Publié le 7 février 2015

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la mairie et la réforme territoriale, à Masseret le 7 février 2015.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la mairie et la réforme territoriale, à Masseret le 7 février 2015.

7 février 2015 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le président du Conseil régional,
Monsieur le président du Conseil général,
Monsieur le sénateur,
Madame la députée,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le directeur général de la Caisse des Dépôts,
Mesdames, Messieurs, chers Masseretois,
J'avais plusieurs raisons pour venir inaugurer la mairie de Masseret. La première, c'est que Masseret, c'est la porte d'entrée de la Corrèze et qu'ayant fait cette route de Paris jusqu'à Tulle tant de fois et parfois marquant une certaine impatience, je me demandais à quel moment j'entrais véritablement en Corrèze. Et dès que je voyais la tour de Masseret, je considérais que j'étais arrivé. Il me restait encore quelques kilomètres à faire pour accéder jusqu'à Tulle mais enfin j'étais chez nous.
Il y avait aussi la personnalité de Marcel CHAMPEIX que j'ai eu l'honneur de connaître lorsque, jeune candidat, jeune élu dans ce département, il m'avait fait accueil. Marcel CHAMPEIX, c'était une gloire départementale, régionale. Marcel CHAMPEIX avait été élu maire de Masseret en 1945 alors qu'il n'était toujours pas rentré de déportation. Il avait été instituteur dans cette commune, un instituteur à ce point apprécié qu'il resta maire de Masseret pendant près de quarante ans. Marcel CHAMPEIX était un homme qui en imposait. D'abord par son physique qui était avantageux comme l'on disait, par une coiffure argentée qui ne changeait pas de couleur selon les saisons, par une moustache comme seule la IVème République ou peut-être la IIIème pouvait en donner à ses élus, et aussi par une grande expérience. Il avait été ministre sous la IVème République et était resté très longtemps sénateur. Il m'avait fait la gentillesse de me prodiguer quelques conseils pour devenir Président de la République. Voilà pourquoi je suis là à Masseret, pour lui rendre hommage.
Je me souviens encore de Marcel CHAMPEIX à la fin de sa vie, qui avait reçu de François MITTERRAND une des plus hautes distinctions de la République. Les deux hommes se connaissaient depuis longtemps, pour ne pas dire depuis toujours. Ils n'avaient pas eu les meilleurs rapports quoi qu'étant dans le même parti. Mais ça ne vous étonne pas, c'est encore vrai aujourd'hui : on peut être dans la même formation politique et ne pas forcément avoir des amitiés profondes et inversement, on peut parfois être dans des camps politiques différents et avoir pour des personnes d'autres familles politiques, un grand respect £ ça fait partie de la République. Et ces deux hommes qui sans doute s'étaient fait à un moment combat dans leur propre parti, s'étaient retrouvés à la fin de leur existence. Et François MITTERRAND n'avait pas eu de mots assez élogieux pour Marcel CHAMPEIX, et il avait évoqué Masseret et la tour de Masseret. Cette imagination qu'avait eue Marcel CHAMPEIX de faire croire au monde entier qu'un château d'eau pouvait être une tour moyenâgeuse £ ce qui fait que Masseret a connu une attractivité touristique exceptionnelle grâce à cette tour. Si tous les élus de France avaient eu l'idée de transformer des châteaux d'eau en tours moyenâgeuses, vous pouvez imaginer ce que serait aujourd'hui l'affluence du tourisme international dans notre pays. Mais nous avons heureusement un patrimoine qui lui, est bien authentique. Mais c'était ça, aussi, la volonté de Marcel CHAMPEIX: faire que Masseret soit une commune différente des autres. Et c'est d'ailleurs ce que cherchent tous les maires de France, avec leur population : donner une singularité, donner une identité. Et ça commence par la mairie. Et je viens aujourd'hui pour inaugurer une nouvelle mairie.
