Publié le 27 août 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la politique étrangère de la France, à Paris le 27 août 2013.

27 août 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la politique étrangère de la France, à Paris le 27 août 2013.

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Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de lAssemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Au moment où je mexprime devant vous, le monde est saisi deffroi après la révélation de lutilisation darmes chimiques en Syrie.
Tout porte à croire que cest le régime qui a commis cet acte abjecte. Il le condamne définitivement aux yeux du monde. Car cest une ignominie que de recourir à des armes que la Communauté des nations a banni depuis 90 ans dans toutes ses conventions internationales.
Dois-je rappeler que ce conflit a fait déjà plus de 100 000 morts. Et quil se propage désormais à lensemble de la région. Au Liban par des attentats. En Jordanie et en Turquie par lafflux des réfugiés. En Irak par le déchaînement de violences meurtrières. Cette guerre civile menace aujourdhui la paix du monde.
Depuis un an, la France a agi. Elle fût à linitiative de la Conférence des Amis du Peuple Syrien qui sest réunie à Paris en juillet 2012. Elle fut la première à reconnaître en septembre dernier la coalition nationale comme représentante légitime du peuple syrien. Très vite, elle a prodigué à lopposition les aides humanitaires et matérielles pour mener son combat.
Aujourdhui, notre responsabilité cest de rechercher la riposte la plus appropriée aux exactions du régime syrien, une fois achevée lessentiel de la mission denquête des Nations-Unies.
Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse. La communauté internationale ne peut rester sans réagir face à lusage darmes chimiques. La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision effroyable de gazer des innocents.
Ces derniers jours, jai multiplié les consultations avec nos alliés, notamment américains et européens, comme avec nos partenaires arabes, pour envisager toutes les options. Demain, je réunirai un Conseil de défense et le Parlement sera informé de la situation dans les meilleurs délais.
Par ailleurs, jai décidé daccroître notre soutien militaire à la Coalition Nationale Syrienne, dans le respect de nos engagements européens.
Ce nest quavec cette fermeté quune solution politique pourra un jour prévaloir en Syrie.
La responsabilité de la France, tel est le sens et lhonneur de la politique étrangère que je conduis avec Laurent FABIUS depuis mon élection.
Elle se fonde sur trois grands principes :
- lindépendance, qui nous conduit à chaque instant à décider en plein souveraineté, tout en étant fidèle à nos alliances, à la solidarité européenne et à nos accords bilatéraux. Cest cette liberté qui rend la France utile au monde et à la paix.
- le respect du droit international.
Cest la meilleure garantie pour respecter les frontières, pour régler les différends et pour faire prévaloir la sécurité collective.
Mais le droit international doit évoluer avec son temps. Il ne peut être un prétexte pour laisser se perpétrer des massacres de masse. Cest pourquoi je reconnais le principe de « la responsabilité de protéger », les populations civiles que lAssemblée générale des Nations Unies a voté en 2005.
- enfin, lexigence du dialogue car la France veut être un pont entre les continents et éviter ce que certains ont appelé le choc des civilisations. Elle se veut une « puissance repère », cest-à-dire une nation, qui sexprime au-delà de ses seuls intérêts.
Ces principes, pour être effectifs, sappuient sur des moyens daction. Dabord sa diplomatie mais aussi ses capacités militaires qui lui confèrent un rôle particulier, que son statut de membre permanent du Conseil de sécurité vient encore renforcer.
La France doit donc sassurer que son outil de défense reste fiable. Cest ce que garantira la prochaine loi de programmation militaire, inspirée des travaux du Livre blanc sur la défense. Elle maintiendra pour les cinq ans qui viennent les crédits du budget de la Défense y compris dans cette période si difficile pour nos finances publiques. Mais cest la condition indispensable pour préserver notre crédibilité et pour décider dune intervention chaque fois que notre pays lestime nécessaire, dans le cadre du droit international.
