28 janvier 2017 - Seul le prononcé fait foi

Interview de M. François Hollande, Président de la République, sur l'unité de l'Union européenne, à Lisbonne le 28 janvier 2017.

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Journaliste :Monsieur le Président, ce Sommet est destiné à montrer l'unité de l'Europe ou au moins l'unité du Sud de l'Europe. Qu'est-ce que sera ce soir votre message à Donald TRUMP ?
LE PRESIDENT :L'Europe doit être elle-même et elle doit se déterminer en fonction de ses valeurs, de ses principes et de ses intérêts. Lorsqu'il y a des déclarations qui viennent du Président des Etats-Unis sur l'Europe et lorsqu'il parle du modèle du Brexit pour d'autres pays, je crois que nous devons lui répondre. Quand le Président des Etats-Unis évoque le climat pour dire qu'il n'est pas encore convaincu de l'utilité de cet accord, nous devons lui répondre. Quand il ajoute des mesures protectionnistes qui pourraient déstabiliser les économies, pas simplement européennes mais des principaux pays dans le monde, nous devons lui répondre. Et quand il refuse l'arrivée de réfugiés alors que l'Europe a fait son devoir, nous devons lui répondre mais ne devons pas simplement être à distance. C'est pour cela que, ce soir, après que madame MERKEL ait eu également le président des Etats-Unis, j'aurai une discussion avec Donald TRUMP.
On doit affirmer nos positions et un dialogue avec fermeté sur ce que nous pensons, mais aussi avec le souci de régler les problèmes du monde £ parce qu'il y a ce qui se passe en Syrie et en Irak, il y a la lutte contre le terrorisme, il y a ce que nous devons faire également par rapport à la Russie. Tout cela mérite le dialogue, et pour dialoguer, il faut avoir les idées claires.
Journaliste : Monsieur le Président, est-ce que vous sentez qu'il y a un effet TRUMP qui soude un peu vos 26 autres homologues européens ?
LE PRESIDENT :C'est souvent devant l'adversité, devant les défis, devant les épreuves que l'on voit si une union est solide, si elle est capable de déterminer son avenir. D'une certaine façon l'Europe est devant l'épreuve de vérité, devant l'heure des choix (comme je l'ai dit à d'autres occasions). Il y a un moment où il faut savoir ce que l'on fait ensemble et pourquoi on le fait. Et face à des Etats-Unis qui sont maintenant avec une nouvelle administration qui ont leurs propres objectifs, nous devons avoir clairement les nôtres. Parfois, ils seront communs, parfois ils ne le seront pas£ et à ce moment là, nous devrons avoir une discussion qui pourra être parfois effectivement assez ferme. Je suis pour que la lucidité puisse convaincre les Européens d'aller plus loin ensemble parce que ce qui est en cause, c'est le populisme.
Les discours que l'on entend venant des États-Unis encouragent le populisme, l'extrémisme même. L'idée que finalement, il n'y aurait plus d'Europe, qu'il ne faudrait plus être ensemble, qu'il ne faudrait pas accueillir de réfugiés, qu'il faudrait remettre en cause l'accord sur le climat, qu'il faudrait avoir du protectionnisme, non ! L'Europe n'est pas protectionniste. l'Europe n'est pas fermée. L'Europe n'est pas sans valeur et sans principes. Voilà ce que l'Europe doit montrer dans cette période, et ce sera l'enjeu de la réunion de Rome, du 60ème anniversaire du traité qui a fondé l'Europe.
Il faut être conscient de la responsabilité que l'on a £ non pas simplement vis-à-vis des générations qui nous ont précédés, qui nous ont mis l'Europe en héritage, qui nous ont apporté ces valeurs-là. Nous devons le faire par rapport aux générations futures parce que l'Europe, c'est une force, l'Europe c'est une garantie, l'Europe, c'est une protection et l'Europe, c'est aussi un espace de liberté et de démocratie. Et moi j'y tiens.
Merci.

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