Publié le 2 octobre 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts en faveur de l'agriculture, à Cournon d'Auvergne le 2 Octobre 2013.

2 octobre 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts en faveur de l'agriculture, à Cournon d'Auvergne le 2 Octobre 2013.

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Madame, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les représentants de la profession,
Monsieur le Président,
Je tenais à être parmi vous à Cournon. Jaurais pu me retrouver à Tulle, mais vous ne my aviez pas invité. Je viens ici, en Auvergne, en ami, en voisin et surtout en président de la République, qui doit tenir ses engagements et comprendre ce quest lagriculture française et notamment lélevage.
Je veux vous dire, cher Roger BLANC, ma gratitude pour laction qui est la vôtre depuis vingt-deux ans. Ce sommet de lélevage vous doit beaucoup, pour ne pas dire tout.
Jai également, et vous y avez fait ici référence, une pensée pour Jean-Michel LEMETAYER que jai connu dans ses diverses activités, notamment comme Président de la Fédération nationale.
Je viens à Cournon pour ce salon, qui est lun des plus beaux de France et qui ma permis une nouvelle fois de constater la qualité de nos productions, le savoir-faire de nos éleveurs, la passion qui est la leur.
Egalement, lengouement dun public nombreux, plus de 80 000 visiteurs, et lattractivité que ce sommet représente pour de nombreuses entreprises françaises et étrangères.
En allant dans les différentes allées de ce sommet, jai pu rencontrer des Algériens, des Chiliens, des Péruviens, des Kazakhs. Tous voulaient, ici, non pas connaitre, non pas comprendre, mais faire commerce.
Ce sommet est pour la France une de ses plus belles vitrines. Ma présence aujourdhui nétait pas simplement de faire le constat de vos productions, de la qualité de ces exploitations délevage.
Ma venue, ici, à Cournon, correspond à un moment où lEtat doit prendre des décisions. Jy reviendrai.
Notamment, après avoir obtenu un certain nombre davancées dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune, dont le ministre de lAgriculture a été lun des artisans.
Je veux saluer la diversité de notre agriculture, diversité des productions animales, végétales, diversité des tailles dexploitations, diversité également des systèmes, diversité des générations, diversité des territoires.
Cest une grande chance pour lagriculture, mais cest une grande chance pour la France.
Lerreur serait dopposer les productions les unes aux autres. Cela serait facile, surtout à cet instant. Pourtant, léconomie de lélevage dépend du coût des produits dorigine végétale. Léquilibre du marché des céréales repose pour beaucoup sur lalimentation animale. Il y a donc une interdépendance. Nous devons faire converger, faire travailler lensemble des agricultures.
Mais regardons en face la réalité. Elle ma été rappelée tout au long de ce parcours. Lélevage traverse depuis plusieurs années, je ne veux pas même dire plusieurs décennies, des difficultés structurelles.
Les conditions de travail sont plus lourdes, les astreintes sont plus nombreuses, les coûts sont plus élevés, les cours sont plus volatiles, les rendements sont plus faibles. Quand, en plus, le découplage des aides de la PAC depuis dix ans eut aggravé les choses en supprimant tout lien avec la production, cest lélevage, encore, qui en fut la victime.
Je connais bien cette profession. Tout au long de ma vie politique locale, jai vu des éleveurs attendre des prix qui ne remontaient pas, supporter des charges qui ne baissaient pas et ne plus rien comprendre dans lorganisation de la politique agricole commune.
Ce temps doit cesser, parce que quand la production animale recule, cest tout un équilibre qui seffondre. Ce sont dabord les outils de transformation, de valorisation. Il y a les abattoirs, les usines qui sont touchés, des emplois qui sont perdus, des territoires qui ne sont plus entretenus. Cest alors la ruralité qui est menacée dans ses fondements.
