Publié le 7 mars 2015

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage à M. Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-Bois, à Clichy-sous-Bois le 7 mars 2015.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage à M. Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-Bois, à Clichy-sous-Bois le 7 mars 2015.

7 mars 2015 - Seul le prononcé fait foi

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Nous sommes rassemblés autour de la mémoire de Claude DILAIN, sa famille, ses proches, ses amis dans la peine, les plus hautes autorités de l'Etat, Président du Sénat, Président de l'Assemblée nationale, Premier ministre, le gouvernement, les parlementaires, des élus, des citoyens venus de loin, d'autres de tout près d'ici.
Vous êtes ici tous conscients que la République vient de perdre l'un de ses meilleurs enfants. Claude DILAIN, c'était un homme bon, c'était un élu reconnu, un parlementaire respecté. Claude DILAIN, c'était aussi plus que ces formules que l'on utilise pour dire tout le bien que l'on pense de celui ou de celle qui disparaît.
Claude DILAIN, c'était Clichy-sous-Bois, Claude DILAIN c'était les banlieues, Claude DILAIN, c'était la justice. Il avait donné sa vie pour sa ville, pour les quartiers, pour les déshérités. L'ironie fait qu'il est mort au moment où le gouvernement annonçait un nouveau plan pour la ville, dont les principales dispositions avaient été inspirées par ses réflexions et ses propositions.
Jusqu'à son dernier souffle, il s'était battu pour ceux qu'il aimait, pour ceux qu'il servait, pour ceux qu'il soignait. Claude DILAIN était un homme révolté qui s'exprimait sans colère. C'était un élu ardent qui disait toujours des choses rudes, mais avec une infinie douceur. Claude DILIAN, c'était un militant convaincu qui détestait la violence, parce que c'était un homme et qu'il avait confiance dans l'homme, parce que c'était un républicain et qu'il avait confiance dans la République.
Olivier vient de tracer sa vie, la vie de Claude, né à Saint-Denis en 1948, famille modeste, père qui n'a pas le Certificat d'études mais qui, par son travail, gravit les marches jusqu'à devenir cadre à GDF £ sa mère qui donne tout son temps pour l'éducation de ses enfants. Et c'est ainsi que Claude DILAIN devint médecin, comme pour rendre hommage à ses parents, pédiatre comme pour aider les enfants malchanceux.
Il s'était fait une promesse dès son plus jeune âge, faire en sorte que de génération en génération, il soit possible de vivre mieux que ses parents. Cette promesse s'appelle le progrès et Claude DILAIN y croyait au progrès. Il avait décidé de se battre pour qu'il advienne partout où il vivrait. C'est à Clichy-sous-Bois qu'il avait décidé de vivre. Il avait découvert cette ville un peu par hasard, au cours d'une visite qu'il effectuait et c'est là qu'il décida de s'y installer comme médecin. Il resta fidèle toute sa vie à cette cité si riche (disait-il) de la multiplicité de ses talents, de la diversité des parcours, de la vitalité de la jeunesse, mais si pauvre, oui si pauvre en équipements, en emplois, en ressources.
Il fut même en tant que médecin un des témoins de l'abandon de Clichy-sous-Bois, de la dégradation du bâti, de la concentration des plus pauvres qu'on met dans les mêmes villes au prétexte qu'il existe déjà beaucoup de pauvres dans ces cités-là £ et que d'en rajouter ne changera finalement rien à leur destin. C'est devant cette injustice qu'à la fin des années 80, le médecin devint militant, il s'engagea au Parti socialiste à Clichy-sous-Bois.
Après une campagne municipale où le principe de la constitution de la liste avait été fondé sur le rassemblement, belle idée que le rassemblement, l'union pour vaincre l'extrémisme, pour écarter toute menace. L'union qu'il avait faite avec tous ceux qui ne pensaient pas forcément comme lui mais qui devaient agir avec lui. C'est ainsi qu'il devint maire de Clichy-sous-Bois en 1995, et qu'il y resta en 2001, en 2008 grâce à la confiance de ses concitoyens, avant de transmettre le témoin à Olivier KLEIN.
Claude DILAIN avait la passion de sa ville, il en aimait tout, les paysages, cette pelouse, les bâtiments, les rues, les marchés, il aimait surtout les habitants dignes et volontaires £ et en même temps il souffrait de leur souffrance. Comme maire de la ville, il voulait montrer qu'une ville pauvre n'est pas une pauvre ville, et qu'elle pouvait être bien gérée. Il avait hérité d'une ville très endettée et sa fierté fut d'en faire une référence pour la gestion publique. Il avait rétabli les comptes sans jamais mettre en cause les services à la population.
En 2006, il obtint un label d'une agence de notation, sans doute inconnue pour la population de Clichy-sous-Bois, mais une agence qui lui permettait de dire aux puissants notamment que les pauvres n'ont pas besoin de conseils ou d'injonctions mais de ressources et de considération.
