3 septembre 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-allemandes, à Paris le 3 septembre 2013.

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Monsieur le Président de la République fédérale dAllemagne,
Madame,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de lAssemblée nationale,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs qui représentez la richesse de lamitié entre la France et lAllemagne,
Cest un moment rare, Monsieur le Président, que de recevoir le chef de lEtat dun pays ami, lAllemagne, à loccasion dune visite dEtat.
Cest la cinquième fois seulement, depuis 1947, et cest la première depuis 1996 - 17 ans. Il sagissait alors du Président HERZOG et vous faisiez partie de la délégation, peut-être pour repérer les lieux.
Vous allez séjourner trois jours et trois nuits dans notre pays. Votre déplacement sinscrit dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire du Traité de lElysée. Nous avons célébré, vous et moi, avec les chefs de gouvernement respectifs, Jean-Marc AYRAULT pour la France, Angela MERKEL cétait à Berlin cet acte fondamental qui avait été posé par Konrad ADENAUER et Charles DE GAULLE.
Cétait le choix de deux pays, de deux hommes, et il était dune audace exceptionnelle, vingt ans après le déchirement, vingt ans après la barbarie, vingt ans après la division. Ces deux hommes ont permis que le passé ne hante plus lavenir.
Aujourdhui, la France accueille le Président dun grand pays, qui a réussi son unité sans remettre en cause son engagement européen et qui assume les responsabilités politiques que ses résultats économiques justifient.
Mais la France reçoit avec vous, Monsieur GAUCK, un démocrate exigent. Vous lavez montré dans votre vie militante à lEst dans les années sombres. Mais vous lavez aussi démontré après la réunification lorsque vous avez exercé la lourde charge de gérer les archives de la Stasi pour faire la lumière sur les responsabilités.
Vous avez la conviction que la reconnaissance de la liberté individuelle est la source de la dignité de lhomme. Vous avez cette expression : « on a toujours le choix ». Cest ce que vous disiez encore en vous inclinant devant la mémoire des conjurés du 20 juillet 1944.
Oui, on a toujours le choix dêtre de ce côté-ci ou de ce côté-là. Toujours le choix de se taire ou de parler. Le choix de loubli ou de la mémoire, le choix de la rancune ou du pardon, le choix dagir ou de laisser faire.
Cest encore le cas aujourdhui devant les tragédies. Nous avons le choix et je pense à la Syrie.
Demain, Monsieur le Président, vous irez déposer une couronne sur la tombe du soldat inconnu sous lArc de Triomphe, en hommage à toutes les victimes de la première guerre mondiale : deux millions dAllemands, plus dun million et demi de Français, ayant laissé la vie.
Puis, nous nous rendrons à Oradour-sur-Glane. Ce sera la première fois quun chef dEtat allemand, et même quune haute personnalité allemande, participera à lévocation de ce massacre.
Ce sera un moment douloureux qui neffacera rien car le souvenir doit être transmis, toujours, et à toutes les générations pour que ce souvenir devienne lhistoire. Ce sera le symbole que seule la vérité réconcilie et que cette vérité doit être prononcée, affirmée, reconnue, enseignée. Le devoir de mémoire, loin daffaiblir notre amitié va encore la renforcer. Cest le sens de votre geste dans ce lieu où la désolation et le malheur ont été figés pour léternité.
Cest lamitié entre lAllemagne et la France, au-delà de ces malheurs, qui a permis de construire lEurope, de bâtir cet espace de paix, de droit et de liberté qui est un exemple pour le monde, qui doit rester une référence pour le monde.
Cette construction européenne, nous en connaissons les étapes. Choix de mettre en commun nos ressources du charbon, de lacier, puis de faire le marché commun, de réussir la libre circulation des personnes, daccomplir les élargissements qui ont unifié le continent tandis que la démocratie sy ancrait. Et enfin, la monnaie unique.
Dautres rendez-vous nous attendent car nous devons aussi réussir la convergence de nos économies, définir des règles fiscales, sociales, et porter une politique étrangère commune. Nous en avons besoin, surtout en cette période.
Lhistoire de lEurope, cest bien celle dune construction, cest-à-dire avec ce que cela suppose dimagination, dobstination et de persévérance. Dans ce mouvement, nos deux pays, France et Allemagne, ont une responsabilité particulière. Celle de donner un avenir à notre jeunesse.
Nous avons fêté il y a deux mois, les 50 ans de lOffice franco-allemand pour la jeunesse. 8 millions de jeunes qui ne sont plus aujourdhui très jeunes, ont bénéficié depuis la création de cet Office de son soutien. De nouvelles initiatives doivent être lancées pour améliorer la formation des jeunes, pour multiplier les échanges et pour lutter contre le chômage.
Notre responsabilité, cest aussi de retrouver la croissance, de relever les défis technologiques, de réussir la transition énergétique. Mais notre responsabilité, cest surtout de donner un destin à lEurope.
Monsieur le Président, lamitié entre la France et lAllemagne atteste quil ny a pas de fatalité. Que des pays qui se sont fait autant la guerre peuvent, depuis maintenant si longtemps se faire la paix, créer ensemble. Car rien nest irréversible. Tout est à la portée de la volonté humaine. Et lavenir dépend des responsables du présent.
LAllemagne est en campagne électorale, je ne vous apprends rien, je vous assure de ma volonté de travailler dans le meilleur esprit avec les dirigeants que les citoyens allemands choisiront. Car je suis conscient de lampleur de la tâche qui nous attend.
Cest à cette volonté de poursuivre lidéal européen et de rappeler la force de la relation qui nous unit que je veux à cet instant lever mon verre, à lAllemagne, à la France et à lamitié entre nos deux pays.

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