Il y a aujourdhui péril, parce que si rien nest fait, nous constaterons quau moment des transmissions des terres qui jusque-là étaient destinées à lélevage, seront vouées aux productions végétales ou à la friche. Et que même pendant lactivité dun exploitant, il peut arriver, dès lors quil y a une telle distorsion de situation, que certains, de guerre lasse, devrais-je dire, transforment leur exploitation.
Or lélevage est une source dactivités multiples. Il assure à travers ses produits la réputation de nombreuses régions, ici le Massif Central, préserve le paysage et contribue à la protection de lenvironnement, surtout quand il met en valeur lherbe, comme ici.
Cela serait dautant plus dommage de perdre cet avantage qui est le nôtre, en France, davoir un élevage de haute qualité et que nous disposons de réels atouts.
Jai évoqué le savoir-faire des éleveurs, des techniciens, lavance que nous avons dans la sélection. Jai pu encore en avoir le témoignage. La transformation qui également est performante et surtout nos images de qualité qui sont reconnues.
Cest bien plus quun patrimoine que nous avons à préserver. Lélevage cest un investissement pour lavenir.
Laisser les éleveurs dans la situation daujourdhui, avec des revenus plus bas que dans le reste de la profession, avec des aléas plus élevés, des contraintes plus lourdes, cest affaiblir lensemble lagriculture française.
Je ne dis pas cela simplement pour répondre aux besoins des éleveurs, mais parce que cela serait un non-sens économique que de faire le choix du laisser-faire. Lélevage est une véritable opportunité pour léconomie française, avec une demande mondiale de viande qui va augmenter régulièrement, avec lémergence dun certain nombre de pays, avec une classe moyenne qui voudra goûter, acheter, consommer les produits de lélevage français, à travers des marques de qualité.
Dans ces conditions, le ministre de lAgriculture a voulu que lélevage soit lune de nos priorités déjà depuis un an. Notamment sur les prix, où le gouvernement sest attaché à rétablir un meilleur équilibre entre les filières.
Le projet de loi dit de consommation, va rénover les relations entre lindustrie de transformation et la distribution. Son objet est de mieux prendre en compte les conditions générales de vente, daméliorer lefficacité des sanctions et de répercuter la volatilité des prix des matières premières agricoles. Voilà ce qui a déjà été fait et qui va produire un certain nombre de conséquences.
Je noublie pas non plus la médiation sur le lait, qui a eu là-encore, une influence, pas suffisant pour certains, mais qui a permis déviter que cette belle production laitière puisse être emportée par la crise.
Dans le même esprit, la loi bancaire. On pourrait se dire : quel rapport avec lélevage et avec lagriculture ? La loi bancaire permet de mieux lutter contre la spéculation sur le prix des matières premières, en encadrant le commerce à haute fréquence, cest-à-dire tout ce qui accélère encore les mouvements de prix.
La loi a interdit que les banques puissent constituer des stocks pour influer sur les cours et limiter les achats sur les marchés à terme qui bien sûr, ont eu pour conséquence ces dernières années, de hausser le cours dun certain nombre de céréales.
Qua aussi fait le gouvernement ? Il a introduit le régime de la dotation pour investissement et de la dotation pour aléa afin justement damortir les variations de revenus auxquelles les agriculteurs sont soumis à travers les dérèglements climatiques, les problèmes sanitaires, les contraintes environnementaux ou économiques.
On ma aussi interrogé sur la fiscalité, le coût du travail, cest bien légitime. Les exploitations agricoles sont des entreprises comme les autres et cest pourquoi lagriculture a eu le bénéfice du crédit dimpôt compétitivité/emploi. Dès lors quil y a un salarié, il y a lallégement du coût du travail. Je sais quil ny a pas eu encore lextension aux coopératives, nous en reparlerons. Il sagissait de montrer que le coût du travail devait être pris en compte et cela sajoute dailleurs aux dispositifs existants dexonération pour les travailleurs occasionnels.