Ce fut le cas au Mali le 11 janvier. Non pour se substituer aux Africains, mais pour agir avec eux
Sept soldats français sont morts dans lopération Serval, des dizaines dautres ont été blessés. Je veux rendre hommage à leur sacrifice et plus largement à nos forces qui ont permis de libérer le territoire malien et dorganiser la tenue dune élection présidentielle dont je salue le déroulement. Elle a donné une légitimité forte à son nouveau Président, Ibrahim Boubacar KEITA.
En huit mois, de janvier à juillet, nous aurons ainsi réussi à écarter les terroristes, sécuriser le Mali et engager la transition politique. Rarement une opération, ces dernières années, aura pu atteindre ses buts dans un si bref délai.
La France va désormais réduire sa présence militaire mais elle continuera daccompagner le Mali dans les défis qui lattendent : restaurer lEtat, améliorer la gouvernance, assurer la sécurité, mener à bien le développement. Et faire preuve dune vigilance extrême.
Car les groupes violents, les terroristes comme les trafiquants cherchent à sinstaller là où les Etats narrivent plus contrôler leur territoire, et là où la coopération régionale ne fonctionne pas.
On le voit en République démocratique du Congo où se multiplient les atrocités dont les femmes et les enfants sont les premières victimes. Cest pourquoi nous avons obtenu des Nations Unies, la mise en place dune brigade dintervention dans les Kivus. Et il revient aujourdhui à la Monusco de sopposer à Goma aux groupes armés qui déstabilisent la région.
De même, il est plus que temps agir en Centrafrique. Ce pays est au bord de la « somalisation ». Jai rencontré les ONG qui y travaillent. Elles font un travail admirable. Le bilan est accablant. 60 000 enfants risquent de mourir de malnutrition. Un million et demi dhabitants sur 5 millions sont déplacés
Jappelle lUnion Africaine et le Conseil de sécurité à se saisir de cette situation. La France les y aidera.
Mais je le rappelle ici, cest avant tout aux Africains dassurer leur sécurité.
Cest le sens du Sommet de lElysée qui se tiendra en décembre, huit mois après que lUnion Africaine ait décidé de créer une capacité de réponse aux crises, et six mois après la réunion sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée qui a engagé des actions contre la piraterie.
LEurope sera représentée au Sommet de Paris. Car cest ensemble que nous devons répondre aux demandes des pays africains en matière de formation, dencadrement et déquipements de leurs armées. Car ce continent est plein davenir. Il doit pouvoir par lui-même maîtriser son destin. La France sera à ses côtés. Sans rien chercher pour elle-même.
La responsabilité de la France, cest aussi daccompagner les pays arabes dans leurs difficiles transitions.
Jai rappelé à Tunis quaucune religion nétait incompatible avec lexercice de la démocratie et que lIslam pouvait en apporter une nouvelle preuve dès lors que les libertés individuelles, légalité entre les femmes et les hommes et le pluralisme étaient respectés.
La France est donc solidaire du peuple tunisien pour lui permettre de retrouver la parole à travers lorganisation rapide délections aussi incontestables que celles de 2011.
Raison de plus pour dénoncer les auteurs des violences qui frappent en Tunisie des militants politiques et qui mettent sciemment en péril le processus démocratique.
Cest au nom de ces mêmes valeurs que nous appelons les autorités égyptiennes à rétablir au plus vite la paix civile et à aller vers de nouvelles élections avec lensemble des parties prenantes de la société. La France est disponible pour contribuer avec dautres à une médiation. Elle fait cette proposition sans intention dingérence, mais dans le seul souci dêtre efficace.
Je souhaite élargir mon propos en offrant de nouvelles perspectives de coopération aux pays de la région. J'ai proposé à Malte au Sommet 5+5 que nous construisions ensemble une Méditerranée des projets. Nous ne pouvons en rester aux initiatives sans lendemain de ces dernières années. Jen appelle à de nouveaux partenariats moins ambitieux mais plus concrets.
Mais, jai bien conscience que rien de solide ne pourra se faire sans que le conflit Israélo-Palestinien nait été réglé.
La position de la France est constante. Les bases dune solution juste et durable sont connues. Elles reposent sur la coexistence de deux Etats, viables, qui se reconnaissent mutuellement de part et dautre de frontières sûres.