La mairie, c'est le lieu même de la République. C'est là où les parents viennent déclarer leur enfant £ d'une certaine façon, nous sommes tous nés administrativement dans une mairie. La mairie, c'est là où les élus délibèrent, là où les votes se font pour les scrutins, locaux comme nationaux. La mairie, c'est là où toutes les démarches administratives s'effectuent. La mairie, c'est même le seul lieu où on vient sans savoir pourquoi. On va à la mairie. On va rencontrer les personnels administratifs, poser une question alors qu'on connaît la réponse, vérifier si le papier est bien le bon, avoir un contact, avoir une vie, avoir une reconnaissance. Et puis c'est aussi le lieu où le maire et les adjoints peuvent recevoir £ ce qui suppose d'avoir un bureau du maire, qui doit permettre aussi la confidentialité. C'est là où on vient raconter ce qu'on ne pourrait pas déclarer à un autre, même à un proche.
La mairie, c'est la République et c'est pourquoi il était si important que la commune de Masseret puisse faire le choix de sa nouvelle mairie. Comme l'a dit le maire Bernard ROUX : « Ici, la mairie, ça a été une histoire ». Une histoire parce que Marcel CHAMPEIX avait fait don de sa maison il n'avait pas d'enfant et il souhaitait qu'elle puisse être le lieu des délibérations où lui-même avait conduit la ville de Masseret là où elle en était. Mais cette maison, très belle, n'était pas forcément le meilleur endroit pour y installer la mairie, d'où tous les débats qui se sont succédé des années durant pour savoir s'il fallait être fidèle ou ne pas être fidèle à ce qu'était la volonté, la dernière, de Marcel CHAMPEIX. Et en réalité, je pense que cette maison est devenue un lieu où des activités sociales sont rendues et c'est bien ainsi.
Alors après il fallait prendre une deuxième décision : faire que la mairie ne soit pas dans l'école parce que dans beaucoup de villes, de communes de France, la mairie et l'école, c'est le même bâtiment et c'est ce qui fait d'ailleurs que pour beaucoup qui sont ceux de la campagne comme l'on dit, le seul bâtiment qu'ils aient connu, c'est le bâtiment de la mairie, c'était leur école. Il y avait encore des traces non seulement de l'idée républicaine, du fronton avec « liberté, égalité, fraternité » - et on sait que ces valeurs ont un sens aujourd'hui, quand nous sommes capables de nous rassembler, des centaines de milliers, des millions de Français pour défendre la liberté, l'égalité humaine, la fraternité entre les individus, la laïcité, la dignité et si nous sommes aussi attachés à ces valeurs-là, c'est parce que nous avons été souvent éduqués dans les lieux-mêmes de la République.
Et puis il y a encore des vestiges où l'on voit « Ecole de filles », « Ecole de garçons ». Il est bon que maintenant la mixité ait été faite et il n'est pas question d'y revenir. Et c'était aussi la volonté des instituteurs, de ceux qui voulaient émanciper leurs élèves, les maîtres et les maîtresses auxquelles je veux une fois encore rendre hommage parce que ces professeurs on les appelle ainsi maintenant les professeurs du premier degré font un travail admirable pour non seulement transmettre le savoir mais transmettre les valeurs de la République.
Alors c'était sans doute un déchirement pour le conseil municipal de faire que la mairie ne soit plus dans l'école, l'école dans la mairie et vous avez fait ce choix et vous avez eu raison. Vous avez fait que l'ancienne mairie puisse être l'école et avec tous les éléments qui aujourd'hui sont attachés à l'école £ le lieu où l'on peut faire les activités, le périscolaire, périscolaire qui a été l'objet de tant de débats, mais aussi de ressources qui ont été affectées -pas suffisamment selon les élus. Mais aujourd'hui cette réforme des temps scolaires, le périscolaire, est admis par tous comme un progrès. Ces rythmes scolaires sont considérés comme aussi un moyen de donner plus de chances, notamment ici dans les écoles de l'espace rural pour qu'on puisse faire des activités auxquelles on n'avait pas forcément toujours accès, la culture, le sport, l'éveil. Ce qui fait qu'il a fallu aussi pour les élus faire des investissements pour avoir des lieux adaptés. C'est ce que vous avez fait.