Les charges, cest aussi la réglementation. Combien de fois ai-je entendu, depuis des années dailleurs, pas simplement en venant aujourdhui, combien les exploitants ne supportaient plus quil y ait une accumulation de règles, mais surtout que ces règles changent au cours du temps et quils ne savent plus comment les intégrer.
Le choc de simplification concerne lagriculture. Simplifier les règles pour les agriculteurs, simplifier lexécution de ces règles pour les fonctionnaires.
Jai découvert que la France qui, cela peut lui arriver, est toujours assez prompte pour critiquer lEurope et pour même laccuser de toutes les turpitudes que notre propre législation souvent engage par elle-même.
La France sur-transpose les directives européennes. Cela veut dire : ajouter encore des contraintes à ce qui nest pas nécessaire, qui nest pas demandé par lEurope.. Il faut en finir.
Nous avons montré quil était possible de simplifier tout en protégeant. Dans le secteur porcin, la création dun régime denregistrement, plutôt que dautorisation.
Lautorisation, cela prend du temps, parfois même des mois, pour ne pas dire des années. Nous sommes passés dun régime dautorisation à un régime denregistrement. Cela va réduire les délais, réduire les coûts sans quil y ait pour autant une moindre protection de lenvironnement.
Le ministre de lAgriculture, je len ai encouragé, va rendre les dispositifs plus compréhensibles. Un guichet unique sera créé, les zonages seront simplifiés et une stabilité dans la durée des obligations sera introduite.
Je suis à Cournon aujourdhui pour parler de la mise en uvre de la politique agricole commune. Cest là que vous mattendez. Jai cru comprendre.
Monsieur le Président, je vous remercie pour les mots que vous avez prononcés.
Oui, avec le ministre de lAgriculture, nous avons pu arracher, avez-vous dit - cest peut-être le mot qui convient, cela dure des heures, la nuit même - un accord européen garantissant globalement le budget agricole et la position de la France.
Qui aurait pu dire il y a quelques mois, que nous arriverions à ce résultat.
Dès lors que lon savait que beaucoup de nos partenaires voulaient mettre en cause la politique agricole commune, la place de lagriculture dans le budget européen.
Nous avons tenu bon, non pas parce que nous avions simplement un intérêt national - nous naurions pas convaincu - mais parce que lintérêt de lEurope, cest davoir une agriculture forte. Lintérêt de lEurope, cest de pouvoir se nourrir elle-même. Lintérêt de lEurope, cest davoir une agriculture de qualité. Lintérêt de lEurope, cest davoir des exploitations capables dassurer la sécurité alimentaire et dexporter.
Nous avons donc pu avoir suffisamment de soutien pour obtenir ce budget. Lenveloppe des aides a été maintenue à 64 milliards deuros pour toute la période 2014-2020.
Nous avons obtenus mieux que cela. Nous avons convaincu nos partenaires que le second pilier, ici chacun sait de quoi il sagit, puisse être conforté et que les crédits alloués au développement rural soient augmentés.
La France a même pu obtenir une dotation supplémentaire. Il sagit de plusieurs milliards deuros. Il reste néanmoins, et cela cest de notre responsabilité, une fois avoir obtenu ce budget, une fois avoir permis une plus grande souplesse, une fois avoir été capables daugmenter les crédits du développement rural, dans le cadre du second pilier, il reste à décider, nous en France, ce que nous allons en faire.
Cest lobjet de ma décision daujourdhui.
La nouvelle politique agricole commune doit nous permettre de dire quelle agriculture nous voulons.
Pas simplement comment nous répartissons les aides, mais quest-ce que nous voulons pour lagriculture de demain.
Ce que nous voulons, cest une agriculture créatrice demploi qui privilégie lactivité, la production, la commercialisation en passant par la transformation.
Ce que nous voulons, cest une agriculture qui aménage et entretient le territoire. Maintenir lélevage dailleurs, cest éviter la déprise et la friche.
