21 janvier 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération scientifique franco-chilienne, à Santiago du Chili le 21 janvier 2017.

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Monsieur le ministre qui nous accueillez ici dans votre ministère des Affaires étrangères,
Monsieur le recteur qui avez fait un hymne à la science et à la culture française, auquel nous sommes très sensibles,
Mesdames, Messieurs,
Nous avons voulu avec la Présidente Michelle BACHELET, placer la recherche, l'éducation, l'innovation au cur de notre partenariat entre la France et le Chili parce que nous avons la même conviction que la connaissance, la transmission, la culture, la science sont les clés de la modernisation de nos économies et du progrès pour tous.
Pour porter haut ces ambitions, nous devons faire des réformes dans chacun de nos pays, des réformes pour l'éducation, pour l'ouverture de nos universités, d'établissements d'enseignement supérieur et également faire des réformes pour que la recherche puisse être une priorité. Et vous avez voulu, vous aussi, vous doter d'un ministère de la Recherche au Chili et vous vous êtes fixé un objectif de dépenses pour la recherche et le développement en fonction de la richesse nationale et nous avons la même démarche et la même ambition.
La France est l'un des tout premiers partenaires scientifiques du Chili. J'en ai eu la démonstration à l'instant quand il s'est agi de voir toutes les liaisons qui existaient entre les établissements de recherche, les universités de nos deux pays et c'était autant qu'il était possible de le visualiser, un nuage mais un bon nuage, pas un nuage toxique, un nuage scientifique qui permettait de comprendre le réseau qui s'était constitué entre nos laboratoires de recherche je vais en citer quelques-uns ici présents : le CNRS, l'IRD, l'INRIA- mais également des entreprises qui se sont elles-mêmes engagées pour conforter ce partenariat comme ENGIE et DCNS.
Je veux souligner ce dynamisme parce qu'il est considérable, il n'y en a pas d'autres, entre la France et le pays d'Amérique latine qu'est le Chili. 500 projets de recherche et de formation continue £ mille publications scientifiques communes £ 500 missions de chercheurs français au Chili £ dans le désert d'Atacama où je serai demain, se situent trois sites de la plus importante organisation scientifique et technique intergouvernementale, l'Observatoire européen austral £ et la France en est l'un des membres fondateurs et un des principaux contributeurs. Et nous sommes fiers d'être dans ce mouvement.
Il y a un parc exceptionnel de télescopes, d'antennes, qui permettent à la communauté scientifique française et européenne d'être à la pointe en matière d'astronomie £ nous voulons regarder vers l'espace mais nous voulons aussi que de l'espace, nous puissions regarder notre planète - nous avons d'ailleurs un Français, Thomas PESQUET qui est (peut-être nous regarde-t-il, même nous entend-il) qui est dans l'espace et qui observe. Et s'il observe, il doit voir ce que la sécheresse est capable, hélas, de produire : des incendies, des catastrophes, je veux une fois encore exprimer la solidarité de la France.
Nous avons donc besoin de satellites d'observation. Je reviens à tous ces accords qui existent entre nos universités et nos établissements d'enseignement supérieur. Pour conforter ce partenariat, cette relation, lors de votre dernière visite en France -je dis bien la dernière parce qu'il y en a eu de nombreuses- c'était en 2016, nous avons établi ensemble un accord pour la reconnaissance mutuelle des diplômes, ce qui nous permettra d'accueillir encore davantage d'étudiants chiliens en France et de permettre aussi qu'il y ait davantage de jeunes Français qui viennent se former ici. Nous avons mis en place aussi et vous l'avez voulu, une coopération en matière de formation professionnelle dans des secteurs essentiels pour le développement du Chili comme les transports, les énergies ou le génie civil. Et nous avons aussi voulu qu'il y ait un exemple de ce que la science, la recherche, les universités peuvent produire de mieux pour l'être humain, c'est-à-dire son bien-être et sa santé. C'est la raison pour laquelle il a été signé un accord entre l'Etablissement français du sang et le ministère chilien de la Santé Marisol TOURAINE qui est à la fois Chilienne et Française était particulièrement bien placée pour faire cet accord - et aussi nous allons créer des diplômes de médecine transfusionnelle, je pense que là aussi, c'est unique dans la relation entre la France et l'Amérique latine.
