Publié le 26 novembre 2016

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-malgaches, la Francophonie et sur le décès de Fidel Castro, à Tananarive le 26 novembre 2016

26 novembre 2016 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-malgaches, la Francophonie et sur le décès de Fidel Castro, à Tananarive le 26 novembre 2016

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Monsieur le Président, cher ami,
Je suis très heureux d'être ici, à Madagascar, pour deux raisons. D'abord parce qu'il y a bien longtemps qu'un Président de la République française n'était pas venu à Madagascar - le dernier était Jacques CHIRAC. Je souhaitais que par ma visite, il soit bien compris par tous que Madagascar est pleinement réintégré dans la communauté internationale et a trouvé la stabilité politique qui lui a longtemps fait défaut.
Je voulais appuyer tous vos efforts pour justement permettre à votre pays de connaître le développement qui est attendu. La France sera à vos côtés. Il y a un certain nombre de coopérations que nous avons engagées, avec l'Agence française de développement qui va augmenter encore ses activités. Ici, il y a des grands projets : barrage hydroélectrique, grandes infrastructures, aéroport, tourisme : beaucoup peuvent être réalisés grâce à notre partenariat.
Il y a aussi la question de la sécurité. Je ne peux pas ici ne pas l'évoquer, parce qu'il y a eu plusieurs de mes compatriotes qui ont perdu la vie dans des conditions particulièrement atroces £ et je sais que vous travaillez pour résoudre cette question et elle est essentielle. Je rappelle qu'il y a 20.000 Français, souvent franco-malgaches d'ailleurs, qui vivent ici £ et de même nous avons en France une communauté malgache très importante, plus de 100.000 personnes.
Il y a beaucoup de touristes qui viennent ici et qui veulent être éblouis par vos paysages, par votre végétation. Ils sont également très heureux de l'hospitalité qui leur est faite, mais qui peuvent être inquiets pour leur sécurité. Donc nous devons tous faire pour agir ensemble.
La France sera également à vos côtés puisque nous allons prendre l'initiative de rassembler des bailleurs, pour que nous puissions vous apporter les fonds que vous attendez.
Et puis il y a l'histoire et j'aurai l'occasion de l'évoquer pour souligner combien les Malgaches ont participé, durant les deux Guerres mondiales du 20ème siècle, à la défense de la France £ et combien aussi il y a à revenir sur un certain nombre d'épisodes particulièrement douloureux. Ce sera l'occasion pour moi de les exprimer et de dire ma reconnaissance.
Je viens aussi pour une seconde raison, qui est le Sommet de la Francophonie. Et là encore pour vous dire que c'était un défi considérable d'organiser un événement de cette importance. C'est d'ailleurs la première fois depuis l'indépendance de Madagascar qu'il y a un sommet rassemblant des dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement, de multiples délégations. Et ce succès vous honore et confirme la capacité de Madagascar à pouvoir accueillir une manifestation internationale aussi élevée.
La francophonie, ce n'est pas simplement un rassemblement de chefs d'Etat et de gouvernement. C'est l'affirmation d'un certain nombre de valeurs, de principes et d'engagements. D'abord pour la langue française : nous sommes ici pour que la langue française puisse avoir toutes les conditions pour permettre - à celles et ceux qui veulent la parler de pouvoir le faire.
Il y a aujourd'hui 250 millions de francophones £ on pense qu'ils pourraient être encore davantage dans les prochaines années, grâce à la démographie mais aussi grâce à l'effort que nous devons tous faire pour la diversité et la pluralité linguistique et donc pour le français.
La maîtrise du français commence d'ailleurs en France : c'est la condition pour pouvoir être pleinement citoyen et pour ceux qui sont étrangers, d'être pleinement intégrés. La francophonie c'est aussi l'affirmation de l'exception culturelle et, donc, de la reconnaissance de ce que nos sociétés sont capables de produire de singulier. C'est donc une volonté de pluralisme qui nous anime.