Jai soutenu ladmission de la Palestine aux Nations Unies comme Etat observateur non-membre. Mais aucun vote ne saurait remplacer des discussions directes.
Cest pourquoi je salue la reprise des pourparlers, encouragée avec obstination par ladministration américaine. Que personne ne sy trompe : cest lune des dernières occasions de conclure la paix.
Elle ne doit pas être gâchée. Avec ses partenaires européens, la France est prête à jouer tout son rôle auprès des Israéliens et des Palestiniens et en concertation avec ses partenaires arabes.
Cest ce que jirai dire en Israël et en Palestine cet automne.
Mais un autre dossier menace la paix dans cette région. Cest le programme nucléaire iranien dès lors quil a une finalité militaire. Jusquà présent les négociations ont échoué. Je veux croire que lélection du Président ROHANI pourra changer la donne.
Car lIran paie le prix des sanctions et de l'isolement. Et ce prix ira croissant si rien ne change.
Ce grand pays doit faire le choix de la transparence et du respect plein et entier de ses obligations internationales.
Alors jattends des gestes concrets, rapides, vérifiables et vérifiés.
Mais le temps presse. A mesure que lIran se donne les moyens de linacceptable, la menace grandit. Et le compte à rebours est dores et déjà enclenché. Doù lurgence dune négociation dans le cadre du EU3+ 3. Elle doit déboucher rapidement sur des avancées.
Ainsi, sur tous les enjeux, sur tous les conflits, sur toutes les crises, la France fait entendre sa voix. Non pour elle-même, pour son influence et ses intérêts, mais pour lidée quelle se fait de léquilibre du monde et de sa responsabilité.
Sa responsabilité cest aussi de tirer toutes les conséquences des changements planétaires.
Les nouvelles puissances se comptent désormais par dizaines. En vingt ans, la part des pays émergents dans le PIB mondial est passée de 36 à 50%. Les plus grands ont déjà atteint des niveaux technologiques comparables aux pays développés. Ils disposent de réserves de change considérables.
Dimmenses classes moyennes sy développent. On prévoit que les couches urbaines compteront plus de quatre milliards dindividus dans dix ans, dont la moitié en Asie. Cest un défi économique mais cest aussi une opportunité considérable pour nos entreprises, nos universitaires, nos créateurs.
Jai confiance dans la capacité de la France à affronter cette compétition.
Encore doit-elle prendre les bonnes décisions, adapter ses politiques, moderniser son économie. Ces réformes, je les ai engagées.
Lobjectif que jai fixé est de retrouver dici 2017 léquilibre de notre balance commerciale hors énergie.
Lensemble des outils de lEtat doivent être mobilisés. Nos ambassades, nos consulats, les services économiques à létranger, Ubifrance, la Coface, lAgence française pour les investissements internationaux : tous doivent travailler ensemble avec un seul objectif, soutenir nos entreprises dans la conquête de nouveaux marchés.
Les instruments de financement des exportations doivent également être améliorés : il nest pas acceptable que de grandes offres industrielles françaises soient pénalisées face à leurs concurrents faute de soutien financier. Le Gouvernement y travaille.
Les PME doivent être une des priorités de la diplomatie économique. Derrière chaque grand contrat gagné, les sous-traitants, les équipementiers, les fournisseurs français doivent eux-aussi accéder aux marchés. Je vous demande, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, dy veiller.
Parallèlement, notre territoire doit davantage attirer les investisseurs, les entrepreneurs, les chercheurs, les étudiants. Toutes les facilités seront accordées, y compris dans la délivrance des visas.
Le tourisme doit être érigé en grande cause nationale, ce qui suppose daméliorer laccueil dans les aéroports, de renforcer la sécurité, de relever le niveau des équipements comme celui des prestations. La France est déjà la première destination touristique du monde, elle a pour objectif de dégager le premier solde touristique de tous les pays européens.
