Publié le 2 novembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-canadiennes, à Banff le 2 novembre 2014.

2 novembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-canadiennes, à Banff le 2 novembre 2014.

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Monsieur le Gouverneur général,
Monsieur le Premier ministre du Canada,
Messieurs les Premiers ministres de la Province de l'Alberta et des Territoires du Nord-Ouest,
Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement canadien,
Honorables parlementaires du Canada et de la France,
Mesdames et Messieurs,
Je veux d'abord vous exprimer mon émotion de venir au Canada, dans ce moment particulier, et vous dire la solidarité de la France toute entière avec les familles des victimes tragiquement meurtries lors des attaques terroristes qui ont endeuillé votre pays les 20 et 22 octobre derniers. Soyez sûrs, une nouvelle fois, de l'amitié de la France dans ces épreuves.
Ma visite d'Etat, vous l'avez rappelé Monsieur le Gouverneur général, vient après celle effectuée par François MITTERRAND en 1987. Mais il n'avait pas eu la chance de venir à Banff, dans l'Ouest canadien. Je mesure donc le bonheur que vous me faites de m'accueillir ici. J'y vois un signe de plus des liens qui unissent nos deux pays.
Il y a quelques mois, je recevais, sur les plages de Normandie à l'occasion d'importantes commémorations, le Premier ministre du Canada. Je lui témoignais, une fois encore, la reconnaissance de mon pays à l'égard des soldats canadiens venus lors des Première et Seconde Guerres mondiales pour libérer la France et lui apporter leur soutien. Ce sont des gestes, ce sont des actes qui ne s'oublient pas dans la mémoire des peuples.
Il est vrai que la France et le Canada sont unis depuis longtemps. Les Français furent en effet parmi les premiers Européens à s'établir dans votre pays, y compris dans cette région de l'Ouest du Canada à partir de la première moitié du XVIIIème siècle. Plus de 10% des Albertains ont des ancêtres français et plus de 230 000 Albertains sont francophones. Le français n'est pas seulement une langue officielle de votre pays mais une langue qui porte des valeurs universelles, une langue qui a de « l'ambition pour le monde », comme l'a dit un jour votre Commissaire aux langues officielles.
Le Canada est attaché au bilinguisme. Nous en faisons ici l'expérience avec cette délicatesse, cette élégance, qui consiste à parler le français chaque fois qu'il est possible. Je considère que c'est un atout de pouvoir parler deux langues, comme vous le faites au Canada, et notamment le français. C'est un atout pour ouvrir des perspectives économiques, pour les nouvelles générations.
Je souhaitais venir dans l'Alberta pour donner une nouvelle impulsion à nos relations avec l'Ouest du Canada. C'est pourquoi une importante délégation m'accompagne chefs d'entreprise, universitaires, chercheurs
Nous sommes tous conscients qu'il y a un enjeu de développement pour le Canada mais aussi pour nos relations économiques. De nombreuses entreprises françaises sont déjà installées au Canada et dans cette partie-là de votre pays.
Je souhaite que la France puisse contribuer à mettre en valeur les immenses richesses de l'Ouest canadien, que ce soit dans les techniques d'exploitation, de transformation et d'acheminement des hydrocarbures ou dans la construction d'infrastructures de transport. Les entreprises françaises sont particulièrement bien placées dans ces secteurs, mais aussi dans la construction, dans le tourisme Quand je vois un hôtel de cette importance, je suis en admiration. Il m'a été dit qu'il y avait plus de 1 000 chambres ici et qu'il y avait même des esprits qui y logeaient de manière permanente. Je souhaite donc ajouter le mien pour que nous puissions contribuer au développement du tourisme dans l'Ouest canadien.
Nous sommes aussi conscients qu'il y a des enjeux que nous devons partager. Nous en avons parlé, avec le Premier ministre et les membres du gouvernement. Des enjeux internationaux comme l'Irak, la Syrie ou les menaces terroristes, des enjeux pour la sécurité de l'Europe et du monde, ce qui se passe aujourd'hui même en Ukraine, et des enjeux planétaires, comme la lutte contre les épidémies.
Je sais que nous pourrons agir ensemble, la France et le Canada, pour venir en soutien de l'ouest de l'Afrique pour vaincre l'épidémie Ebola. C'est à la fois notre devoir de solidarité et notre intérêt bien compris : éviter que nous soyons touchés, à notre tour, par les fléaux sanitaires. Beaucoup de chefs d'Etat africains m'ont lancé cet appel pour que le Canada et la France soient présents ensemble pour leur venir en soutien.
Il y a également l'enjeu du climat, le réchauffement de notre planète qui est un risque pour l'humanité toute entière. Au-delà de ce qui peut parfois nous différencier parce que nous n'avons pas forcément les mêmes intérêts, je sais que nous partageons les mêmes préoccupations et que nous agirons ensemble pour que la Conférence sur le climat qui se tiendra à Paris, à la fin de l'année 2015, puisse être un succès.
Je veux aussi saluer ce qui fait la richesse de la relation entre la France et le Canada, c'est-à-dire une communauté de valeurs, vous l'avez rappelé Monsieur le Gouverneur général, une culture et aussi une conception de la science, de la recherche. Nous croyons au progrès : vous, le Canada, parce que vous êtes une terre de progrès (celles et ceux qui sont venus s'établir au Canada voulaient croire dans le progrès) £ et nous, la France, parce que nous avons cette prétention de porter des valeurs de progrès et de les mettre en partage pour le monde entier.
C'est la raison pour laquelle je me félicite que des partenariats universitaires et scientifiques puissent se lier et se renforcer entre la France et le Canada. Les jumelages aussi se multiplient entre nos académies. Je sais, Monsieur le Gouverneur général, vous qui avez été professeur, vous qui avez été président d'université, combien vous êtes attaché à cette coopération entre les grandes universités canadiennes et françaises.
Enfin, il ne peut pas y avoir de coopération, s'il n'y a pas de reconnaissance des diplômes et des qualifications, notamment pour certaines professions et certains métiers.
Ma visite dans l'Ouest canadien, ici à Banff, vient marquer, je l'espère, une nouvelle étape dans la relation entre la France et le Canada. Je veux une fois encore montrer que nos destins sont liés. Ce que nous partageons, ce n'est pas simplement une histoire commune, ce n'est pas simplement des valeurs que nous avons à promouvoir dans le monde entier. Ce que nous partageons, c'est une même conception de la diversité, de la reconnaissance des talents et la confiance dans l'avenir.
C'est la raison pour laquelle nous avons, nous Français, avec les Canadiens, une amitié qui ne peut être comparée à nulle autre. C'est au nom de cette amitié que je veux, à mon tour, lever mon verre !

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