Publié le 29 mars 2017

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations culturelles entre la France et l'Indonésie, à Jakarta le 29 mars 2017.

29 mars 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations culturelles entre la France et l'Indonésie, à Jakarta le 29 mars 2017.

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Mesdames, Messieurs,

C'est assez exceptionnel que de délivrer un discours dans le cadre d'un après-midi récréatif ou plutôt créatif, mais c'est le sens que je voulais donner à cette visite ici en Indonésie. Il y a bien des liens qui nous unissent, mais nous aurions pu parler Défense. Le ministre est là présent, il aurait pu développer tous ses matériels et il en a beaucoup. Nous aurions pu parler industrie, nous aurions pu parler transports, infrastructures et il y a toutes les raisons de le faire. Avec le Président indonésien, nous avons évoqué toutes ces questions.
Mais nous avions l'un et l'autre voulu que cette visite puisse donner un éclairage particulier sur la création, la culture et tout ce qui fait que deux nations peuvent se retrouver au-delà même des géographies, des histoires et même des civilisations. Il y a près de trente ans qu'un Président de la République française n'était pas venu ici en Indonésie, donc il fallait faire de l'exceptionnel pour rattraper le temps perdu et pour nous projeter vers le futur. Ce qui m'a saisi à l'occasion de ce que vous avez démontré aujourd'hui, et je veux remercier ici tous les artistes, tous les créateurs, toutes les actrices qui se sont ici présentées même si elles sont mondialement connues, c'est que nous pouvons dialoguer entre les cultures et même partager un grand nombre de projets.
Nous avons depuis 2011 un partenariat stratégique entre la France et l'Indonésie et nous lui avions donné déjà cette dimension culturelle, mais aujourd'hui elle prend une traduction particulière. Et donc, nous avons voulu que tous les modes de création artistique puissent être présentés du graphe et j'y ai participé au jeu vidéo - au cinéma et aussi à tout ce qui est art de la mode donc de la création. On pourrait dire : « Mais finalement, vous êtes à côté du temps de l'économie, à côté du temps de la mondialisation » et c'est tout le contraire.
Ce qui va faire la singularité des nations, ce qui va faire aussi leur coopération, c'est leur capacité à créer. Tout à l'heure, il était rappelé que dans la numérisation, dans la digitalisation et dans une forme d'uniformisation disons les choses de banalisation, ce qui va distinguer entre les nations et les ensembles régionaux, c'est leur capacité à pouvoir créer et à pouvoir montrer la diversité de nos cultures.
La France est très attachée à l'exception culturelle. Ce n'est pas simplement un slogan, ce n'est pas simplement de nous dire que ce que nous faisons en France mérite d'être protégé. Nous n'avons pas cette conception protectionniste de la culture, au contraire. Quand nous parlons de diversité culturelle, c'est pour ouvrir, c'est pour accueillir, c'est pour partager. Et la France a toujours voulu à la fois donner le meilleur d'elle-même partout dans le monde, ce qu'on appelle nos valeurs universelles, mais en même temps accueillir tous les talents du monde, et la culture française s'est enrichie de tous les apports venant du monde entier.
Il n'y aurait pas de mode française s'il n'y avait pas eu à travers l'immigration l'accueil de nombreux créateurs qui ont permis que la mode puisse être aujourd'hui regardée comme une industrie, et une industrie au service de la beauté et aussi de la relation entre les pays. Nous n'avons pas conçu notre cinéma pour nous protéger. Nous avons, nous en France, une organisation du cinéma qui nous permet, chaque fois qu'un film connaît un grand succès d'où qu'il vienne, de financer les uvres et de financer la création.