Nous devons défendre les droits d'auteurs, nous devons défendre les créateurs, nous devons défendre tous ceux et toutes celles qui s'expriment en français, dans tous les domaines de la création artistique.
La francophonie c'est aussi des valeurs politiques, la démocratie et les droits de l'homme, les droits de la femme, ce sont les conditions pour être pleinement membre de la francophonie. Etre francophone ce n'est pas simplement parler le français, c'est parler les valeurs universelles.
Parmi ces valeurs universelles, il y a la transparence dans les élections, le respect de l'ordre constitutionnel, faire en sorte que les femmes soient considérées à l'égal des hommes et ne puissent pas être brimées, parfois atteintes dans leur dignité comme c'est le cas trop souvent. Et nous devons faire là encore la démonstration que la francophonie, c'est une action et pas simplement une organisation.
Enfin la francophonie doit contribuer à nous rassembler pour lutter contre le fanatisme. C'est en ce sens que tout ce qui est fait pour lutter contre la radicalisation, pour échanger les expériences, pour faire que les jeunesses puissent davantage se comprendre et se connaître, c'est aussi un but que je poursuis.
Et la francophonie, c'est également une solidarité dans les épreuves, j'ai évoqué le terrorisme mais également par rapport à l'enjeu du réchauffement climatique et là encore, l'accord de Paris doit se décliner (j'allais dire) en français et dans l'espace francophone.
Je veux aussi insister sur le caractère exceptionnel de cette visite, parce que grâce à vous la France peut parler dans l'Océan indien sans être regardée comme voulant soumettre cette région à je ne sais quelle influence. Nous sommes un pays de paix, d'équilibre et de développement. Nous sommes présents dans l'Océan indien avec Mayotte et l'île de La Réunion et nous souhaitons qu'il y ait encore davantage d'échanges.
Je vais terminer cette déclaration en évoquant l'événement qui s'est produit cette nuit, la mort de Fidel CASTRO. Fidel CASTRO a été une grande figure du 20ème siècle, il a suscité beaucoup d'espoirs avec la révolution cubaine. A un moment il a été une référence pour beaucoup de peuples d'Amérique latine. Il y a eu aussi des désillusions. Mais il a toujours voulu avec fierté défendre Cuba contre toutes les pressions extérieures, notamment l'embargo qui frappait son pays.
Et même si j'ai à plusieurs reprises dénoncé les manquements aux droits de l'homme à Cuba, j'ai toujours considéré que l'embargo était une décision unilatérale inacceptable. Je me suis rendu, en 2015, à Cuba, j'ai rencontré non seulement le président Raoul CASTRO, mais j'avais également eu un entretien avec Fidel CASTRO. Au-delà de l'histoire, c'est l'avenir qui compte. Et je veux à l'occasion de la disparition de Fidel CASTRO encore insister pour que l'embargo qui pénalise Cuba puisse être levé, définitivement levé, et qu'il puisse y avoir une ouverture, un échange et que Cuba puisse être pleinement dans la communauté internationale regardée comme un partenaire.
La France regarde toujours Cuba comme un partenaire, c'est ce que j'ai voulu dire en m'y rendant. J'étais le premier chef d'Etat occidental à aller en visite à Cuba, je l'ai fait justement dans cet esprit. Faire que nous en terminions avec la guerre froide - elle était finie depuis longtemps mais elle demeure ou demeurait encore à Cuba. Et puisque je dois saluer la mémoire de Fidel CASTRO, je le fais mais en même temps, je veux que ce soit un message d'avenir et d'espoir pour le peuple cubain. Et bien sûr, j'adresse toutes mes condoléances à Raoul CASTRO, qui est venu en visite d'Etat à Paris, et au peuple cubain pour lui dire qu'il peut avoir la fierté d'avoir été uni face à toutes ces pressions, mais qu'aujourd'hui c'est de l'ouverture et des échanges dont il faut parler.Merci.

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