5 octobre 2016 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'entreprise Safran Electronics et Défense et sur la politique industrielle, à Eragny-sur-Oise le 5 octobre 2016.

Télécharger le .pdf

Mesdames, Messieurs les ministres, parlementaires, élus,
Monsieur le président du conseil d'administration,
Monsieur le directeur général,
Mesdames, Messieurs ici représentant les personnels de ce site et au-delà de SAFRAN,
Monsieur le Directeur général, c'est la deuxième fois que je viens sur un site SAFRAN. La première, c'était pour Commercy et c'était une usine qui se créait et qui aujourd'hui se développe rapidement.
Aujourd'hui, c'est un site de recherche et de développement qui s'est regroupé à Éragny et qui donne à votre entreprise SAFRAN et surtout à notre pays, des capacités d'innovation considérables qui se traduisent dans un certain nombre d'équipements, en l'occurrence ici militaires.
Nous nous retrouvons à Éragny parce que c'est un centre de recherche qui était jusqu'à présent implanté et qui a bénéficié du transfert d'Argenteuil. Nous sommes néanmoins sur une histoire d'une grande industrie et d'une grande marque, SAGEM, puisque c'est à partir de SAGEM qu'il y a ces développements.
SAGEM était un atelier qui a ouvert dans les années 20 du siècle dernier et qui est devenu une très grande entreprise avec des étapes qui ont été franchies : au départ la télé-imprimerie puis ensuite, les téléphones mobiles, les décodeurs de télévision et maintenant des centrales inertielles.
Pour tout vous dire, j'ignorais ce qu'était une centrale inertielle avant de venir jusqu'ici. Prétendre que je connais tout de la centrale inertielle serait aller trop loin, même si j'aurais dû le savoir, devenant Président de la République, cela m'a été rappelé. Finalement, comme la prose, la centrale inertielle est partout. Dans toutes les décisions que nous avons à prendre, grâce aux centrales inertielles, nous savons au moins de quoi il s'agit.
Donc, ici, c'est un site qui est un pôle technologique de premier rang - avec, vous l'avez rappelé, 1200 chercheurs, bientôt 1400, c'est-à-dire 200 emplois de plus et des emplois de très haut niveau, - qui offre toutes les conditions pour une réussite industrielle.
Vous l'avez également souligné, nous sommes dans la recherche et le développement et 90 % de l'activité ici est éligible au crédit impôt recherche. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que d'abord l'État est là, à travers le crédit impôt recherche pour soutenir des activités comme les vôtres. Et deuxièmement, vous êtes au plus haut niveau de ce qu'il convient de faire pour être bénéficiaire de ce dispositif.
Il est très important que nous ayons cette confiance mutuelle à travers le crédit impôt recherche dans l'entreprise SAFRAN et vous à travers la pérennité que vous offre ce dispositif pour investir.
Vous avez également souligné ce qu'était le développement de SAFRAN à partir d'une histoire, la SAGEM, la SNECMA. Aujourd'hui, 70 000 salariés dans le monde, 40 000 en France et vous créez à peu près 800 je vais arrondir à 1000 pour que vous puissiez être encore plus ambitieux , 1000 emplois par an. Ce qui veut dire que nous sommes capables de faire dans la très haute technologie, vous êtes capables d'être à un haut niveau de performance et de créer des emplois. C'est-à-dire que l'investissement dans ce qu'il y a de plus élaboré est créateur d'emplois et d'emplois de haut niveau, sans compter les emplois indirects et le travail de la sous-traitance.