Nous avons voulu, vous et moi, que l'année puisse être consacrée à l'innovation. L'innovation sous toutes ses formes. Et que nous puissions porter des projets communs dans des domaines comme l'astronomie et l'espace -je l'ai évoqué- la ville intelligente, l'agriculture innovante avec la mobilisation de l'INRA, la santé, les technologies de l'information et de communication, bref tout ce qui peut être la vie de demain, l'industrie de demain, la communication de demain, la santé de demain. Nous avons une trentaine de start-up françaises qui sont aujourd'hui au Chili et qui vont pouvoir dans des secteurs comme le solaire, les prothèses orthopédiques, les simulateurs 3D, les matériaux composites, faire des alliances avec des start-up chiliennes. C'est pour cela que j'ai tenu à ce que dans la délégation qui m'accompagne aujourd'hui, au-delà des parlementaires, des scientifiques qui sont là, des universitaires, il y ait également des chefs d'entreprise de PME innovantes et je vais prendre un exemple : ACCUHEALTH qui est une entreprise qui a été créée par un jeune médecin français et un ingénieur argentin mais à Santiago et ils ont créé de la télésurveillance médicale pour toute l'Amérique latine. La télémédecine, c'est un enjeu très important et c'est ici que finalement elle a été conçue et développée et qu'elle peut se diffuser partout.
Nous avons voulu aussi en France attirer les meilleurs créateurs, les meilleurs innovateurs £ nous avons donc lancé un concours, un concours mondial qui s'appelle -ce qui est insupportable pour la défense de la francophonie- French Tech Ticket, mais on pensait que c'était plus attractif, allez comprendre pourquoi mais nous avons donc lancé cette opération, accueillir les meilleurs talents, les meilleurs créateurs et nous avons retenu 23 projets sur plus d'un millier de candidats. Et parmi ces 23, il y a trois Chiliens. Si nous avions lancé un concours en français, on en aurait eu encore davantage parce que peut-être n'ont-ils pas été informésMais trois Chiliens qui sont donc les meilleurs dans leur domaine. Et nous voulons installer ici, c'est une des raisons également de ma visite parmi beaucoup d'autres, c'est un French Tech Hub, en fait un réseau de technologie et d'innovation, pour porter ensemble ici au Chili, des projets dans tous les secteurs de pointe et pour toute la région.
Voilà ce qu'est la relation entre le Chili et la France. Bien sûr qu'elle se fonde sur la mémoire, le passé, l'accueil qui a pu être celui de nos universités à l'égard de Chiliens qui fuyaient la dictature. Beaucoup de Chiliens ont été formés en France et sont revenus ensuite dans leur pays, ici £ alors c'est ce qui donne de la force à notre relation et à notre amitié mais en même temps, nous voulons que cette force-là soit mise au service de la connaissance, de la science, du progrès et de tout ce qui peut être organisé au service du bien-être de la population. Et je pense en tout lieu à la lutte contre le changement climatique où nous devons conjuguer nos efforts £ nous avons fait le pari, vous et nous, des énergies renouvelables, notamment du solaire £ nous devons inventer un certain nombre de techniques de fabrication, de techniques de production et le deuxième enjeu lié au précédent, c'est la ville de demain, comment nous devons concevoir l'urbanisme pour être plus sobres en énergie, pour être avec des transports qui peuvent être plus là aussi économes, comment nous pouvons avoir de la mobilité et comment nous pouvons construire les logements de demain. Et puis enfin, nous avons un troisième enjeu qui est la révolution numérique et nous devons là encore la mettre au service de l'économie, de l'emploi, de la croissance et aussi du lien entre les populations.
Telles sont les priorités que nous partageons avec Madame la Présidente du Chili mais tel est aussi ce qui nous anime pour cette visite parce qu'elle est pour nous très importante sur le plan symbolique £ elle l'est aussi sur le plan politique de manière à ce que nous puissions nous-mêmes parce que nous sommes des pays indépendants, parce que nous avons été plus que d'autres attachés à la liberté, à la démocratie et donc à la science, au progrès, à l'éducation parce que c'est inséparable de ce que sont nos valeurs, que nous puissions définir ici un partenariat exceptionnel au service de tout ce qui a été notre construction démocratique et qui doit être encore notre avenir. Merci.

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