Ce que nous voulons, cest une agriculture de qualité, parce que sans la qualité, il ny a plus la marque France. Doù la promotion des signes et des appellations dorigines qui nous permettent en plus délever le niveau des prix et donc du revenu des agriculteurs et déviter dêtre liés à un débouché unique.
Ce que nous voulons, cest une agriculture qui préserve les savoir-faire, qui permettent davoir une formation de qualité, doù également lengagement que jai pris pour lenseignement agricole. Pour être en force sur les nouveaux marchés, pour en conquérir autant quil sera possible.
Jai entendu un certain nombre déleveurs me dire : il faut ouvrir les marchés. Cest bien la première fois que jentendais cela.
Dhabitude, cétait nous replier et vous avez tous compris que nous avons besoin maintenant de nous mettre à léchelle mondiale et que nous devons pénétrer sur certains marchés. Nos exportations de bovins en Turquie, au Kazakhstan ou en Algérie sont un facteur déquilibre du marché.
Alors, à nous de faire en sorte de pouvoir être présent dans le cadre international. Faut-il aussi quil y ait une régulation dans le domaine des normes sanitaires, environnementales et des indications protégées.
Des échéances importantes nous attendent encore au niveau de lOMC, mais également au niveau des transactions commerciales entre lUnion européenne et le Canada, ou entre lUnion européenne et les Etats-Unis.
Je veillerai à ce que notre agriculture et notre élevage soient pleinement pris en compte dans ces négociations et non pas comme une variable dajustement.
Jai fait en sorte que la culture puisse être reconnue comme une exception dans la négociation avec les Etats-Unis. Je ferai également tout pour que lagriculture puisse être préservée dans la négociation avec les Etats-Unis, car nos produits ne peuvent pas être abandonnés aux seules règles du marché.
Sil y a encore des libéraux dans cette salle, cest possible, je veux les saluer. Que nous enseigne cette période des cinq dernières années où il ny a plus eu de régulation sur les marchés ? Forte volatilité des prix, inquiétude par rapport à lavenir, incapacité de pouvoir faire les investissements.
Nous avons donc besoin de plus de stabilité, de plus de solidarité et même davoir à nouveau des règles sur lorganisation des marchés, ce que nous avons pu obtenir pour le secteur viticole. Cest aussi pourquoi la France a défendu le relèvement de la part des aides couplées à la production des exploitations et le renforcement du deuxième pilier. Parce que, pour nous, les aides doivent aller à lactivité, à la production. Cest aussi la dignité et la reconnaissance du travail agricole.
Ces avancées sont issues de la négociation de la PAC. Je veux maintenant donner mes priorités.
Première priorité, ce sera de soutenir lélevage. Pour la première fois depuis 2003, dix ans, il est possible daugmenter la part des aides couplées à la production. Cette liberté qui nous est donnée, nous lutiliserons complètement.
Le budget des aides animales actuellement couplées sera non seulement maintenu, quil sagisse de la prime à la vache allaitante, de la prime bovine, de la prime caprine, de laide au lait de montagne ou celle au veau sous la mère. Mais les modalités de répartition seront modifiées afin de sortir de la logique des droits historiques au profit des volumes effectivement produits. Cest cela le couplage.
Une prime à la vache laitière et une aide à lengraissement seront introduites pour encourager la valorisation des produits sur les territoires. Pour conforter les abattoirs, les coopératives et les industries.
De même, pour réduire notre dépendance aux importations des protéines végétales, le gouvernement va mettre en place des aides destinées à encourager la production nationale et ainsi améliorer lautonomie fourragère qui est un objectif stratégique pour la France.
La seconde priorité, cest daccompagner les agriculteurs, et notamment les éleveurs, dans les territoires fragiles. Lindemnité compensatoire des handicaps naturels fera lobjet dune première revalorisation en 2014 à hauteur de 15% dans toutes les zones, quil sagisse de la montagne, du Piémont ou des zones défavorisées.