Vous avez fait la preuve de votre réussite à travers les moteurs d'avion puisque c'est le CFM56 qui a été longtemps l'emblème de la SNECMA puis de SAFRAN. Vous en avez vendu 30 000, c'est considérable. Chaque avion a, à mon sens, un moteur SNECMA s'il n'en a pas deux, me dit-on. C'est mieux, oui, sans doute. Et s'il n'en a pas, ce n'est pas un avion. Donc, maintenant, c'est le moteur LEAP et là encore, 11 500 sont commandés toujours par deux. Ce moteur d'avion est aussi devenu un moteur de fusée, même si c'est une autre dimension et c'est tout l'enjeu d'Ariane 6. Vous savez combien nous sommes attachés à ce qu'Ariane 6 puisse se faire avec la co-entreprise AIRBUS-SAFRAN LAUNCHERS qui est maintenant opérationnelle.
SAFRAN, ce sont aussi 900 brevets et vous êtes le deuxième déposeur de brevets de France. C'est aussi un atout pour l'entreprise, pour notre pays et je voulais ici remercier tous ceux qui contribuent à ces dépôts de brevets.
J'en arrive à l'industrie de Défense qui n'est pas le chiffre d'affaires le plus important de votre groupe et en même temps, contribue à favoriser l'industrie civile par la diffusion de technologies.
SAFRAN est un fournisseur essentiel de la Défense puisque vos composants nous permettent d'avoir l'autonomie stratégique de la dissuasion nucléaire française. La démonstration a été faite encore aujourd'hui, si nous pouvons avoir ce degré de fiabilité, de discrétion, c'est grâce à ce que vous produisez et concevez ici, à SAFRAN.
Les centrales inertielles, j'y reviens, sont conçues ici et permettent de se repérer même sans satellites de géolocalisation. Vos composants sont donc déterminants non seulement pour notre autonomie stratégique à travers la dissuasion nucléaire, mais également dans les sous-marins, les hélicoptères, les missiles et les Rafale.
Quelques mots sur les Rafale. C'est un avion mais c'est aussi tout ce qui le constitue : son système d'arme, sa capacité d'action. Je vous remercie d'ailleurs de faire en sorte que des Rafale puissent survoler le site pour mieux étayer mon propos. Nous avons été capables de vendre ces Rafale d'abord en Inde puis ensuite au Qatar et enfin pour l'Égypte. Nous avons été capables d'en faire 84 à l'exportation. Il n'y en avait eu aucun jusqu'à présent. 84 Rafale en deux ans, c'est l'assurance d'avoir de la production, de la fabrication, mais aussi de pouvoir avoir un certain nombre de contrats qui sont liés au Rafale et c'est le couronnement d'une méthode que nous connaissons, méthode que Jean-Yves LE DRIAN a voulu mettre en uvre avec ses équipes. Une méthode qui n'aurait pas été possible avec l'ensemble des industriels dont vous faites partie.
L'État a fait en sorte que ce succès du Rafale puisse être mis au service de toute l'aéronautique mais aussi de notre industrie de défense. Et l'enjeu maintenant, c'est le drone tactique des armées, le drone Patroller. Je vous remercie de me l'avoir présenté parce que c'est ainsi que nous allons pouvoir le vendre aussi à l'exportation. Vous avez confirmé que ce drone était fabriqué pour 85 % en France et qu'il constitue un premier pas a côté des démonstrateurs, comme le drone Neuron réalisé par DASSAULT AVIATION. Nous allons pouvoir produire bientôt nos propres drones de surveillance, de combat en partenariat avec l'Allemagne et le Royaume-Uni.
Le drone était sans doute un des matériels que nous avions trop tardé à produire nous-mêmes ou même à utiliser. Aujourd'hui, c'est un dispositif essentiel pour le champ de bataille, comme pour l'observation. C'est aussi un matériel très utile par rapport à la sécurité civile, indispensable même par rapport à ce que nous devons faire comme surveillance, y compris pour lutter contre le terrorisme. Donc c'est véritablement un engin promis à un grand avenir et qui pourra encore se perfectionner.
Je veux souligner combien nous sommes convaincus que l'industrie de la Défense, qui a été particulièrement stimulée par l'exportation, est une industrie essentielle pour notre pays et qu'elle contribue à développer des recherches qui sont utiles à l'ensemble de nos industries. L'industrie de la Défense, c'est aussi de nombreux emplois et qui ont été créés avec nos réussites à l'exportation.