Et puis vous avez décidé d'une nouvelle mairie avec tous les services correspondants. Une belle salle du conseil municipal où on peut apprécier des photos de tous les présidents de la République qui se sont succédé ça fait partie aussi de l'éducation citoyenne , le bureau du maire pour recevoir, une salle d'activités pour que ce soit un lieu où chacune et chacun puissent venir, sans barrière, pour que les associations puissent vivre. Oui, vous avez une belle mairie parce qu'elle est plus qu'une mairie, elle est un lieu de vie.
A l'instant, le maire de Masseret évoquait ce que sont les problèmes de nos villes et les interrogations de nos villages. L'erreur serait d'opposer les uns aux autres. Ce que nous avons à faire, c'est de permettre à notre pays d'être en harmonie avec lui-même, de bien vivre ensemble, de ne pas nous laisser nous opposer entre ceux qui vivraient ici et ceux qui vivraient là-bas, ceux qui seraient des quartiers et ceux qui seraient des campagnes, ceux qui seraient Français de toujours ou Français plus récemment. Nous sommes la France et la France, elle doit aimer tous ses enfants et développer tous ses territoires. Les métropoles ne peuvent pas concentrer toute l'activité parce que la richesse, elle est sur tous nos territoires et l'espace rural ne peut pas être simplement un paysage que l'on viendrait traverser avec des infrastructures toujours plus modernes. L'espace est en soi un espace de développement, de vie et d'ailleurs nous constatons qu'il y a de plus en plus de nos concitoyens qui viennent habiter dans l'espace rural. Faut-il néanmoins leur assurer les services auxquels ils prétendent. Et de plus en plus, les citoyens de l'espace rural veulent avoir tous les équipements des villes pour la petite enfance, pour l'accompagnement scolaire, pour aussi la culture, pour le sport, d'où la question des finances communales ou départementales. Et l'enjeu, c'est de pouvoir assurer la répartition équitable des ressources.
Mais voilà une question qui est posée : qui est pauvre et qui est riche ? Ce n'est déjà pas simple, encore qu'on a quelques idées, de faire la distinction entre les individus c'est le rôle de l'impôt , mais entre les communes, il y a toujours des communes qui disent qu'elles ont une situation beaucoup plus difficile parce qu'elles ont plus de population. Néanmoins, il y a des paramètres qui permettent de mesurer les richesses des territoires et ça fait partie de l'action du gouvernement que de faire en sorte qu'il y ait cette solidarité, cette péréquation, cette répartition des ressources entre les collectivités et nous aurons encore à y travailler. Il y a la réforme territoriale qui est en discussion, qui devra donner aux collectivités d'abord moins nombreuses puisqu'il y aura moins de régions, plus claires dans leurs compétences, les moyens pour agir. Mais rien ne remplacera la commune.
Il y a l'intercommunalité, elle a sa place. Ici, elle s'est même élargie et je salue tous les élus qui font partie de cette intercommunalité. Il y en a même qui étaient du canton de Vigeois et qui ont accepté de travailler avec des communes d'un autre canton et puis, comme il n'y aura plus de canton, mais simplement des espaces où on désignera les élus départementaux, c'était plus simple de faire l'intercommunalité. Les intercommunalités sont absolument indispensables si on veut porter des projets, des projets qui dépassent l'intérêt d'une commune, le développement économique, la question de la petite enfance, les médiathèques. J'ai appris qu'il y avait plus de médiathèques en France que de bureaux de Poste, ce qui laisserait penser qu'on a diminué le nombre de bureaux de Poste pour certains, non ! On a augmenté encore le nombre des points de lecture, c'est très important parce que le français, c'est ce qui nous unit tous, la lecture, la culture, c'est ce qui nous permet de partager aussi des valeurs et des émotions communes. Alors, les intercommunalités vont être renforcées mais rien ne remplacera la commune. La commune, c'est le lieu où on On dit : « On est né quelque part », même si je vous l'ai dit, on naît de plus en plus, heureusement, dans des établissements hospitaliers ou des cliniques mais on est de quelque part. Et ne croyez pas que c'est simplement vrai dans l'espace rural. Quand on va dans les quartiers de nos villes, y compris les plus dégradés et qu'il est question de démolir un immeuble ou de déplacer une population, souvent, même ceux qui sont dans des situations difficiles disent qu'ils sont de là et qu'ils ont une fierté à défendre le lieu où ils vivent et donc notre devoir, c'est aussi de permettre que dans ces quartiers là, on puisse avoir de l'espoir.
