Publié le 17 mars 2015

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique du gouvernement en faveur de l'Education nationale, à Paris le 17 mars 2015.

17 mars 2015 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique du gouvernement en faveur de l'Education nationale, à Paris le 17 mars 2015.

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Monsieur le Commissaire européen,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Je remercie Najat VALLAUD-BELKACEM d'avoir pris cette initiative. Réunir l'ensemble des ministres de l'Education de l'Union européenne en lien avec ce qui s'était produit le 11 janvier ici même à Paris, où l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement européens étaient venus pour affirmer leur attachement à la liberté et en même temps leur solidarité à l'égard de la France.
Depuis ces tragiques événements et cette immense mobilisation, il y a eu d'autres drames - je pense à ce qui s'est produit à Copenhague, je n'oublie pas ce qui s'était passé en Belgique et aussi à un autre moment au Royaume-Uni.
D'une certaine façon, nous sommes tous concernés. Je le dis ici au milieu d'Européens à Paris, mais je pourrais le dire partout dans le monde : le terrorisme a décidé de faire la guerre au monde, à ce qu'il porte de valeur, de principe.
Mais en tant qu'Européens, nous nous sommes sentis davantage concernés et c'est la raison pour laquelle vous avez voulu vous-mêmes rappeler ce qu'étaient nos valeurs à travers cet appel de Paris pour les valeurs que vous portez en tant que ministres de l'Education.
La première de ces valeurs, c'est la liberté, la liberté de penser, la liberté de parler, la liberté de circuler, la liberté de croire ou de ne pas croire et la liberté dans l'accès aux savoirs. Liberté qui est refusée encore à trop de femmes et d'hommes, jeunes enfants dans le monde qui ne peuvent pas aller à l'école comme ils le voudraient. Souvenez-vous de cette jeune fille du Pakistan demandant tout simplement à pouvoir aller à l'école. Libre, libre d'y aller. Libre parce que c'est la condition de sa liberté.
Et l'autre principe que vous défendez c'est le savoir, la connaissance, parce que ce sont ces connaissances, ces savoirs qui permettront à des jeunes filles, à des jeunes garçons de pouvoir former leur jugement, de pouvoir se comporter en citoyen, capable là encore de faire des choix.
Et vous êtes donc mobilisés aujourd'hui en cohérence avec ce que nous avons fait en tant que chefs d'Etat et de gouvernement le 11 janvier, mais aussi pour partager des expériences de ministre de l'Education. Je ne sais pas ce qu'il en est dans vos pays respectifs, mais en France quand il y a un problème, c'est toujours la faute de l'éducation. Et il y a une part d'injustice dans cette formulation, et en même temps une part de devoir : on attend tellement de l'école. Nos concitoyens sont tellement conscients que c'est dans l'école que tout va se jouer.
Va se jouer la réussite scolaire ou l'échec £ la réussite qui conduira à une vie professionnelle qui pourra être prometteuse, l'échec qui conduira à un décrochage, à une frustration, à une rancune et qui n'arrivera pas finalement à se régler tout au long d'une vie. Tout se joue aussi à l'école dans la capacité que vous avez en tant que ministres de pouvoir permettre la bonne formation à la citoyenneté des jeunes, de tous les jeunes, et c'est à l'école que se joue aussi le rapport à l'autre, la tolérance, la compréhension et donc la capacité à repousser les discours de haine, à éviter le communautarisme, à ne pas tomber dans une forme de repli sectaire. Et dans ce qui se produit hélas, aujourd'hui on voit des jeunes filles, des jeunes hommes partir dans des lieux de combats après un endoctrinement, après des messages laissés sur Internet qui sont progressivement diffusés et hélas déformés pour que des jeunes puissent partir y compris au péril de leur vie sur des terrains d'affrontements où ils sont exposés.
Nous avons eu des images terribles qui nous sont venues encore récemment en France avec l'utilisation des enfants dans des vidéos pour faire que la terreur puisse se produire y compris dans nos démocraties sans qu'il soit même besoin d'aller poser des bombes, des bombes par vidéo.
Alors c'est l'école qui doit répondre à tous ces besoins-là, apaiser les peurs, et donner confiance et porter l'espoir £ c'est toujours dans l'école qu'il y a l'espoir. Il y a toujours chez des jeunes enfants l'idée que c'est par l'école qu'ils vont pouvoir apprendre ce qu'ils n'auraient jamais connu dans leurs milieux familiaux. C'est toujours dans l'école qu'il y a la rencontre avec des enseignants, avec des maîtres, qu'ils vont à un moment découvrir comme pouvant leur porter un message qu'ils n'auraient jamais rencontré jusque-là.