Claude DILAIN engagea un des programmes les plus ambitieux de la politique urbaine de ces dernières années en France. Ici, il créa ce qui avait toujours manqué, une Maison des services publics, une Maison de la justice et du droit, l'ouverture d'un POLE EMPLOI, la présence d'un commissariat. Il développa avec les associations et je veux leur rendre hommage une politique originale d'animations sportives, éducatives, culturelles, parce que c'était son ambition.
Il rénova les écoles et lorsque je suis venu à Clichy-sous-Bois, c'était en septembre dernier, j'y ai visité un des plus beaux collèges de France équipé en numérique, avec un personnel formidable. C'était la volonté de l'équipe municipale, du Conseil général mais c'était aussi ce qu'avait demandé Claude DILAIN, donner ce qu'il y a de mieux pour que les élèves fassent ce qu'il y a de mieux pour eux et soient au meilleur de leurs atouts et de leurs compétences.
De la même façon, il procéda à la rénovation de bon nombre d'immeubles de cette cité les plus emblématiques, il s'affronta aux copropriétés dévoyées par les marchands de sommeil. Combien de fois, Claude DILAIN a-t-il emmené des autorités de l'Etat, voire même de toutes les collectivités, voire même de pays amis ? Combien de fois a-t-il monté les escaliers de ces immeubles où les ascenseurs s'étaient arrêtés depuis trop longtemps, pour dire que ça ne pouvait plus durer, que nous étions en France et qu'il n'était pas concevable que les mères de famille puissent gravir 8, 9, 10 étages pour amener le produit de leurs courses au début du 21ème siècle. Voilà ce que nous disait Claude DILAIN et ça faisait mal parce qu'il parlait en votre nom.
Il y eut aussi cette cause qui l'anima jusqu'à son dernier souffle, la lutte pour désenclaver la ville de Clichy-sous-Bois. Clichy-sous-Bois, 15 km de Paris et pourtant inaccessible ou alors au prix d'un long détour faute de lignes directes. Claude DILAIN voulait obtenir une tranche du tramway T4 pour desservir le Plateau, et je ne connais personne qui n'ait rencontré Claude DILAIN sans que la question du T4 ait été posée, mais toujours pas réglée.
En 2007, le projet fut inscrit dans le plan « Espoir Banlieues » du gouvernement de l'époque, fut soutenu par la région £ et puis il prit du retard, on le crut reporté. J'ai donc rappelé, je l'ai fait ici dans cet instant et devant vous, j'ai donc rappelé, c'était en septembre 2014 qu'il devait être mis en uvre pour 2018. On lui doit à Claude DILAIN, on le doit aux habitants, on le doit à la ville de Clichy.
Il y eut aussi cet événement tragique survenu dans cette ville et qui avait changé son destin. C'était le 27 octobre 2005, la mort de Zyed BENNA et de Bouna TRAORE, deux jeunes garçons de 17 et de 15 ans. Cette tragédie déclencha les émeutes ici, à Clichy, puis dans beaucoup de villes voisines et enfin dans l'ensemble de nos banlieues.
Dans la nuit du 6 au 7 novembre 2005, 274 communes furent touchées et il y eut une décision très grave de décréter le couvre-feu. Claude DILAIN dans ces circonstances devint bien plus que le maire de Clichy, mais le porte-parole de toutes les banlieues. Il apporta son soutien aux familles des victimes, réclama que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame. Il apaisa les tensions, trouva les mots pour dire et non pas pour défaire.
Je me souviens aussi de ce jour, c'était même un soir de Noël 2005, j'étais à Clichy. Avec lui, je vis les familles dans la peine, les enfants désespérés, les pompiers courageux, les militants exemplaires mais exténués après tout ce qu'ils avaient vécu. Je me souviens de Claude DILAIN au milieu de ces femmes, au milieu de ces hommes, dont la dignité n'effaçait pas le chagrin. Mais je voyais dans les yeux de celles et ceux que nous rencontrions l'admiration qu'ils portaient à Claude DILAIN, et la confiance qu'ils lui prodiguaient. Ce combat pour la justice, il le mena jusqu'au bout, jusqu'au procès. Et dans l'attente, il se rendit chaque année pour déposer des fleurs au monument dédié par la ville aux enfants.
Ces nuits d'émeute que jamais il ne défendit, jamais il n'excusa affectèrent profondément Claude. Il comprenait l'émotion mais il n'avait jamais, jamais admis la destruction et notamment d'équipements publics qui avaient coûté fort cher et qui étaient au service exclusif de la population. Alors il se remit au travail comme élu, comme médecin, il pansa les plaies de sa commune, il décida de plaider et de plaider encore la cause des banlieues, de leurs habitants. Il présida l'association « Ville et Banlieue », il devint sénateur de la Seine-Saint-Denis, il lutta encore et encore pour que la politique de la ville puisse bénéficier des moyens et des ressources indispensables, il voulut que le droit puisse changer pour que ces villes soient des villes comme les autres et pas des autres villes pour qu'elles disposent de services publics, d'activités économiques, de lieux culturels pour que tous les enfants, tous les enfants de France puissent réussir.