La prime herbagère, agroenvironnementale, rien que le nom, cest compliqué ! Cette prime sera donc purement et simplement fusionnée avec lindemnité compensatoire de handicap naturel. Ce transfert interviendra au moment du renouvellement des contrats à loccasion de la nouvelle programmation du fonds européens agricole de développement rural, cest-à-dire en 2015.
Le plafond de lindemnité compensatoire sera par ailleurs relevé à 75 hectares et le bénéfice de laide sera étendu aux producteurs laitiers en zone défavorisée ou de Piémont. Les éleveurs à lherbe, qui ne se situent pas sur ces territoires, verront néanmoins une mesure agroenvironnementale adaptée à leur système de production.
Je sais que vous êtes attachés au caractère national de cette politique et que vous avez pu craindre, à un moment, quelle puisse être régionalisée. Je confirme ici que le financement restera de la seule responsabilité de lEtat.
Au total, cette réforme bénéficiera à 85 000 agriculteurs. Lindemnité compensatoire pour handicap naturel sera revalorisée de 300 millions deuros par an pour atteindre un budget annuel, à la fin de la période, supérieur à 1,100 milliard.
Voilà ce que nous devions aux éleveurs français.
Je veux souligner que 40 ans après la création de lindemnité spéciale montagne, il sagit de la plus forte augmentation jamais réalisée.
Ma troisième priorité, cest daccompagner la modernisation des entreprises agricoles. Cest de préparer la France agricole des dix prochaines années. Lavenir, ce sont dabord les jeunes agriculteurs. 6 000 jeunes bénéficient de ce que lon appelle la politique dinstallation. Nous devons aller au-delà. Je propose donc un nouveau dispositif de soutien. 1% du montant total des aides directes sera alloué spécifiquement aux jeunes agriculteurs. Soit 100 millions deuros de plus chaque année au travers du premier et du deuxième piliers.
Lavenir, ce sont aussi les moyens de se protéger contre les aléas climatiques, sanitaires, environnementaux, économiques. Dans ces conditions, les instruments de prévention et de gestion des risques seront améliorés. Cela nous permettra dailleurs danticiper sur les évolutions de la politique agricole commune et les crédits seront pris sur le premier pilier.
Jai conscience que nous devons continuer à moderniser les exploitations. Je vois bien les enjeux, les mises aux normes, lamélioration des conditions de travail, la fin des quotas laitiers, la concurrence exacerbée par rapport à nos voisins européens, notamment ceux qui nont pas le SMIC ou qui ont des conditions de distorsion tout à fait inacceptables et qui ne sont pas parmi les pays les plus pauvres de lUnion européenne.
Ainsi sera mis en place un nouveau plan pour la compétitivité et ladaptation des exploitations. Ce plan concernera dabord les bâtiments délevage. Il sera doté dun fonds de modernisation. LEtat lalimentera. Jen prends ici lengagement avec lEurope. Pas à la place de lEurope, pas lEurope à la place de lEtat. Non, lEtat plus lEurope.
Je demande aux régions, aux collectivités locales de sy associer. Nous pourrons mobiliser 200 millions deuros par an, pour lélevage, soit le double de lenveloppe actuelle. Soutenir les bâtiments, cest soutenir lélevage français. Cest permettre encore lamélioration des conditions de travail et la compétitivité. Les filières professionnelles seront les bienvenues pour abonder également ce fonds.
Nous devons aussi favoriser la transition écologique. Les mesures environnementales seront donc amplifiées et les crédits inscrits dans la prochaine programmation seront doublés. Le programme « ambition bio » élaboré par le ministre de lAgriculture prévoira de doubler les financements pour doubler les surfaces.
Cessons dopposer le bio et le reste de lagriculture. Nous avons besoin de toutes les agricultures et le bio est aussi un atout pour la France.
