Publié le 27 octobre 2015

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux victimes de l'accident de la route de Puisseguin, à Petit-Palais le 27 octobre 2015.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux victimes de l'accident de la route de Puisseguin, à Petit-Palais le 27 octobre 2015.

27 octobre 2015 - Seul le prononcé fait foi

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Nous sommes nombreux aujourd'hui, membres du gouvernement, parlementaires, élus, maires des communes concernées, habitants, citoyens venus ici exprimer notre solidarité pour les 43 victimes de ce terrible accident survenu à Puisseguin vendredi 23 octobre.
Nous sommes rassemblés pour dire ensemble notre compassion, notre solidarité à l'égard des familles, des proches frappés par le malheur.
43 victimes dont la plus âgée avait 94 ans et la plus jeune des victimes 3 ans. C'était le petit Théo, mort aux côtés de son père dans le camion qui les ramenait chez eux dans l'Orne.
43 victimes qui vous étaient proches, vous qui êtes ici ensemble à Petit-Palais. Proches parce qu'elles habitaient dans ces communes autour des vignobles de Saint-Emilion, Saint-Sauveur-de-Puynormand, Lussac, Saint-Christophe-de-Double, Saint-Seurin-sur-l'Isle, Camps-sur-l'Isle, Saint-Denis-de-Pile, les Peintures, Saint-Médard-de-Guizières, Coutras, Francs, Porchères, Branne, Tayac, et je n'oublie pas Mérignac, Libourne et une commune de la Dordogne, Moulin-Neuf.
Ces victimes, vous les connaissiez toutes et elles mêmes étaient liées depuis longtemps par mille souvenirs, ces hommes, ces femmes étaient membres des mêmes clubs que l'on dit du troisième âge. Ils échangeaient leur expérience de la vie, partageaient les mêmes joies, éprouvaient les mêmes goûts pour les sorties, les voyages, aimaient les excursions et notamment celle qu'ils préparaient pour Arzacq dans le Béarn.
Ils devaient écouter un conteur, aller au restaurant et revenir ensemble chez eux le soir. Ils ne sont jamais arrivés à destination, sur une route de campagne qui serpentait entre les vignes et les bosquets, ils ont rencontré l'enfer. C'était des gens heureux, des gens simples, chaleureux, dévoués, généreux, aucune de ces vies ne se ressemblait. Chacune était singulière, mais toutes avaient une chose en commun, l'amitié qu'ils avaient les uns pour les autres. Ils étaient pour vous des grands-parents, des parents, des époux, des épouses, des oncles, des cousins, des proches. Ils comptaient parmi les ainés du pays, les sages. Ils étaient respectés. Vous les entendiez raconter la vie d'autrefois, non par nostalgie du passé, mais par souci de mieux comprendre les difficultés du présent et de préparer leurs enfants, leurs petits-enfants à réussir leur existence.
Ils avaient connu une vie de labeur, ils ne se plaignaient jamais, tous avaient fait leur vie ici, souvent dans les métiers de la vigne, certains avaient pris plus de responsabilités que d'autres, je pense à Michel ROGERIE qui avait été le maire de Petit-Palais. Mais tous avaient consacré du temps et de l'énergie à la collectivité parce qu'une commune, c'est une petite République dans la grande et ils tenaient à leur commune.
C'était aussi le sens de leur présence dans les clubs et les associations qui font la vie de l'espace rural.
Comme l'a dit le maire de Petit-Palais, ils étaient notre patrimoine et personne ne peut sans doute se représenter comme vous, le vide qu'ils vont laisser dans les villages. Personne ne peut ressentir la souffrance qui est la vôtre. Je l'ai mesuré dans la chapelle ardente en rencontrant toutes les familles concernées. Surtout quand des familles entières ont été décimées par la catastrophe.
Personne ne peut comprendre que des vies si longues qui avaient traversé bien des difficultés, bien des malheurs, personne ne peut comprendre que des personnalités si belles puissent disparaitre brutalement par une cruelle matinée d'octobre, personne n'est préparé à une telle épreuve.
Voilà pourquoi nous vous devons la solidarité et c'est le pays tout entier, la France, que je représente en ce jour auprès de vous qui s'est trouvée bouleversée par cette catastrophe, tout simplement parce qu'elle pouvait nous concerner tous, chacun d'entre nous.
Vous avez été nombreux à venir à la chapelle ardente que les élus et les habitants de Puisseguin et je veux les en remercier, ont immédiatement mise en place pour que chacune, chacun puisse se recueillir.
Vous étiez aussi des milliers dimanche à défiler dans une marche blanche pour exprimer dans la dignité votre chagrin. Je veux aussi saluer le courage qu'ont montré encore des héros anonymes, qui sans s'y être préparés, révèlent dans des circonstances exceptionnelles des qualités exceptionnelles. Le chauffeur du car qui, lorsqu'il voit venir l'accident, a le réflexe d'ouvrir la porte pour faciliter l'évacuation des passagers et qui tente à proximité de la fournaise, de sauver des vies. Je pense aussi à ce passager qui réussit à s'extirper du car avec son épouse et qui reste sur place malgré le danger, pour venir en aide à ses amis. Je pense à cet automobiliste qui arrive sur les lieux, tout de suite après l'accident et qui n'hésite pas à braver les flammes, à briser les vitres à l'arrière de l'autocar, afin de permettre aux passagers qui s'y trouvent d'en sortir. C'est ainsi que huit miraculés sont parvenus à s'échapper. Quatre sont à l'hôpital de Bordeaux, un à l'hôpital de Libourne et j'ai une pensée en cet instant pour eux.