Il aimait parler je m'en souviens aussi, c'était dans une réunion politique de mèche lente pour évoquer le risque d'explosion de nos quartiers. Il posait des questions simples pour attendre des réponses fortes, Claude DILAIN était notre conscience. Elle pouvait être mauvaise parce qu'il dénonçait les larmes de crocodile et l'inaction de la puissance publique. Il avait choisi comme titre d'un livre qu'il écrivit après les émeutes une phrase d'Emile ZOLA, je vais vous la citer : une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous le soleil. Lui, il n'avait pas voulu cacher la vérité et il chercha longtemps le soleil.
Il demandait plus de solidarité, il demandait plus de respect, il demandait plus de force notamment pour que la loi s'applique, il demandait que les pouvoirs publics sortent les plus malheureux de pièges inextricables comme ceux de la copropriété. Il voulait regarder la réalité en face parce qu'il voulait la rendre conforme à l'idéal que la République proclame. Voilà, Mesdames et Messieurs, qui était Claude DILAIN, et ce qu'il restera dans notre mémoire. Claude DILAIN a fait son devoir, son devoir d'homme, son devoir d'élu, son devoir de citoyen. Notre devoir aujourd'hui, c'est de l'entendre, parce qu'il ne parlera plus.
C'est de le retrouver dans nos souvenirs vous en portez tous, ici, témoignage pour que les drames qu'il a vécus ne se reproduisent plus, pour que les succès qui ont été les siens puissent se prolonger. Le message de Claude DILAIN, il est simple : c'est celui de l'égalité, de l'égalité jusqu'au bout. C'est celui de la politique de la ville, de la solidarité. C'est aussi la volonté d'agir dans tous les quartiers. Je l'ai dit, il s'est trouvé que, au moment même où Claude DILAIN expirait, le gouvernement préparait de nouveaux dispositifs pour les quartiers et les villes.
Ces propositions sont inspirées de Claude, aussi bien pour que les communes qui ne respectent pas les obligations en matière de logement social soient appelées à la responsabilité, que les préfets puissent se substituer aux maires lorsqu'ils sont défaillants £ pour qu'aucune population pauvre ne s'ajoute à d'autres populations pauvres, là où il y a déjà beaucoup de logements sociaux, alors qu'ailleurs il n'y en a pas assez £ pour que les familles les plus démunies soient relogées, mais dans des conditions dignes, et dans tous les quartiers £ et qu'enfin il en soit terminé de ces villes que ne respectent pas leurs obligations en matière de construction. Je remercie le gouvernement d'avoir traduit ainsi ce qu'étaient sans doute les dernières volontés de Claude DILAIN, celles qu'il m'avait communiquées £ je l'avais reçu, après les drames qu'a vécus notre pays, pour qu'il me donne une fois encore ses derniers conseils, ses derniers avis.
Claude DILAIN nous laisse une belle leçon de vie. La première, c'est qu'il n'y a pas d'action publique authentique sans indignation : c'est l'injustice qui soulève les ardeurs, et qui mobilise les curs. Ensuite, il n'y a pas de politique réussie sans ténacité, sans obstination, sans le temps nécessaire, qui ne doit pas décourager l'impatience, dès lors qu'il est mis au service de l'enthousiasme et de la confiance. Oui, et enfin il y a cette dernière belle leçon sur la politique de la ville, qui doit être consacrée au plus haut niveau de l'Etat, et qui n'est pas une somme d'actions pour un certain nombre de quartiers, mais une politique d'ensemble pour la France tout entière. Claude DILAIN était une référence de ce que la politique peut offrir de mieux, de plus grand, de plus beau. Une cause qui élève, qui permet de nous dépasser. Une honnêteté qui protège de toutes les rumeurs et de toutes les insinuations. Une sincérité qui désarme, même les contestations les plus inutiles. Et une gentillesse qui conquiert même les âmes les plus récalcitrantes.
Et enfin, une constance, une constance qui permet d'emporter toutes les convictions. Et un dévouement qui entretient l'espoir, l'espoir dans l'avenir, l'espoir dans la condition humaine, l'espoir dans la politique, l'espoir dans la citoyenneté. C'était l'espoir que portait Claude DILAIN, c'est le vôtre aujourd'hui. Clichy-sous-Bois, c'est plus qu'une ville, c'est un symbole, et l'esprit de Claude DILAIN y soufflera toujours. J'adresse à sa famille, ses enfants, mes plus sincères pensées d'affection. A Olivier KLEIN, à ses amis du conseil municipal, ma solidarité et celle de l'Etat. Et aux Clichoises et aux Clichois, ma gratitude. Merci d'avoir donné à Claude DILAIN la plus belle marque possible d'amour : la confiance. Aujourd'hui, d'une certaine façon, nous sommes tous clichois, avec Claude DILAIN.
Vive la République, et vive la France !

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