On peut avoir un débat sur savoir ce que nous devons exporter. Est-ce que ces succès à l'exportation militaire sont ce que nous pensons être le plus conforme à nos valeurs et à nos principes ? Oui, dès lors que nous en assurons nous-mêmes le contrôle, que nous en décidons par nous-mêmes à qui nous vendons et à qui nous ne vendons pas. De la même manière, c'est ce qui nous permet aussi d'être autonomes et indépendants. Si nous ne pouvions pas vendre à l'extérieur, comment pourrions-nous encore fabriquer nous-mêmes nos matériels et assurer à nos armées les moyens de faire les missions qui leur sont confiées ?
Donc ces exportations sont nécessaires. Mais ces exportations nourrissent d'autres courants d'affaires et d'autres réussites pour l'industrie civile et il se trouve et c'est la force de SAFRAN que vous êtes, vous, à la fois des industriels de la Défense, des industriels de la sécurité, des industriels de la protection, des industriels des moteurs. Bref, vous pouvez mettre en uvre un ensemble de technologies qui se nourrissent par elles-mêmes et qui vous offrent une capacité de fabrication et d'exportation.
La politique industrielle, c'est de créer un cadre favorable pour nos entreprises. Vous l'avez rappelé, Monsieur le directeur général, nous avons voulu qu'il y ait une meilleure compétitivité dans notre pays. Compétitivité pour les industries de main-d'uvre, c'est vrai, et en ce sens, le CICE, le pacte de responsabilité étaient davantage dirigés vers les entreprises de main-d'uvre. Mais nous avons voulu élargir, notamment avec le pacte de responsabilité, les allégements de cotisations ou de prélèvements pour que cela puisse bénéficier aux grandes entreprises industrielles, y compris avec des salaires plus élevés et c'est tout l'enjeu. Nous ne pouvons pas être simplement dans une compétitivité où la différence se ferait avec les coûts de main-d'uvre, nous devons être les meilleurs à travers notre technologie donc notre recherche. D'où l'importance, j'y reviens, du crédit impôt recherche et de ce que nous avons pu faire aussi pour l'amortissement, le suramortissement des investissements et vous avez également utilisé ce dispositif.
Donc, notre compétitivité, c'est à la fois d'avoir une maîtrise de nos coûts et d'avoir notre capacité de nous spécialiser dans la très haute technologie et c'est ce que vous réussissez. Nous sommes tout à fait fiers de ce qu'a pu faire la filière aéronautique française qui est l'une des meilleures du monde. Vous, vous vendez à la fois à BOEING et à AIRBUS donc vous gagnez à tous les coups les marchés. Mais AIRBUS en a gagné beaucoup et a réussi même à en vendre davantage que des avions de BOEING. Nous avons, grâce à cette filière aéronautique, des sous-traitants qui sont classés au plus haut niveau et qui créent de nombreux emplois. Des régions entières vivent grâce à l'aéronautique et vous-mêmes, vous avez montré l'exemple puisque vous avez et c'était au printemps dernier annoncé l'ouverture d'une usine qui, près de Valenciennes, en liaison avec AIRFRANCE, va permettre d'assurer aussi la performance du secteur aéronautique.
Je fais d'ailleurs cette digression : en France, on ouvre plus d'usines qu'il n'en est fermé. Il est vrai qu'on parle plus de celles qui peuvent avoir des difficultés ou des problèmes que de celles qui s'ouvrent, se développent, créent de l'emploi et réussissent sur les marchés. Mais depuis le début de l'année, nous avons plus d'usines qui s'ouvrent en France que d'usines qui ferment et je dois dire que c'est dans ces grandes filières que nous pouvons avoir les plus grands résultats.
Nous avons également restructuré la filière nucléaire et la signature d'un grand contrat là aussi, HINKLEY POINT, en Grande-Bretagne, nous permet de refonder cette filière nucléaire et de restructurer AREVA notamment.