Il ny a pas léconomie dun côté, le rayonnement de lautre. Tout participe à la présence de la France dans le monde :
Il en est ainsi de notre politique universitaire. La France accueille 48 000 chercheurs internationaux et 300 000 étudiants étrangers : nous devons faire davantage. Cest le rôle de Campus France, dont la mission est dorienter davantage détudiants prometteurs vers nos universités et nos grandes écoles.
Notre réseau culturel est aussi un levier pour affirmer la « marque France », promouvoir nos créateurs, nos architectes, faire de notre art de vivre une aspiration auprès des classes moyennes émergentes.
Une diplomatie active, cest aussi une diplomatie tournée vers les Français de létranger. Hélène CONWAY sy emploie. Le nombre de nos compatriotes vivant hors de nos frontières a doublé en 15 ans. Notre pays en compte plus de deux millions, qui participent à la vie économique, culturelle et sociale de leur pays de résidence. Faire une partie de son parcours professionnel dans un autre pays devient une expérience de plus en plus courante. Cest une évolution à laquelle notre diplomatie, doit sadapter. A la fois pour venir en soutien de nos concitoyens mais aussi pour valoriser leur présence.
Le rayonnement de la France, cest sa langue : Lespace francophone rassemble 15 % de la richesse mondiale. Cest un atout formidable. En Afrique qui comptera 600 millions de francophones en 2050. Mais aussi en Asie et en Amérique où notre langue est davantage utilisée. Et dans toutes les enceintes où se prennent les décisions car pour que le monde de demain se pense en français, encore faut-il quil le parle. Cest la mission que jai confiée à Yamina BENGUIGUI.
La France est une nation universelle. Elle a vocation à définir de véritables partenariats avec de grands pays.
Avec la Chine, je souhaite que le cinquantième anniversaire du rétablissement de nos relations diplomatiques soit loccasion de poursuivre notre coopération, en matière nucléaire civil et en matière énergétique, mais aussi de rééquilibrer nos échanges.
Le Premier ministre chinois mavait dit par politesse que la Chine navait pas vocation à être, vis-à-vis de la France, excédentaire.
Je lui ai répondu, avec la même courtoisie, que la France navait pas vocation non plus à être structurellement déficitaire à légard de la Chine. Nous avions surement un mouvement à faire pour nous retrouver, mais aussi pour accueillir davantage dinvestisseurs chinois en France.
Je ne voudrais pas ici créer de nouvelles peurs, mais quand nous avons la possibilité davoir des capitaux qui sinvestissent en France, y compris dans notre appareil industriel, je ne veux pas les repousser.
De la même manière que nous soutenons les investissements qui se font à létranger, partant de France, car cest un moyen daccéder à des marchés, de concourir des positions, nous devons admettre quil y ait des investissements industriels portés par les pays émergents en France. Il y a depuis de nombreuses années un écart très grand entre les investissements français à létranger et les investissements étrangers en France.
Même si la France est un des pays où il y a le plus dinvestissements de pays étrangers qui viennent sur notre territoire, apportant ainsi leurs capitaux.
Avec lInde, la plus grande démocratie du monde, je veux amplifier encore nos relations économiques, notre coopération de défense et nos échanges culturels.
Avec le Japon, la visite dEtat que jai effectuée au mois de juin dernier a été loccasion de renouer notre partenariat dexception avec la 3ème économie du monde qui a mis la croissance au cur de son agenda.
Avec le Brésil qui va accueillir des événements internationaux majeurs, la France a des affinités particulières. Jaurai loccasion den apporter témoignage en my rendant dici la fin de lannée.
Avec lAfrique du Sud, le dialogue étroit que nos deux pays entretiennent sur la sécurité du continent est particulièrement précieux puisquil permet den finir avec la coupure entre lAfrique anglophone et lAfrique francophone.
Enfin, je veux évoquer la Russie. Nous savons ce qui nous rapproche - lhistoire, léconomie, la culture mais aussi ce qui nous sépare, et cest cette franchise qui nous permet davancer.
Car jai le devoir dexprimer partout notre attachement au respect des droits de lHomme.
