Publié le 19 novembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Australie, à Canberra le 19 novembre 2014.

19 novembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Australie, à Canberra le 19 novembre 2014.

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Monsieur le Premier ministre,
Cher Tony,
Monsieur le Chef de l'opposition,
Mesdames, messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs,
C'est un grand honneur d'effectuer cette visite d'Etat comme premier Président de la République française, et au moment du centenaire du commencement de la Grande guerre. Cette visite me donne l'occasion d'exprimer une nouvelle fois, ma gratitude à l'égard du peuple australien, et l'indéfectible amitié qui nous lie par le sang de ceux qui sont tombés, il y a un siècle, pour notre propre liberté.
Les chiffres que vous avez rappelés, montrent ce qu'a été l'engagement de l'Australie qui s'est forgée là son identité. 400.000 soldats qui sont partis, 60.000 qui sont morts, 40.000 pour le seul nord de la France et la Belgique. Ce sacrifice nous ne l'oublierons pas, il est inscrit dans notre mémoire. Mais, vous êtes venus aussi au soutien de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Je vous ai reçu monsieur le Premier ministre le 6 juin dernier, avec des Chefs d'Etat et de Gouvernement venant du monde entier. Nous célébrions à ce moment-là le 70ème anniversaire du Débarquement, auquel aussi des centaines d'Australiens ont participé. Voilà ce qui nous lie à jamais. Mais nous n'avons pas attendu les guerres pour apprendre à nous connaître et à nous aimer.
L'amitié franco-australienne remonte à loin. Elle a été rappelée par vous monsieur le Premier ministre, et par vous monsieur le Chef de l'opposition. Vous avez signalé ce fait historique incontestable que LA PEROUSE est arrivé après. Je suis en mesure de vous révéler aujourd'hui que c'était voulu, nous voulions que vous ayiez des regrets, mais aucun remords.
Après ce malentendu nous avons établi des relations diplomatiques, d'ailleurs le Consulat de France à Sydney fut l'un des premiers à s'établir. En 1839, la France put installer une mission en Australie. Les années passant de nombreux français sont venus ici en Australie. Et de nombreuses entreprises très tôt à la fin du XIXe siècle, ont su nouer au fil du temps des partenariats exceptionnels avec votre pays, y compris pour des secteurs stratégiques comme la défense.
Hier je visitais le site de Thalès à Sydney, c'était impressionnant par la technologie qui y était déployée, mais aussi par la confiance que nous nous sommes donnés. Vous fabriquez ici en Australie des éléments qui servent à la force stratégique française. C'est-à-dire à ce qu'elle a de plus essentiel pour notre souveraineté et notre indépendance, le nucléaire militaire, nos sous-marins stratégiques. Vous-mêmes vous faites confiance à la technologie française pour votre propre sécurité. Qu'est-ce qu'il y a de plus fort, de plus beau, quand deux pays se font ainsi solidarité dans les secrets les plus importants pour leur propre défense ? Si je suis venu de loin, c'est-à-dire de l'Hexagone, j'ai ici cet avantage d'être votre voisin, ou plus exactement grâce à la Nouvelle-Calédonie, grâce à la Polynésie française, grâce à Wallis et Futuna, la France est dans l'espace océanique. La France est un pays océanien. Même les Français peinent à l'imaginer. Mais nous sommes partout nous les Français, dans les Amériques, dans les Indes, ici en Océanie et en Afrique par l'histoire. Cela nous donne des droits sans doute mais aussi des devoirs, d'être solidaires de la planète, d'être pleinement conscients de nos responsabilités.
Je suis resté longtemps ici en Australie, puisque je suis arrivé vendredi. Il fallait que je rattrape tout le temps qui avait été perdu par mes prédécesseurs. J'ai fait néanmoins une halte à Nouméa, et je veux vous dire ici combien les collectivités françaises du Pacifique sont attachées à la coopération avec l'Australie. Et comment nous sommes nous aussi heureux de participer pleinement à la Communauté du Pacifique, parce que c'est là que se nouent des relations culturelles, économiques, mais aussi c'est là que nous pouvons lutter pour le respect de l'environnement et contre le réchauffement climatique.
Fort de cette histoire, fort de cette présence, de ce voisinage, l'Australie et la France agissent ensemble sur le plan international. Non pas en fonction de nos intérêts, mais en fonction des valeurs que nous portons. Nos armées sont engagées ensemble, en ce moment même en Irak, pour lutter contre le terrorisme, contre Daech. Ensemble nous faisons face à ce phénomène des combattants étrangers, c'est-à-dire de nos ressortissants qui par fanatisme, par mobilisation par des forces obscures, se trouvent engagés là où ils ne devraient pas être. Nous devons ensemble prévenir ces mouvements, mais aussi les réprimer.