Nous avons aussi fait en sorte d'avoir une filière des énergies renouvelables. Vous êtes également intéressés par ce secteur-là avec un dynamisme d'investissement. Nous avons également permis à la filière automobile qui était en très grande fragilité en 2012 rappelez-vous les plans sociaux qui étaient annoncés : PEUGEOT, RENAULT qui signait un accord de compétitivité, notre rôle a été de faire en sorte que nous puissions là encore apporter à PEUGEOT du capital et à RENAULT une confiance pour développer sa compétitivité.
J'en arrive aussi à ce que nous devons faire pour d'autres entreprises qui peuvent à un moment se trouver en difficulté. Je pense à ALSTOM en ce moment et le choix qui a été fait, est de consolider la filière ferroviaire. Filière ferroviaire qui était en interrogation sur son avenir et qui faisait planer un doute sur le maintien des sites, notamment le site de Belfort. Et les choix qui ont été faits, c'est d'assurer par la commande d'État, c'est vrai, de donner un plan de charge à des cibles et à des entreprises qui en ont le plus besoin.
Mais on ne peut pas remplir les carnets de commande simplement par la commande publique. Il était nécessaire, indispensable de permettre une diversification, de faire en sorte qu'à ALSTOM aussi, il puisse y avoir le TGV du futur, il puisse y avoir le bus électrique. Bref, tout ce qui peut favoriser la diversification.
Certains se posent toujours des questions. Quand l'État est absent, on met en cause son inertie mais quand l'État est présent, on s'interroge sur les moyens dont il dispose pour assurer l'avenir. En l'occurrence, pour les grandes filières dont j'ai parlé, l'État a pris ses responsabilités et a fait en sorte que nous puissions à la fois maîtriser nos finances publiques et assurer la pérennité d'entreprises.
Ce que nous mettons pour la filière aéronautique, nous le mettons aussi à travers la commande publique. S'il n'y avait pas la commande publique militaire, quelle serait la possibilité pour un grand nombre d'entreprises du secteur aéronautique d'assurer justement la diversification qui leur permet de se développer sur le long terme et de remporter les succès actuels ? Cette commande publique, ne peut-elle pas servir également pour le ferroviaire ?
Je termine pour dire que ce qui est le plus important, c'est ce que vous faites ici, la recherche et le développement. Il ne peut pas y avoir d'avenir pour un grand pays comme le nôtre, s'il n'y a pas un haut niveau de recherche et de développement. Je veux ici saluer tous ceux qui y contribuent : les personnels qui se dévouent pour cette grande responsabilité. Parce que la recherche et le développement, ce n'est pas simplement pour les produits d'aujourd'hui, même s'ils doivent être à chaque fois adaptés, mais c'est pour les produits de demain. Et la France que nous devons préparer, c'est celle de demain, pour préparer l'avenir et faire en sorte que nous puissions, à travers ces centres comme celui d'Éragny, donner à notre pays l'autonomie, l'indépendance, l'avance technologique qui fait que nous pouvons tenir notre rang. Et ici, c'est le premier, parce qu'il m'a été démontré que les produits qui étaient conçus ici étaient les meilleurs du monde. Et pour en être sûr, j'avais demandé à des militaires français de venir en faire la vérification puisqu'ils sont ici les utilisateurs.
Donc, je veux ici vous dire notre fierté, on en a beaucoup. On vient d'avoir, pour un de nos chercheurs, un prix NOBEL de chimie. C'est lui qui l'a obtenu, mais c'est la France qui en est heureuse, qui en est gratifiée et qui prouve l'excellence de notre recherche française. C'est la recherche fondamentale et puis il y a la recherche qui est celle de grandes entreprises comme les vôtres, comme la vôtre et qui nous donne cette grande satisfaction d'être les meilleurs au monde. Merci.

Voir tous les articles et dossiers