Publié le 30 septembre 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de défense de la France, à Paris le 30 septembre 2013.

30 septembre 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de défense de la France, à Paris le 30 septembre 2013.

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Messieurs les ministres,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs les membres des Conseils de la fonction militaire,
Je vous reçois donc aujourdhui. Jen avais pris lengagement, cétait le 13 juillet et javais dit combien jattachais du prix à cette concertation et combien je souhaitais vous accueillir, ici, pour que nous puissions échanger sur les conditions de votre métier et sur lavenir de linstitution militaire.
A travers vous, cest lensemble des forces armées et de sécurité que jaccueille. Et depuis que je suis rentré en fonction, cela va faire maintenant 16 mois, jai pu apprécier, en diverses occasions, lexcellence de nos armées, notamment en opérations.
Il y a quelques jours, jétais avec le ministre de la Défense, le ministre des Anciens combattants, à Bamako, au Mali, lors de linvestiture du nouveau Président. Je me suis rendu avec le chef dEtat-major des armées, mon chef dEtat-major particulier, auprès de nos forces qui étaient alors rassemblées et à qui jai rendu hommage car lopération Serval a été réussie du début jusquà la fin.
Le début, cest lorsquil faut faire lintervention, permettre quelle puisse avoir la plus grande efficacité. Elle a donc été savamment et scrupuleusement préparée. Ce fut le cas jusquà la fin, cest-à-dire lorganisation de lélection présidentielle cest fait et des législatives bientôt. Parce que lopération Serval et les composantes qui sy ajoutent font que nous pouvons assurer aux Maliens la transition vers la démocratie.
Je sais ce qua été le sacrifice de nos soldats. Sept dentre eux sont morts. Dautres ont été blessés. Je pense à leurs familles, je pense à leurs camarades qui ont vécu des conditions effroyables, cest-à-dire des températures que nous ne pouvons pas connaître 50°C et des conditions de combat particulièrement éprouvantes. Ils ont fait face. Ils ont vaincu lennemi, chassé les terroristes, même si nous pouvons les voir revenir. Cest pourquoi nous devons assurer une certaine permanence. Ils ont redonné au Mali lintégrité de son territoire.
Mais ces forces-là ont fait encore davantage. Elles permettent à la France dêtre non seulement respectée mais félicitée dans toute lAfrique. Non pas simplement parce que nous aurions porté une aide à un régime mais parce que nous avons pu ainsi démontrer que les Africains, avec la France et en bonne place avec les Européens, peuvent vaincre le terrorisme. Le terrorisme est hélas bien installé en Afrique, en Libye et aussi au Nigeria et peut-être, demain, en Centrafrique si nous ny prenons garde. Les forces françaises sont donc aussi là, dans nos opérations extérieures. Jai pu, là-aussi, en voir tout le professionnalisme.
Je métais rendu également, cétait au tout début de mon mandat, en Afghanistan. Je me souviens de ce moment où javais informé que nous allions nous retirer pour la fin de lannée 2012, avant même que nous nen ayons apparemment terminé. Cette question pouvait être posée : pourquoi se retirer aussi vite ? Est-ce quil ny avait pas des risques à prendre ? Je considérais que, à ce moment-là, nous avions rempli la mission et que nous pouvions donc amorcer le retrait plus tôt quil navait été prévu. Là-encore, je veux saluer la technicité. Nous avons pu faire ce retrait sans perte humaine alors même que cétait dans des conditions très risquées. Ramener le matériel, le réacheminer vers la France Nous avons gardé un contingent à lhôpital, un autre à laéroport. Et là-aussi, nous avons été respectueux de nos alliés, respectueux de lAfghanistan et nous avons pu atteindre la mission. Dois-je continuer sur tout ce que vous faites en opération ?
Je pense aussi au plan Vigipirate car il nous a fallu mettre, de nouveau, un cran de plus pour assurer la sécurité de nos concitoyens dans un moment où il y avait et où il y a encore des risques. Je sais aussi ce que représentent des missions dont on parle peu qui sont pourtant très délicates. La mission Harpie de lutte contre lorpaillage illégal en Guyane. Là-aussi, peu de temps après mon entrée en fonction, deux gendarmes, deux militaires ont été tués. Je pense aussi à leur famille. Et nous devons pourtant être là pour éviter ce banditisme, cette violence dans un département doutre-mer, la Guyane.
Je pense aussi à tout ce qui se fait et qui nest pas forcément visible, cest-à-dire la permanence de nos hélicoptères armés, de nos avions pour protéger notre espace aérien : nos 37 bâtiments en permanence en mer £ nos sous-marins qui nous permettent davoir une dissuasion qui donne à la France un statut particulier dans le monde £ et, bien sûr, toutes les unités de gendarmerie sous lautorité du ministre de lIntérieur pour assurer là-aussi la quiétude, la tranquillité de nos concitoyens. Quand nous voyons un certain nombre de délits augmenter en zone gendarmerie, nous savons bien que la délinquance a pris un autre tour et que les gendarmes font face, aussi, à ces bandes ou à ces éléments venus souvent, pas toujours, de létranger.