Pour répondre à toutes les sollicitations, la France a besoin du soutien de la communauté internationale. J'ai particulièrement apprécié le soutien de l'Australie, comme membre du Conseil de sécurité en 2013 et 2014, pour toutes les actions que nous avons pu engager, y compris là où le Conseil de sécurité s'est révélé impuissant. Je pense à l'Ukraine, où nous avons décidé de sanctions, non pas pour empêcher mais pour permettre, pour favoriser cette reprise du dialogue qui est indispensable pour éviter que soient remis en cause les principes mêmes de notre organisation internationale, c'est-à-dire l'intégrité territoriale des pays qui en sont membres.
En Afrique, l'Australie a compris là aussi le sens des opérations que la France a menées au Mali, en République Centrafricaine, ou pour lutter contre le fléau Ebola en ce moment même. De la même manière, je sais qu'après notamment les travaux du G20 que vous avez présidés monsieur le Premier ministre, nous sommes maintenant en phase sur ce que nous devons faire pour la réussite de la Conférence sur le climat à Paris. Parce que cette conférence est un enjeu essentiel pour le monde, c'est le rendez-vous que la terre a fixé avec la planète, pour faire en sorte que nous ne soyons pas regardés comme coupables. Coupables d'une guerre à l'égard des générations futures, parce que nous aurions laissé faire la dégradation même de ce que nous avons hérité de nos ancêtres.
Il y a forcément des réserves sur telle ou telle solution pour y parvenir. Mais nous savons bien que nous sommes liés, les uns les autres, et que nous rechercherons un accord global, contraignant, pays par pays, pour que nous puissions vivre mieux, et surtout vivre tout simplement dans les années qui viennent.
Je disais qu'il y avait de nombreuses entreprises françaises, il y a de nombreux créateurs, entrepreneurs, chercheurs français, cuisiniers français, nologues français, bref, si vous pouvez aimer la vie ici, vous l'aimez aussi avec des Français tout en parlant anglais. Et je félicite le cuisinier qui, ici, nous a préparé ce repas comme gage même, pas simplement de la qualité, nous n'en doutions pas, mais de l'amitié entre la France et l'Australie.
J'ai rencontré hier beaucoup de mes compatriotes qui sont des actifs en Australie, et je leur ai dit cette chose simple : « soyez pleinement Français pour saisir toutes les opportunités de l'Australie peuvent vous procurer ». C'est en étant pleinement Français que vous servirez l'Australie et que vous servirez la France. C'est pourquoi nous devons encore développer nos échanges.
Monsieur le Premier ministre vous avez parlé de l'accord qui pouvait être engagé entre l'Europe et l'Australie. Nous travaillerons pour que cet accord soit le plus large possible, pour que tous les produits français puissent venir en Australie, même ceux qui n'y parviennent pas encore aujourd'hui, ce qui est un manque pour l'Australie. Nous travaillerons aussi pour que l'innovation, la recherche puissent être commune, pour que nous puissions élever la compétitivité de nos économies, notamment dans les secteurs des infrastructures pour lesquelles vous avez voulu engager des financements importants, pour les télécommunications, pour les transports. Nous avons aussi vocation à voyager davantage. Un million d'Australiens viennent en France pour se recueillir le plus souvent sur les tombes des anciens, mais aussi pour apprécier l'accueil que nous pouvons leur réserver. Je souhaite qu'il y ait aussi de plus en plus de touristes français qui viennent en Australie, pour apprécier la beauté de vos paysages, la qualité de votre environnement.
Je sais aussi que nous partageons les mêmes passions, le sport, et notamment le Tour de France, et vous êtes même capables de le gagner ! Le rugby, et nous sommes même capables de le gagner ! Vous êtes un pays en devenir, en construction, chaque pays doit avoir un projet, et même une vieille nation comme la France doit avoir la volonté à chaque fois de renouveler la promesse qui a pu être faite, génération après génération. Tout pays doit essayer de conquérir ce qui est le plus loin et qui peut demain être le plus proche. Nous avons même en Europe décidé de conquérir l'espace, pour aller le plus loin possible de la Terre, pour découvrir mieux les origines, parce que c'est cela qui permet de faire avancer les peuples dans le progrès.
Un proverbe aborigène dit que ceux qui ont cessé de rêver sont perdus, « those who lose dreaming are lost ». L'Australie, l'immensité de son territoire, le dynamisme de son économie, la force de sa créativité, incarnent un rêve, une promesse qui avance. Il y aura toujours dans ce rêve, des Français pour y participer, parce que la France est un pays de promesses, parce que la France n'en a pas terminé avec son rêve universel d'apporter du bien être à l'ensemble de l'humanité.Merci l'Australie, vive la France, vive l'Australie, et vive l'amitié entre la France et l'Australie.

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