Publié le 24 février 2016

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Argentine, à Buenos Aires le 24 février 2016.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Argentine, à Buenos Aires le 24 février 2016.

24 février 2016 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
Je veux d'abord vous remercier pour l'accueil que vous réservez non seulement à ma personne comme Président de la République française, mais aussi à la délégation qui m'accompagne : des ministres, des présidents d'université, des chercheurs, des chefs d'entreprise nombreux et également des artistes et des sportifs.
Tous voulaient venir. Je n'ai pas pu les emmener tellement ils étaient nombreux et même ceux que j'ai emmenés ont pu avoir des difficultés d'acheminement. C'est dire l'esprit qui peut nous animer à l'occasion de cette visite d'État car, vous l'avez dit, Monsieur le Président, il y a longtemps qu'un Président de la République française n'était pas venu en Argentine.
Je viens dans un moment très particulier puisque c'est le Bicentenaire de l'indépendance de votre pays, l'Argentine. J'ai moi-même salué le général SAN MARTIN en déposant une gerbe. Le général SAN MARTIN qui est votre Libertador mais qui est aussi un homme qui voulait vivre en France et qui est mort en France. Sur la plaque où j'ai déposé la gerbe, il y a le lieu où il s'est éteint, Boulogne-sur-Mer. Il était attaché à ces deux pays l'Argentine qu'il avait libérée et la France où il avait voulu vivre ses dernières années parce que ces deux pays portaient les valeurs, les principes qui l'animaient.
Je viens également à un moment où, chacun se souvient du coup d'État militaire, c'était il y a 40 ans. La France avait accueilli de nombreux exilés argentins qui, depuis, ont noué avec mon pays des liens inaltérables. Chaque fois que la France est confrontée à l'accueil de personnes qui fuient pour sauver leurs vies et pour les idées qui les animent, nous le faisons. Demain, j'irai au Parc de la Mémoire à la rencontre des grands-mères de la place de Mai pour honorer le souvenir des victimes.
Je veux également saluer le peuple argentin pour sa solidarité lorsque la France a été frappée par les attentats terroristes l'année dernière au mois de janvier et au mois de novembre.
Je viens aussi en Argentine au moment où vous accédez à la Présidence de la République de votre pays. Vous êtes d'ailleurs arrivé, si je puis dire, à point nommé puisque nous étions en plein débat dans le cadre de la conférence de Paris, la conférence sur le climat et votre envoyé a contribué à faire avancer les esprits et donc à conclure l'Accord.
Vous avez voulu, avec votre prise de responsabilité, mettre l'Argentine dans une situation nouvelle, plus ouverte, plus crédible. La France est prête à vous accompagner. D'ores et déjà, 250 entreprises françaises sont implantées en Argentine et nous avons parlé de celle qui vous est peut-être la plus chère, PEUGEOT, puisque vous y avez autrefois exercé des responsabilités. Il y en a d'autres et dans de nombreux domaines et nous voulons répondre à toutes les opportunités pour coopérer avec l'Argentine.
J'ai décidé, avec le ministre des Affaires étrangères, de faciliter tous les crédits à l'exportation pour les entreprises qui viendront ici, en Argentine. J'ai également voulu que l'Agence Française de Développement, qui est le grand établissement financier et qui porte justement des activités qui peuvent intéresser votre pays, puisse de nouveau se déployer ici.
Nous voulons également soutenir l'Argentine dans sa réintégration dans la communauté financière internationale et la France soutient la candidature de l'Argentine à l'OCDE. Nous souhaitons également que vous puissiez trouver une solution pour la gestion de vos dettes souveraines et là encore, notre expertise, notre présence dans les instances internationales permettront de trouver une issue.
Enfin nous nous sommes entretenus sur ce sujet de l'ouverture de la question des discussions entre le MERCOSUR et l'Union européenne puisque les offres doivent être bientôt présentées. Nous prenons ces discussions avec responsabilité et vous savez que nous sommes très vigilants sur les questions agricoles.
Je veux, à l'occasion de ma visite ici, élaborer avec vous une feuille de route économique pour installer notre partenariat dans la cohérence et dans la durée. D'abord, sur le plan culturel. Nous nous félicitons que l'Argentine fasse autant de place à la langue française et aux établissements culturels et je veux ici vous en exprimer ma gratitude. Il y a 70 établissements de l'Alliance française et la France soutiendra donc la candidature de l'Argentine au siège d'observateur de l'Organisation internationale de la Francophonie et je me demande même si observateur suffira.