La France shonore à les défendre lorsquils sont bafoués. Et à rappeler lexigence de dignité, dégalité entre hommes et femmes, mais aussi de lutte contre lhomophobie qui prend des proportions inquiétantes.
La responsabilité de la France, cest de contribuer à mieux gouverner le monde.
Quels sont nos objectifs ?
Dabord poursuivre la lutte contre lévasion fiscale. Des progrès importants ont été obtenus au G8 sur léchange économique dinformations, la levée du secret bancaire et la lutte contre loptimisation fiscale agressive. Jattends du G20 de Saint-Pétersbourg, la semaine prochaine, quil prolonge toutes ces avancées.
Ensuite réduire les déséquilibres globaux. Les grandes économies doivent davantage coordonner leurs politiques dans les instances de gouvernance, au FMI, à la Banque mondiale, au G8, au G20. La croissance des uns ne peut plus se faire au détriment des autres. Dans le même esprit, il est essentiel que les monnaies reflètent l'état réel des économies.
Enfin, trouver un accord sur le climat.
Nous ne pouvons pas constater le réchauffement planétaire et rester sans réaction.
Ce sera lobjet de la Conférence de 2015 qui se tiendra en France. Puisque nous en avons proposé lorganisation.
Pour réussir, nous avons à concilier deux impératifs : laspiration au développement, a fortiori des pays les plus pauvres, et la nécessité de contenir le réchauffement climatique dans des limites soutenables.
Notre approche sappuiera donc sur les contributions volontaires des Etats, évaluées selon des critères fiables et transparents, et sur un accord global qui engagera tous les pays, selon les principes de « responsabilité commune mais différenciée ».
La France a vocation à montrer lexemple à travers sa propre transition énergétique et le respect de ses engagements européens. Dores et déjà, elle a engagé un travail de conviction.
Cest la mission, que jai confiée à Nicolas HULOT.
Jai confiance dans notre capacité à dépasser léchec de COPENHAGUE.
Le Président OBAMA sest engagé fortement sur la question du réchauffement et mes échanges avec les dirigeants chinois, indiens, brésiliens, comme avec les chefs dEtats africains, me confortent dans lidée quune voie de compromis est possible.
Cest également vrai pour assurer le financement du développement.
La France est le quatrième donateur mondial. Javais pris lengagement de rénover le cadre de cette politique qui représente plus de 9 milliards deuros par an. Cest lobjet du projet de loi sur notre politique de développement, porté par Pascal CANFIN.
Laction de la France sera concentrée sur les pays les plus pauvres et prévoira dassocier lensemble des acteurs du développement, notamment les collectivités locales, les ONG, les entreprises.
Jai également demandé de maintenir notre contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose à son niveau actuel.
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
La responsabilité de la France, cest de prendre linitiative en Europe.
Depuis un an, des progrès ont été accomplis :
Lintégrité de la zone euro a été préservée. La Grèce a été sauvée, non sans douleur.
Des mécanismes de stabilité et de solidarité ont été introduits. La BCE y a pris sa part.
Le Pacte budgétaire a été ratifié.
Lunion bancaire a été engagée.
La croissance a été remise au cur de lagenda.
Lemploi des jeunes est devenu notre priorité commune. La France accueillera dailleurs une deuxième Conférence européenne sur ce thème en novembre.
Ce sont autant davancées que peu imaginaient possible en un an.
Aujourdhui, lEurope sort de la récession. Tout ce qui peut relancer lactivité et créer des emplois doit être accéléré et amplifié. Nous ny parviendrons que par une réorientation de lEurope.
Mes propositions se déclinent en trois points : simplifier, avancer, clarifier
* Simplifier, avec une présidence stabilisée de lEurogroupe, avec la mise en place dun gouvernement économique de la zone Euro, et avec une harmonisation des règles fiscales et sociales, notamment le salaire minimum.
