvenir de Jacques CARTIER et de Samuel DE CHAMPLAIN, un passé commun, une communauté de langue, une proximité de valeurs. Depuis Vimy, il y a entre nous la reconnaissance éternelle que vaut le sang versé côte à côte.
Voilà pourquoi, aujourd'hui encore, la France et le Canada se retrouvent pour faire avancer la cause de l'humanité.
C'est ce que nous faisons quand nos pays s'engagent pour répondre aux appels des réfugiés du Moyen-Orient qui cherchent une terre d'asile, loin de l'oppression. C'est ce que nous faisons quand nous condamnons les massacres chimiques organisés aujourd'hui par un régime criminel £ c'est ce que nous faisons quand nous luttons contre le terrorisme, quand nos peuples blessés refusent de basculer dans la haine et dans le rejet. C'est ce que nous faisons quand nous uvrons chaque jour pour faire reculer les discriminations, pour donner de nouveaux droits, pour que nos pays continuent à être des terres de tolérance et de progrès.
Nous nous battons ensemble pour préserver la planète et c'est ensemble que nous avons voulu l'accord de Paris sur le climat.
Il y a cent ans, les héros de Vimy nous ont livré une grande leçon de courage. Ce qui semblait impossible à faire, les troupes canadiennes l'ont réalisé, à force de persévérance et d'abnégation.
Alors, aujourd'hui, face aux défis de notre époque, écoutons-les, ces soldats de Vimy, car ils nous parlent encore, comme Louis ARAGON le disait, « les revenants bleus de Vimy ».
Ils nous disent ce que peut la volonté humaine, lorsqu'elle est correctement dirigée. Ils nous disent ce dont sont capables les peuples libres, lorsque l'essentiel est en jeu. Ils nous disent que la paix est le bien le plus précieux. Et que c'est le plus grand mérite de l'Europe d'avoir réalisé ce rêve. C'était celui des soldats français, britanniques et allemands qui se combattirent dans les carrières crayeuses autour d'Arras et qui ne se détestaient pas au point que l'un d'entre eux a pu laisser une trace sur les murs d'une carrière en disant ceci : « je suis l'ennemi que tu as tué, mon ami ».
Oui, les soldats de Vimy nous disent que le nationalisme ne mène qu'à la guerre et que le fondamentalisme à la destruction. Ils nous disent que l'avenir de nos deux pays est d'être unis, fraternellement rassemblés dans le combat résolu pour la liberté. Ils nous disent que l'histoire ne sert pas à célébrer le passé mais à préparer l'avenir. Tel est le message de Vimy.

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