Alors nous avons voulu, nous au ministère de l'Education nationale, porté par madame VALLAUD-BELKACEM et soutenu par le Premier ministre et par le Président de la République, nous avons voulu que ce budget soit le premier de tous les budgets. Même si la France fait beaucoup pour sa défense et elle a raison, et j'encourage d'ailleurs les autres chefs de gouvernement à faire beaucoup pour la défense si on veut que l'Europe puisse également assurer sa sécurité, il ne faut jamais opposer la défense et l'éducation, parce que c'est finalement le même combat que nous portons.
La défense, ce n'est pas pour écraser les autres. C'est pour aller les délivrer et aller aussi nous protéger, mais l'éducation c'est aussi la meilleure défense. La défense de nos enfants, la défense de nos valeurs, la défense de la connaissance, la défense de la liberté, mais j'ai fait en sorte que ce soit le premier budget, celui de l'éducation.
Que nous puissions continuer à avoir des enseignants bien formés, que nous puissions aussi changer les programmes et donner aux élèves les méthodes qui sont maintenant les plus capables de leur donner intérêt et de leur donner un avenir professionnel. C'est le numérique, je sais qu'il est beaucoup développé dans vos pays. Je sais que depuis longtemps, un certain nombre de nations ont fait du numérique la clef de leur développement, de leur croissance, mais aussi de leur éducation.
Nous avons donc lancé un grand plan numérique en France pour permettre que les collèges puissent être dotés, que des matériels puissent être mis à disposition mais surtout, que les enseignants puissent être formés et que les élèves puissent être aussi éduqués à l'usage de ces nouvelles technologies pour bien les maîtriser, pour ne pas être dominés par elles et, au contraire, pour que ces technologies puissent offrir de nouveaux champs d'accès au savoir et à la connaissance.
Enfin, nous avons voulu lutter contre le décrochage scolaire, les inégalités scolaires. En France, on pense toujours avoir tout inventé. Cette réunion était donc très importante parce que Najat a pu ainsi savoir que vous aviez sur beaucoup de points précédé la France, et donc l'expérience que vous pouvez nous donner est tout à fait précieuse. La France pense aussi qu'elle est toujours ambivalente. La France pense qu'elle a tout inventé mais qu'elle a plus de problèmes que les autres. C'est pour ça qu'il était bon que vous veniez pour que ça mutualise les problèmes et que ça rende modestes les prétentions françaises.
Vous nous apportez effectivement la preuve qu'il y a partout nécessité de lutter contre le décrochage scolaire, pas simplement à l'égard de ceux qu'on appelle les primo arrivants, les jeunes immigrés venus il y a quelques années. Je sais que beaucoup font un accueil pour des réfugiés syriens ou pour d'autres réfugiés. Non, pas simplement pour ceux-là qui, d'ailleurs, s'adaptent très facilement parce qu'ils sont dans l'épreuve. Je pense à ces élèves qui sont dans des milieux défavorisés, quelle que soit leur origine, quel que soit leur parcours, et qui ont besoin d'être accompagnés et, quand ils peuvent trébucher, d'être relevés et remis sur le bon chemin. C'est ce que nous avons fait à travers un certain nombre de procédures que nous appelons éducation prioritaire? ici, qu'on doit appeler autrement ailleurs, mais c'est la même idée de pouvoir apporter davantage à ceux qui en ont le plus besoin.
Mais je ne veux pas changer la nature de l'exercice qui était prévu aujourd'hui, parce que c'est votre rassemblement qui était le plus beau message, message de confiance, message d'avenir, message d'espoir. L'Europe c'est une monnaie, et encore pas partagée par tous, l'euro. L'Europe, c'est un marché qui est celui dans lequel nos produits peuvent circuler. L'Europe, c'est une volonté, une volonté politique. L'Europe, ça reste toujours la paix, mais l'Europe c'est plus que cela. L'Europe, c'est le progrès. C'est ce que nous pouvons, nous, apporter au monde. Il y aura bientôt, à la fin de l'année, une illustration de ce que nous voulons faire avec la conférence sur le climat qui va se tenir à Paris à la fin de l'année. Je souhaite d'ailleurs que les écoles, toutes les écoles d'Europe, soient mobilisées par rapport à cet objectif du climat, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de la protection de la planète.
Vous avez vu ce qui s'est produit encore dans une île, Vanuatu, dans le Pacifique avec une désolation. J'ai eu le président du Vanuatu tout à l'heure au téléphone. 90 % de son pays est détruit. Nous sommes devant ce défi climatique, mais l'Europe ça doit donner un espoir dans le progrès. Il n'y a pas plus bel espoir que celui de dire à des jeunes qu'ils vivront mieux demain et c'est ce que vous faites à travers vos actions pour l'éducation.
Si nous voulons lutter pour les libertés, si nous voulons lutter contre les forces qui veulent à un moment dominer et écraser, si nous voulons être capables de mettre de la lumière, c'est par l'école que passe la lumière. Donc je vous remercie d'éclairer partout où vous le pouvez les consciences, les esprits et les chemins de la jeunesse européenne. Merci.

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