* Avancer. Cest donner du contenu au projet européen. Dans au moins trois domaines : dabord lénergie. Je plaide pour une communauté de lénergie qui assure linterconnexion des réseaux, la sécurité dapprovisionnement, la protection du climat. Ensuite, le numérique. Je souhaite que lEurope définisse dès octobre ses propres règles de protection des données privées et les technologies dont elle a besoin sur son sol. Enfin la défense. Je veux, à loccasion du Conseil européen de décembre, donner une impulsion à une industrie européenne, mettre en uvre des programmes structurels et progresser vers lEurope de la Défense.
* Clarifier. Il est temps de tirer les conclusions des rapports différents quentretiennent les pays membres par rapport à lUnion Européenne. Je respecte les choix de ceux qui veulent en rester là et même de ceux qui décideraient de se mettre de côté. Mais jentends surtout aller plus loin avec les pays qui sont décidés à aller de lavant. Cest notre projet dintégration solidaire dans une « Europe différenciée » Où les rythmes, les contenus et même les règles de décisions seraient distincts. Tout en gardant lunion de tous comme espace de liberté, de démocratie et de solidarité.
Sur tous ces sujets et donc sur cette initiative, la France entend agir en harmonie avec lAllemagne. Parce que nos deux pays sont indissociables. Quels que soient les Gouvernements, quelles que soient les majorités, nous avons lobligation de porter le futur de lEurope. La semaine prochaine, jaccueillerai le président de la République fédérale, M. GAUCK, en visite dEtat en France.
Il a voulu aller dans plusieurs lieux symboliques : à Paris bien sûr, où se tiendra lessentiel de la visite £ à Marseille, pour encourager cette grande ville et saluer aussi sa renaissance culturelle £ et enfin à Oradour-sur-Glane, pour porter le message, le seul qui vaille : ne rien oublier et être capable, en même temps, de construire lavenir ensemble.
Ce sera une nouvelle démonstration de ce quest la force de cette amitié. Cette amitié a la caractéristique de ne pas être repliée sur les deux pays qui en ont décidé ainsi, mais dêtre au service exclusif de lidée européenne.
Au lendemain des élections allemandes, je souhaite que la France et lAllemagne reprennent linitiative, comme nos deux pays ont été capables de le faire, à chaque étape de la construction européenne.
Pour toutes ces raisons, et je noublie pas le renouvellement du Parlement européen, lannée qui souvre sera décisive pour lavenir de lEurope.
Dois-je être presque schématique pour ne pas dire caricatural ? Ou lEurope est capable de se redessiner un projet, ou lentement mais sûrement elle connaîtra un processus de désintégration, de déclassement qui sera fatal, non pas simplement pour lEurope qui a constitué la grande aventure humaine de ces 70 dernières années , mais qui sera préjudiciable pour lensemble du monde, parce que lEurope est une référence, est un cadre, est même un exemple de coopération régionale.
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Vous portez le message de la France. Cest à la fois une charge et un honneur.
Jai pu constater, au cours de mes nombreux déplacements, la qualité de note outil diplomatique et de tous ceux qui y contribuent, civils et militaires. Laurent FABIUS souhaite, à juste raison, le faire évoluer. Il ne sagit pas de « changer pour changer », il sagit dêtre capable de relever les défis et les changements du monde.
La France doit être partout en mouvement, cest cela votre mission et cest aussi la nôtre.
- En mouvement pour chercher des solutions politiques aux tensions qui surgissent,
- En mouvement, pour accompagner les aspirations des peuples,
- pour soutenir les pays les plus pauvres,
- pour promouvoir les régulations indispensables,
- pour nouer des partenariats avec les pays émergents,
- enfin, en mouvement, pour exercer notre responsabilité.
Il est des moments où cette responsabilité est lourde : engager ou ne pas engager la France ? Agir ou ne pas agir ? Décider ou ne pas décider ? Intervenir ou laisser faire ? Cette question est posée au chef de lEtat à des moments particuliers dans lhistoire de notre pays. Une fois encore, cette question revient ou va revenir dans les prochains jours.
Agir ou ne pas agir ? Etre là ou laisser les autres ? La France a décidé dexercer, partout, sa responsabilité pour elle-même et pour léquilibre du monde.
Merci.

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