Enfin, mon dernier objectif, cest de mieux répartir les aides. Je sais que ce sujet fait débat, depuis des années. Quil peut même faire lobjet de controverses. Je veux laborder avec franchise. Franchise, cela veut dire quoi ? Cela veut dire quaujourdhui les aides découplées, il y a des aides sans lien avec la production, qui assurent lessentiel du soutien du revenu des exploitants, qui représentent 70% du budget agricole européen.
Dans un souci déquité, les producteurs, entre les producteurs de tous les Etats-membres, la Commission européenne a proposé un alignement des montants daides par hectare sur une valeur unique applicable à tous. Cela, cest le jargon européen. Il faut comprendre.
Il y a lidée de la convergence. On ne peut que souscrire à cette volonté daccorder à tous les agriculteurs de lEurope un soutien basé sur les mêmes conditions. Cette idée, je le disais, de convergence à léchelle de lEurope, ne peut être comprise que sil y a une harmonisation sociale et une harmonisation fiscale dans lEurope. Nous devons en terminer avec les distorsions. Cela nous permettra dagir justement pour introduire un salaire minimum partout dans lagriculture et davoir les mêmes règles sanitaires.
Sil y a un objectif de convergence à léchelle de lEurope, nous devons aussi avoir un objectif de convergence au niveau national. Qui peut encore justifier, je le disais, le maintien dun système qui part de références historiques qui datent dil y a plus de 20 ans. La franchise, cest donc de dire que nous devrons changer de critères. Mais nous devrons aussi prendre le temps nécessaire pour ne pas bouleverser lemploi, pour ne pas mettre en cause léquilibre de certaines exploitations.
Je pense notamment aux filières laitières du Grand Ouest, aux productions à très forte valeur ajoutée du Sud-Ouest ou dAlsace.
Jai décidé dengager la convergence. La convergence sera progressive à partir de 2015. Elle atteindra 70% à la fin de la période.
Dans le même esprit, le verdissement de nos dispositifs sera appliqué mais il ne sera pas appliqué de manière forfaitaire. Il sera appliqué de manière individuelle et proportionnelle à laide de base.
Enfin, pour sécuriser le système, les pertes liées à la mise en place de la convergence seront plafonnées à 30% du montant des aides.
Est-ce que cela suffit ? Non. Je choisis donc de surdoter les 52 premiers hectares de lexploitation. Je connais le débat depuis des années et nous devons respecter la diversité des points de vue.
Je rappellerai lobjectif initial de cette mesure. Cette mesure, cest pour soutenir lactivité et lemploi dans les exploitations. Cette mesure sera particulièrement précieuse pour lélevage. Mais il sagit dune approche économique, pas sociale. Ce nest pas un soutien pour ceux qui nauraient pas la taille.
Cest un soutien par rapport à un certain type dexploitations particulièrement utiles pour notre pays et qui peut être dun haut niveau de compétitivité. Ce nest pas strictement une mesure sociale, une redistribution. Cest aussi un choix économique parce que dans les productions animales, la recherche de la compétitivité par lagrandissement est moins facile à mettre en uvre que dans dautres productions, notamment végétales. Chacun laura bien compris.
Ainsi, en revalorisant laide sur les premiers hectares, nous favorisons le maintien dun plus grand nombre de chefs dexploitation sur le territoire et nous consolidons le tissu économique dans notre pays. Cette majoration permettra aussi datténuer les effets de convergence pour certaines exploitations, notamment celles qui sont spécialisées dans le lait ou dans lengraissement.
Jai souhaité une démarche graduelle. Lobjectif, cest 20% à lhorizon 2018 avec une évaluation à mi-parcours.
Je connais aussi la situation qui prévaut actuellement pour les groupements agricoles dexploitation en commun (GAEC), qui bénéficient depuis toujours de la transparence des aides. Cela sappliquera dans les mêmes conditions pour la sur-dotation. Les chefs dexploitation qui sont, ils en ont bien le droit, sous dautres formes sociétaires, auront à tout moment la possibilité dopter pour le GAEC et dobtenir le même avantage de la sur-dotation pour quil ny ait pas de distorsion. Cest le GAEC qui restera la forme permettant davoir la sur-dotation.
