Publié le 3 novembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et le Québec, à Québec le 3 novembre 2014.

3 novembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et le Québec, à Québec le 3 novembre 2014.

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Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président de l'Assemblée,
Mesdames et messieurs les Ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs,
Je suis sensible, pour ne pas dire touché par l'honneur que vous me faites en me distinguant dans l'Ordre national du Québec.
Je mesure que c'est la première fois qu'un Président de la République française en exercice reçoit cette distinction. Vous avez bien voulu rappeler les grandes étapes de ma vie politique et c'est surtout pour l'amitié que j'ai toujours portée à la relation entre la France et le Québec que j'ai l'honneur d'être élevé dans cette haute distinction.
Je voudrais vous remercier pour l'accueil que vous me réservez, que vous réservez à la délégation qui m'accompagne. Cette visite d'Etat vient vingt-sept ans après celle effectuée par François MITTERRAND. Cette rencontre aujourd'hui, dans cette ville du Québec, - et je vous remercie d'avoir même coloré les rideaux de cette salle en tricolore - évoque beaucoup de sentiments, provoque de nombreuses émotions.
D'abord, elle fait surgir des mémoires, des mémoires familiales, des mémoires personnelles, des mémoires partagées. Cette rencontre rappelle aussi des engagements communs, salue une relation exceptionnelle, celle entre la France et le Québec.
Mais cette rencontre, au-delà de l'amitié qu'elle salue, nous oblige à aller plus loin ensemble et à agir. Nous sommes liés par l'histoire, la langue, la culture, mais aussi par une communauté de valeurs, par une conception du progrès, celle que nous partageons, celle que nous portons.
Le Québec contemporain, le Québec d'aujourd'hui, dont vous assurez la responsabilité Monsieur le Premier ministre, démontre une grande capacité à innover, à investir, à imaginer des solutions nouvelles et à préserver l'originalité de son modèle, dans l'ensemble du continent nord-américain. Vous êtes plongés dans l'univers nord-américain et vous arrivez à garder votre identité. Cette identité-là, comme elle nous ressemble, nous sommes particulièrement heureux que vous puissiez la promouvoir, parce que c'est une chance pour la France.
La France est elle-même engagée dans une période de réformes, qui sont toujours difficiles, non pas à proclamer mais à réaliser. Nous en attendons avec impatience tous les résultats, mais je veux vous faire ici cette confidence : le Québec est une source d'inspiration.
Depuis plusieurs années, ce que vous avez été capables de mettre en uvre en matière d'éducation, d'innovation, de nouvelles technologies, de politiques de la ville, tout cela a contribué à forger un certain nombre de nos convictions et de nos réalisations. Vous êtes une économie compétitive, de haut niveau. Vous cherchez à faire en sorte que vos entreprises soient sur les marchés les plus porteurs, vous leur apportez le soutien nécessaire. Vous avez un haut niveau de qualification.
Et vous faites en sorte de vivre en harmonie. Vivre en harmonie, c'est pour chaque nation, pour chaque peuple un défi.
La France et le Québec ont su tisser à travers le temps une relation directe et privilégiée, non pas simplement pour évoquer le passé, mais pour être au service de grandes causes. Pour y parvenir, nous nous appuyons sur de vénérables institutions, celles qui ont été introduites il y a déjà plusieurs décennies. Nous célébrerons l'année prochaine le 50ème anniversaire de plusieurs ententes fondatrices entre la France et le Québec.
Mais, aujourd'hui, nous devons tourner notre regard vers l'avenir et associer les nouvelles générations à ce que nous voulons entreprendre. Je souhaite donc que nos efforts puissent porter sur la coopération universitaire, sur les échanges scientifiques, sur la mobilité de la jeunesse qui doit être facilitée et encouragée par des mesures spécifiques, au Québec et en France.
Je souhaite aussi que nous puissions donner une nouvelle impulsion à nos relations économiques, notamment dans le domaine des nouvelles technologies, mais aussi du numérique, et enfin de la bonne manière de mettre en valeur la mer, l'espace maritime. Il se trouve que la France et le Québec ont un espace maritime. Nous considérons la mer comme une ressource, mais aussi comme un élément de notre patrimoine qu'il convient de protéger. Pour y parvenir, pour à la fois exploiter ce que la mer peut offrir et la prémunir contre un certain nombre de risques, de menaces, les nouvelles technologies doivent être mises à son service.
Les Québécois sont les mieux placés sur le continent américain pour faire connaître et faire apprécier les ressources et les atouts de la France. Vous aimez la France et les Français doivent vous en être reconnaissants. Mais ils doivent comprendre les raisons de votre amour, pour mieux comprendre aussi ce que sont les atouts, les ressources, l'identité de la France. C'est pourquoi il est toujours très important pour un chef de l'Etat, pour des ministres, de venir au Québec. Très important aussi que les Français viennent au Québec et comprennent ce qui est attendu d'eux.
Je me félicite, à cet égard, de voir ici non seulement des parlementaires, mais aussi des élus de nos différentes régions.
J'invite à mon tour les Québécois à venir encore plus nombreux visiter la France. Ils la connaissent sans doute bien, ils ont toujours un membre de leur famille en France et, quand ils n'en n'ont pas, ils en inventent ! Je leur demande de venir non seulement visiter la France, mais aussi de travailler en France, d'investir en France, de créer des emplois en France et, même, de vivre en France. Notre pays leur est ouvert, parce que vous êtes des amis, parce que vous êtes des frères. Je n'oublie en effet pas non plus les leçons de l'histoire, les sacrifices des Québécois et des Canadiens pour venir nous sauver lors des deux derniers conflits mondiaux.
Monsieur le Premier ministre,
C'est une amitié indéfectible qui unit la France et le Québec. Nous avons pu rapprocher nos deux sociétés, la langue y a contribué, la culture a aussi été un élément de fierté commune, nous défendons les même valeurs.
Tout nous oblige à nous rapprocher davantage et à travailler ensemble, notamment sur une grande cause, la conférence sur le climat que Paris va organiser à la fin de l'année prochaine. Parce que c'est un enjeu planétaire, parce que c'est un enjeu humanitaire, parce que c'est aussi un défi écologique et économique. Nous devons réussir cette conférence. Non pas simplement parce qu'elle se tient à Paris et pour nous faire plaisir. Non pas seulement parce que Paris doit toujours être la capitale de l'avant-garde. Mais surtout parce que Paris est la capitale des droits et qu'il n'y a pas de plus grand droit que de vouloir préserver la planète à nos descendants.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, messieurs,
Il n'y a pas plus grand bonheur pour un dirigeant français que d'être accueilli au Québec et de s'y voir remettre votre plus haute distinction. C'est un signe d'affection, c'est un signe d'amitié et c'est pourquoi je lève mon verre à la relation exceptionnelle entre la France et le Québec.

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