C'est très original et en même temps, nous le proposons au monde ce modèle-là : à l'Europe mais aussi à l'Indonésie, et c'est très important qu'il ait pu y avoir cet accord entre le Centre national du cinéma et votre agence pour porter ensemble un certain nombre de projets de tournage, de création ou d'accompagnement du cinéma indonésien. C'est vrai que nous avons un grand festival, plusieurs grands festivals puisqu'il y a Cannes mais il y a aussi Cabourg, et je salue ici ce qui se fait. Mais il y a plein de festivals en France et tous ces festivals accueillent des films venant du monde entier, notamment d'Indonésie. Et nous souhaitons qu'il puisse y avoir des coproductions des coréalisations, des tournages qui puissent se faire pour que le cinéma indonésien puisse connaître le succès qu'il mérite.
Nous avons voulu aussi en France accueillir plus de tournages et de tournages y compris dans des langues qui n'étaient pas la langue française. Ce n'était pas facile à faire comprendre, mais ce qui nous paraissait le plus important, c'est que le cinéma et la création du monde puissent venir partout en France pour se donner à voir et qu'ensuite nous puissions même aider fiscalement ces productions de manière ensuite à ce qu'elles puissent faire du travail en France et s'exporter partout dans le monde.
Alors je sais combien l'Indonésie s'est investie également dans cette belle ambition culturelle, et je pense que vous êtes tout à fait leader en Asie du sud-est. Vous êtes membre de l'ASEAN, vous représentez l'essentiel de la population de l'Asie du sud-est et vous avez compris que la culture pouvait être un lien entre les pays qui composent cette organisation régionale. En France, en Europe en ce moment même, il y a la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne. C'est un choix douloureux.
Douloureux d'abord pour eux, mais douloureux aussi pour nous tous parce que c'est très important d'être dans un ensemble. Nous garderons des liens avec les Britanniques et nous voulons que la culture soit un élément de la construction et de la relance même de l'Union européenne, de la même manière que vous le voulez ce projet à travers l'ASEAN et à travers votre organisation régionale. Puisque vous avez voulu que le cinéma indonésien puisse être stimulé, vous avez voulu aussi qu'il y ait davantage d'écrans, davantage de salles de cinéma qui puissent être proposés ici en Indonésie.
On m'a donné les chiffres : aujourd'hui 1 200 écrans. Ce n'est pas beaucoup par rapport à 270 millions d'habitants, mais très bientôt 5 000 puis après 15 000 parce que vous voulez qu'il y ait cette diffusion du cinéma et la France vous accompagnera. De la même manière, le cinéma français ici en Indonésie a connu une progression considérable puisqu'en un an seulement, la fréquentation a été multipliée par trois.
Mais l'économie créative, ce n'est pas simplement le cinéma où les images et, vous l'avez montré, c'est tout ce qui va tourner autour de l'économie numérique mais aussi autour de la création du design, de la mode et donc je suis très heureux que l'on ait pu donner cette dimension à notre partenariat entre la France et l'Indonésie. Rien que pour cela, j'ai eu raison de faire ce long voyage. Il fallait que je puisse montrer qu'avec l'Asie, nous avons bien plus que des affaires à faire, bien plus que de la protection à assurer, de la sécurité à donner, bien plus que de la politique à engager pour le monde, même si nous devons autour notamment du climat, faire en sorte que ce que nous avons acquis à Paris avec l'accord ne soit pas remis en cause.
Mais je voulais que cette dimension culturelle soit placée au cur de la relation entre la France et l'Indonésie. La France n'est pas simplement qu'une nation de culture, elle l'est incontestablement, mais elle fait de la culture une porte d'entrée. Et avec la culture, nous entrons dans un autre monde qui est celui de la reconnaissance, qui est celui aussi de la considération et de la diversité. Ici, vous êtes très attachés à la diversité qui fait que vous êtes une société très exceptionnelle. C'est ce modèle-là que nous voulons porter ensemble, Indonésie et France, partout dans le monde et merci à tous les artistes, à tous les créateurs, à Catherine DENEUVE et à Christine HAKIM de nous avoir fait le plaisir et l'honneur d'être ensemble aujourd'hui.

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