Donc on est forcément d'une commune. On est attaché à un lieu, on a des souvenirs, le souvenir de l'école, le souvenir de la mairie, le souvenir d'un certain nombre de bâtiments ou d'équipements et ici à Masseret, vous êtes unis et vous le resterez toujours. Ce qui n'empêchera pas les disputes municipales ou les conflits sur telle ou telle décision mais vous êtes unis. Vous êtes tous de la même commune et ce que vous êtes capables de faire dans une commune, il faut que nous soyons capables de le faire à l'échelle du pays tout entier, être prêt à confronter les points de vue et à un moment, nous rassembler sur l'essentiel. Et la mairie, c'est le lieu où on se rassemble et encore aujourd'hui, vous l'avez manifesté.
Je veux ici dire tout le respect que la République a à l'égard des élus et à l'égard des maires. Ils font une tâche difficile quelle que soit la taille de la commune et que pour qu'un pays puisse vivre, il a besoin de citoyens qui s'engagent. Ça, c'est la responsabilité de nous tous et pour qu'un pays tienne, il a besoin d'élus qui soient là lorsque c'est difficile, lorsque c'est compliqué, lorsque c'est dangereux. Vers qui s'adresse-t-on dans une commune lorsqu'il y a péril, lorsqu'il y a danger, lorsqu'il y a problème ? Vers le maire. Il en est aussi parfois la même chose pour un pays : quand l'épreuve est là, on se tourne vers celui qui est au sommet de l'Etat. Donc nous devons avoir ce respect là pour les élus et en même temps une exigence pour les citoyens. Vous devez vous engager pleinement pour votre pays parce que, et je m'en rends compte y compris dans ces derniers jours, parce que quand on est la France, on a des responsabilités qu'aucun autre pays ne peut prétendre exercer. La France, elle est attendue partout £ elle est espérée. La France, elle est aimée £ elle est parfois redoutée quand elle intervient sur le plan militaire. La France, elle porte une culture, un état d'esprit qui fait qu'on peut essayer, essayer au moins de rapprocher des points de vue, y compris lorsqu'il y a des menaces de guerre ou de conflit à l'Est de l'Europe, parce qu'on peut avoir la confiance et des uns et des autres. C'est ce que nous faisons avec la Chancelière MERKEL en ce moment même pour l'Ukraine. La France, elle est attendue et regardez ce qui s'est produit lorsque nous avons été touchés par l'épreuve des attentats. Nous ne sommes pas le premier pays à être touché par ce type de drame et de tragédie mais comme nous sommes la France. De nombreux pays nous ont manifesté leur solidarité et comme c'était un journal, comme c'était des policiers, comme c'était des juifs qui étaient frappés, alors, ils sont venus tous nous dire combien ils aimaient la France.
Alors quand on est citoyen d'un pays comme la France, on doit s'engager. On doit bien sûr contester ce qui doit l'être, protester si c'est nécessaire mais à un moment, on doit prendre sa part dans l'action collective et c'est ce message que je voulais vous adresser ici à Masseret. Parce que vous êtes une commune qui a une belle identité, qui a une grande histoire et qui a de l'avenir parce que nos espaces ruraux ont de l'avenir grâce aux élus et grâce aux citoyens que vous êtes.Vive la République et vive la France !

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