Je veux également remercier les services, tous les services qui se sont mobilisés, ceux de l'Etat, du Conseil départemental, des collectivités locales, les gendarmes, les sapeurs-pompiers, les médecins, les psychologues, les services d'urgences, la protection civile, qui se sont rendus immédiatement à Puisseguin. Ce sont ces mêmes personnels qui travaillent aujourd'hui avec acharnement, avec les magistrats, pour répondre aux questions que vous vous posez et que pose toujours une catastrophe de cette ampleur.
Tout a été fait pour identifier les corps, afin que les familles puissent procéder aux obsèques. C'est l'affaire de spécialistes de l'unité d'identification des victimes de catastrophes de la gendarmerie nationale, un groupe de 24 personnes est encore sur les lieux, ils ont rejoint ceux qui travaillent à l'Institut médicolégal de Bordeaux, je veux tous les associer. Parce qu'ils font un travail remarquable et ils le font au service de la vérité. Parce que rien n'est plus nécessaire et urgent dans cette circonstance et quelle que soit la difficulté de la tâche qui est la leur, que de rendre aux familles la dépouille des défunts et de connaître les causes du drame.
C'est un devoir que de chercher à établir de façon aussi exacte que possible les causes, les raisons d'une telle catastrophe. Je vous l'assure ici, l'enquête sera menée jusqu'au bout, sous l'autorité de la justice, car laisser le doute s'établir, renoncer à rechercher la vérité, ce serait laisser la place libre à toutes les rumeurs comme à toutes les amertumes, je m'y refuse. L'accident de Puisseguin est le plus meurtrier depuis la tragédie de Beaune, c'était en 1982, 53 personnes y laissèrent la vie, et notamment des enfants, dans deux cars qui s'étaient également embrasés sur l'autoroute A6.
A la suite de cette tragédie de Beaune, la règlementation avait été changée, les normes de sécurité avaient été renforcées, notamment sur les autocars et avec un seul objectif : ralentir la combustion des véhicules en cas d'accident. Aujourd'hui, nous avons encore un cas, alors je peux vous assurer que tout sera fait pour analyser précisément les raisons de l'embrasement, pour que toutes les conclusions puissent être tirées, toutes les normes puissent être corrigées, toutes les règlementations puissent éventuellement être changées.
La route continue à tuer en France, 3.384 morts l'année dernière, c'est beaucoup moins qu'il y a dix ans, un effort continu a été engagé. Mais c'est beaucoup trop, tellement de drames, de familles brisées, de vies arrêtées.
Alors, nous devons agir, et le gouvernement a encore pris au mois d'octobre, suite à des accidents qui s'étaient multipliés, des mesures qui seront strictement appliquées et chacun aujourd'hui peut le comprendre davantage.
Depuis 1 an, vous le savez, notre pays n'a pas été épargné par les épreuves, je ne parle pas ici des attentats du mois de janvier, mais des catastrophes, des catastrophes aériennes, souvenez-vous, le vol Ouagadougou-Alger, 116 victimes, la disparition de Malaysia Airlines £ où il y avait 239 passagers, plusieurs Français £ l'avion de la compagnie Germanwings qui s'est écrasé dans les Alpes, 150 victimes. Et d'autres catastrophes, les inondations, les pluies de la Côte-d'Azur qui ont elles-mêmes provoqué de nombreuses victimes.
Pourtant, qu'il s'agisse de résister à la menace terroriste, ou de réagir face à une tragédie, la Nation a toujours faire preuve de solidarité et d'unité. C'est encore vrai aujourd'hui. Parce que la France est une grande famille et dans une famille on porte le deuil quand des membres sont frappés, dans une Nation quand des compatriotes sont eux-mêmes victimes, alors nous devons aussi collectivement porter le deuil. C'est ainsi que l'on reconnaît la force d'un pays.
Une Nation forme un tout, elle n'abandonne jamais aucun de ses membres à son malheur, et la République ne distingue pas selon les territoires, ou selon les fléaux. Les marques de sympathie et il y en a eu de nombreuses, de réconfort, de dévouement, les gestes, tout simples, d'humanité, de courage, portent un nom, un beau nom dans la République : la fraternité. C'est l'une de nos plus belles vertus et nous devons la cultiver, notamment lorsqu'un malheur peut frapper.
Face au drame qui a plongé cette région, cette belle région, dans une immense tristesse, chacune, chacun, éprouve un sentiment d'injustice, comme chaque fois qu'une vie est fauchée. Pourquoi là ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi celui-ci ou pourquoi celle-là ? Je sais les questions qui vous taraudent et je voulais ici non pas y répondre, mais partager tout simplement le deuil. Ce deuil sera difficile et long pour les parents et pour les proches. Je sais aussi combien les rescapés vont être harcelés de questions, combien nous leur devons aussi le respect, combien ils seront précieux dans cette période pour apaiser les tristesses et les peurs. Le sens de la cérémonie d'aujourd'hui c'est de vous dire que vous n'êtes pas seuls et que tout le pays tout entier, ce matin, ici à Petit-Palais, partage l'immensité de votre chagrin. Votre douleur, qui paraît inextinguible, votre douleur c'est aujourd'hui la nôtre.

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