Voilà ce que je voulais vous signifier. Notre reconnaissance pour laction qui est menée.
Vous les militaires, vous faites un métier singulier. Chaque profession peut se dire cela. Moi aussi, je me dis que cest un métier singulier, au sens propre et au sens figuré. Mais, vous, votre métier est exceptionnel. Il ne peut pas être comparé à un autre parce que vous servez la France, sa sécurité, sa défense. Et vous devez donc avoir, de la part de la Nation, non pas simplement une reconnaissance morale ou verbale ce nest pas ce qui coûte le plus cher mais également une reconnaissance à travers le maintien de leffort de défense.
Le ministre Jean-Yves LE DRIAN a beaucoup fait pour que le budget puisse être préservé dans la loi de programmation militaire. Ma décision a été de le sanctuariser, comme lon dit, à plus de 31 milliards 400 millions chaque million compte pour que, à partir de 2016, il puisse même y avoir une légère augmentation. Je sais bien, quand je lis la presse, certains se disent : pourquoi navons-nous pas fait davantage ? Pourquoi navons-nous pas commandé plus davions, plus de frégates, plus de matériels ? Sans nous dire exactement avec quels moyens, mais dans le contexte budgétaire que chacun connaît je ne vais pas dire le contexte fiscal où on demande quand même beaucoup à nos concitoyens.
Faire que nous puissions maintenir le budget de la Défense à leuro près et même laugmenter à partir de 2016 même si ce qui va compter pour vous, ce sont les deux prochaines années cest quand même un choix qui mérite dêtre apprécié pour ce quil est, cest-à-dire une confiance. Pas simplement pour afficher un chiffre, pour dire : « regardez comme nous nous protégeons bien ». Nous sommes le seul pays dEurope à pouvoir assurer cette garantie. Si je me laissais aller, je me dirais peut-être que les pays européens devraient nous verser quelque chose pour leur propre sécurité. Je ne sais pas si je pourrai un jour mettre cette question sur la table, mais quand même !
Si nous sommes Européens et nous le sommes tous , si nous sommes conscients que lEurope doit de plus en plus jouer un rôle pour sa propre sécurité parce quelle aura à faire face, seule, à un certain nombre de défis ou de risques, cest vrai que la France prend plus que dautres sa part y compris par la force de dissuasion nucléaire et par la présence, la vôtre, partout dans le monde.
Alors, jai veillé aussi à ce que, une fois ce budget établi, une fois la loi de programmation présentée, nous puissions maîtriser la réorganisation des forces. Je connais la situation de nos armées depuis longtemps. Quand jétais parlementaire, jétais rapporteur du budget de la Défense à la Commission des finances. Javais succédé à M. LE DRIAN. Déjà, à cette époque, il y avait les réorganisations : « Armées 2000 » pour les plus anciens. Depuis 25 ans jai été élu en 1988 il y a toujours eu des réorganisations dans les armées. On dit toujours que cest la dernière. Celle-là nest pas la dernière, il y en aura dautres parce que cela fait partie de ladaptation des forces à la réalité.
Je sais ce que cela représente parce quil sagit de fermer un certain nombre de sites, de faire déménager, enfin cela vous y êtes habitués, de modifier un certain nombre dorganisations, de fusionner un certain nombre de régiments Tout cela est difficile à vivre et à accepter. Alors, les restructurations qui seront annoncées prochainement par le ministre seront limitées au minimum. Cela veut dire quil y en aura mais que nous veillerons à ce quil ny en ait pas trop.
La solidarité gouvernementale jouera son rôle. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que les ministères qui ne dépendent pas que du ministre de la Défense ou du ministre de lIntérieur auront à prendre leur part de ces restructurations pour quaucun militaire ne puisse connaître une situation difficile. Et justement, puisque nous sommes ensemble, je veux parler de la condition des militaires. Cest un élément essentiel du moral et de la qualité de lengagement.
La condition militaire, cest ce qui permet dabord une efficacité opérationnelle. Cest parce que lon est bien dans son métier que lon peut donner le meilleur de soi-même. Ensuite, la condition militaire, cest ce qui va permettre dattirer des jeunes car nous avons ce sujet devant nous. Comment faire quil y ait toujours des nouvelles générations qui viennent sengager et prendre leur place ? Or, si lon a une condition militaire détériorée, comment assurer lattractivité du métier ? La condition militaire, cest aussi dapporter à vos familles le confort desprit quelles méritent.
Pour cet ensemble de raisons, et je sais que cela na pas été facile, le ministre de la Défense a annoncé un plan damélioration de la situation du personnel militaire. Cétait lors de la dernière session du CSFM. En adoptant ce plan, lidée, cest que la vie du personnel militaire et des familles soit simplifiée et que la spécificité du métier, dont je parlais, soit pleinement reconnue par les responsables publics. Je sais que vous avez travaillé sur un certain nombre de textes et notamment, récemment, sur le projet de loi sur les retraites pour quil y ait toujours le maintien des dispositifs spécifiques à la communauté militaire.