Voilà Mesdames et Messieurs, je métais engagé à mettre en uvre une politique agricole commune réformée. Elle lest. Plus juste. Elle lest. Plus favorable à lemploi. Elle lest. Et surtout plus favorable à lélevage. Toutes les mesures que je viens dannoncer permettront dencourager les éleveurs.
Jai fait mon calcul. Cela représentera près dun milliard deuros chaque année qui sera réorienté vers lobjectif avec des effets significatifs pour les revenus de nos éleveurs. Pour un éleveur du Massif Central, à termes, cela représentera une augmentation de 30% en moyenne en fin de période. Cela ne suffira pas pour beaucoup. Mais quand même. Etre capable de pouvoir enfin répartir différemment les aides, daugmenter sûrement le revenu des éleveurs, cest un choix que jassume et qui aura de grandes conséquences pour nos territoires.
Je sais quil y a des différences dapproche. Certains qui auraient voulu que lon aille plus vite. Dautres qui auraient voulu que lon aille plus lentement. Dautres sûrement que lon naille nulle part. On a décidé daller au bon rythme vers le soutien à lélevage, vers une meilleure répartition des aides et vers la modernisation des exploitations. Il ne sagit pas simplement dun rattrapage. Ce que nous engageons, cest une reconnaissance de la politique de lélevage dans lagriculture française. Elle va se poursuivre.
Le ministre veillera à la mise en uvre de ces mesures avec la profession en évaluant régulièrement ses conséquences et en préparant, dans le même esprit, la loi dorientation agricole.
La loi davenir pour lagriculture aura comme critère principal lactivité. Toujours lactivité et pas que que la surface. Elle visera à faciliter linstallation, à privilégier lemploi, à diversifier les productions, à moderniser les exploitations, à valoriser la qualité et à réussir la transition énergétique.
Mesdames et Messieurs, lagriculture, cest une richesse pour la France. Pour sa sécurité alimentaire, pour sa croissance économique, pour le redressement productif, pour lharmonie des territoires, pour limage de notre pays dans le monde. Et enfin pour notre commerce extérieur. Vous le rappeliez Monsieur le Président, plus de 10 milliards dexcédent commercial. Nous navons pas beaucoup de filières qui donnent ce résultat.
Comme je suis conscient que lagriculture, cest une richesse pour la France, lEtat doit jouer son rôle, prendre ses responsabilités. Cest ce que nous faisons en mettant en uvre une nouvelle politique agricole commune et une nouvelle politique qui puisse être plus adaptée encore à nos territoires et à nos acteurs économiques.
LEtat nentend pas se substituer aux professionnels, aux filières, aux responsables économiques, cest-à-dire vous. Cest vous qui mettrez en uvre cette politique.
Jai évoqué la France dans dix ans. Savoir ce que va être notre pays dans une décennie. Certains sen inquiètent. Il y a toujours des frileux qui pensent que cela va être plus difficile encore demain, qui pensent que hier cétait mieux quaujourdhui, qui ont la nostalgie et qui pensent que la France est condamnée au déclin. Je ne le crois pas. Je ne le veux pas.
La France, dans dix ans, doit être plus forte, plus solidaire, plus harmonieuse. La France, pour être grande Nation dans dix ans, doit être capable de prendre sa part dans la compétition mondiale. Capable dassurer aussi un modèle social et environnemental qui fait notre exception. La France a besoin dune agriculture. Elle a besoin de paysans. Elle a besoin déleveurs. Cest parce que je crois que la France a besoin de son agriculture quaujourdhui, jai fait des choix pour que lélevage soit la priorité de notre politique agricole.
Merci.

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