Pour aller dans le même sens, j'annonce que France 24, qui est la chaîne de télévision française qui émet à l'extérieur, pourra désormais diffuser en espagnol. C'est le premier domaine, la culture, les médias.
Second domaine et vous l'avez évoqué, c'est l'éducation et la technologie. Nous voulons que notre partenariat soit exemplaire sur le plan scientifique. De nombreux accords sont passés ou ont déjà été signés entre les établissements d'enseignement supérieur français et les institutions argentines, il en est de même pour la recherche. La France est d'ores et déjà le premier partenaire scientifique de l'Argentine et je suis tout à fait prêt à étudier avec vous comment nous pouvons, dans le domaine spatial, aller plus loin et aller plus haut.
La France est également le 4e pays en termes de destination des étudiants argentins et là encore, nous pouvons faire mieux car je souhaite qu'il y ait aussi davantage de jeunes Français accueillis ici, en Argentine. Nous allons, pour faciliter ces échanges, lever un certain nombre de restrictions et notamment augmenter le nombre de visas vacances-travail dans les cinq prochaines années.
Nous avons aussi une volonté commune, vous l'avez exprimée. Nous sommes deux grands pays, nous avons vocation à peser sur la scène internationale, à agir pour la paix et pour la sécurité. Nous devons donc coopérer dans la lutte contre le trafic de drogue mais également contre le trafic d'armes, contre le trafic d'êtres humains et également contre le terrorisme. Aucun pays n'est à l'abri du terrorisme mais vous êtes un exemple, vous, l'Argentine, d'harmonie. Vous êtes capables et vous l'avez montré, de faire vivre ensemble des populations très différentes. Alors nous devons, en même temps que nous luttons contre le terrorisme, promouvoir aussi l'harmonie, la capacité de vivre ensemble, le respect autour de la liberté.
Puis nous avons une responsabilité en matière d'accueil de réfugiés. Je rappelle qu'il y a ici, en Argentine, des Argentins d'origine syro-libanaise qui sont particulièrement émus par ce qui se passe en ce moment même en Syrie : par les bombardements sur Alep et sur d'autres villes, par la difficulté de faire acheminer l'aide humanitaire et puis par ces mouvements de populations. Nous devons tous faire des efforts, partout où nous sommes, pour que nous puissions réinstaller un certain nombre de ces réfugiés - qui sont en Turquie, qui sont au Liban, qui sont en Jordanie, qui sont dans les camps et après les vérifications qui sont nécessaires - pour qu'ils puissent être accueillis dans nos pays respectifs, surtout là où il existe déjà des communautés pour les accueillir.
Enfin mais vous l'avez dit dès le départ de notre entretien et donc de cette visite d'État nous avons été capables de faire de grandes choses en quelques semaines, en quelques mois à travers cette conférence sur le climat. C'est le signe que lorsque la communauté internationale prend conscience que des enjeux majeurs déterminent notre destin, nous pouvons avancer, nous pouvons prendre des risques. La France a cette responsabilité de présider la COP jusqu'en novembre prochain. Il ne s'agit pas simplement ce sera un acte symbolique de signer le texte le 22 avril à New York, il s'agit de le mettre en uvre, de le traduire en actes. Si nous pouvions, Argentine et France, prendre un certain nombre d'initiatives pour accélérer, être exemplaires, anticiper, je crois que ce serait une bonne étape pour la relation entre nos deux pays.
La France et l'Argentine aiment le football. Vous n'en avez pas parlé mais vous l'avez pensé. Nous, nous allons organiser l'Euro 2016. L'Argentine, bien sûr, n'est pas dans la compétition et cela nous rassure, mais je sais que beaucoup d'Argentins suivront cette compétition, de la même manière que nous sommes toujours émerveillés par le jeu de vos équipes. Vous avez présidé BOCA JUNIORS pendant une période. Ce nom évoque quelque chose pour ceux qui aiment le football, même ceux qui ne l'aiment pas.
Ce que nous devons faire, c'est organiser de grands événements pour aussi permettre qu'il y ait plus de visites, plus de tourisme et, en même temps, un très grand professionnalisme dans le contexte que l'on sait et notamment pour la sécurité. A travers le sport, c'est aussi une conception que nous avons du monde et également du respect des règles. Je crois que ce qui nous caractérise, c'est de vouloir qu'il y a une transparence, un respect des règles, une forme de morale qui manque parfois à notre monde. Si nous pouvons y contribuer à travers la culture qui est ici portée à son niveau le plus élevé Dans la délégation, je le disais, il y a de nombreux acteurs culturels qui me disent tous : « Nous sommes Argentins et nous sommes Français. » Parfois, ils ont la double nationalité, parfois ils ne l'ont pas mais ils doivent avoir deux curs. C'est cela leur spécificité, un cur argentin et un cur français. Merci à tous.

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