Tous ceux qui disent quil faudrait que tout le monde soit dans le même régime doivent à un moment constater quil y a toujours des spécificités. Cela ne veut pas dire quil faut maintenir ce qui na pas de raison dêtre. Mais il y a un métier qui forcément entraîne des conditions pour la retraite. Vous avez dailleurs soulevé dans la préparation de ce texte un problème, une iniquité, qui figurait dans la loi de 2010 et qui faisait que les militaires, qui quittaient luniforme sans avoir atteint quinze ans de service, navaient pas droit à une pension militaire. Jannonce ici que pour tous les militaires qui sengageront, à compter du 1er janvier 2014, cette inégalité, cette injustice sera réparée. Désormais, les militaires seront alignés sur les autres agents publics et bénéficieront dune ouverture des pensions dès deux ans de présence.
Dans ces réformes, je sais que le rôle que vous jouez au sein du CFM et du CSFM est grand. Et je veux vous féliciter pour votre réactivité quand il y a un sujet £ votre expertise pour essayer den comprendre les raisons £ et votre persévérance pour faire aboutir un certain nombre de propositions je nose pas dire de revendications, mis cela revient souvent au même ! Les travaux du Livre blanc et de la loi de programmation militaire ont dailleurs pour partie été inspirés par les échanges.
Je pense aussi à ce qui pour moi est un mystère et qui sappelle le système Louvois. Je ne sais pas qui a pu inventer un tel mécanisme ! Dailleurs, celui qui la inventé, à mon avis, ne veut pas se révéler et je le comprends. Personne ne sait qui a autorisé cette affaire Il nempêche que cest inexplicable mais cela doit être réformable. Tous les efforts sont faits. Je le sais parce que le ministre LE DRIAN men parle régulièrement et je lui en parle assez souvent. Tous les efforts sont faits pour remédier à ce que lon appelle dans le jargon administratif un dysfonctionnement.
Il faudrait dailleurs écrire des livres sur le dysfonctionnement. Qui dysfonctionne et pourquoi ? Mais cest vous qui êtes touchés. Donc ce système doit être stabilisé et les soldes payées au jour prévu et avec la préoccupation déviter ce que lon appelle les indus et les remboursements, ce qui est encore plus préjudiciable.
Alors, depuis des décennies, vous faites vivre pas vous, mais votre institution ce que lon appelle la concertation au sein de la communauté militaire. Cette concertation est originale puisque vous navez pas lexercice du droit syndical. Il ne sagit pas ici de le proposer car sil y a un consensus, cest bien pour quil ny ait pas cette représentation qui est incompatible avec le statut militaire. En même temps, il doit y avoir un dialogue et il doit être responsable mais, en même temps, original. Il doit être réel, cest-à-dire quil doit y avoir de la franchise mais aussi du résultat pour que les informations circulent.
Ce quil y a de plus grave dans une organisation, cest quand linformation est retenue et quelle ne remonte pas ou, pire, quand elle ne descend pas. Et le rôle de vos institutions, cest de permettre quil y ait cet échange dinformations, parfois même de la donner aux autorités politiques responsables. Je sais aussi que vos chefs font tout ce quils peuvent pour, là-encore, parallèlement, informer les décideurs. Obéir, ce qui est votre devoir, ne soppose en rien à linstauration dun dialogue. Cest même la condition de la confiance dans lautorité. Le dialogue est fait dinformation, dadhésion, découte, de respect, de crédibilité, mais aussi de légitimité.
Le Conseil supérieur de la fonction militaire est une instance de premier plan du ministère de la Défense. Il rassemble aujourdhui lensemble des CFM des quatre armées et des services du ministère. Ces structures doivent avoir la plus grande légitimité. Cela tient à leur mode de désignation et à la disponibilité de ceux qui en ont la charge. Et je suis conscient quil y a encore des efforts à faire dans ce sens. Le Haut comité dévaluation de la condition militaire complète utilement nos informations et jai pris lengagement, autant quil sera possible, de traduire ses conclusions dans les meilleurs délais.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire devant vos chefs et aussi devant les ministres. La chaîne de la concertation et la chaîne du commandement ne peuvent fonctionner lune sans lautre. Et cest pourquoi jai demandé quune réflexion soit lancée pour faire évoluer encore le dialogue social dans les armées, dans la gendarmerie comme dans les services. Bien sûr, cette évolution du dialogue se tiendra dans le cadre de votre statut et des obligations propres à votre métier. Et chaque fois que lon peut enrichir la concertation et le dialogue, cest bon pour larmée et donc bon pour la Nation. Je souhaite que des propositions me soient formulées pour la 90me session du CSFM.
Je connais votre professionnalisme, votre rigueur mais aussi votre ouverture desprit, votre attachement aux traditions. Larmée sait les perpétuer. Mais aussi je fais confiance à votre capacité dimaginer et de changer parce quil faut aussi innover. Vous portez une belle ambition, celle de servir la France et en tant que chef des Armées, je suis responsable de cette ambition, de sa réalisation et de son accomplissement.
Merci à tous.

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