Publié le 19 août 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la France pour les dix prochaines années, à Paris le 19 août 2013.

19 août 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la France pour les dix prochaines années, à Paris le 19 août 2013.

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Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Cher(e)s ami(e)s,
Je vous retrouve pour ce séminaire. Il marque la rentrée du gouvernement.
Celle-ci est placée autour de trois grandes questions :
- La préparation du budget. Celui de lEtat comme de la Sécurité Sociale, avec les économies à conduire et les prélèvements à limiter £
- La réalité de la reprise économique avec ses conséquences sur linversion de la courbe du chômage £
- La sauvegarde de notre système de retraites par répartition. Cest le patrimoine de chaque Français.
Les réponses seront apportées par le Gouvernement dici la fin de ce mois.
Mais nous sommes réunis ce matin non seulement pour traiter limmédiat et lurgence, mais aussi pour dire ce que nous voulons faire de la France pour les dix ans qui viennent.
Cest la vocation du pouvoir politique que de définir une stratégie nationale, dans le même temps où il prend en charge les problèmes du quotidien.
Cest le moment de le faire.
Il y a un an, nous arrivions aux responsabilités dans le contexte de la crise de la zone euro. Ces incertitudes majeures ont depuis été largement surmontées. Il en reste bien dautres et nous ne sommes pas encore entrés dans une phase de croissance durable. Doù la nécessité de nous projeter, à condition de bien saisir la singularité de notre pays. Ses atouts comme ses faiblesses.
La France est une Nation à vocation universelle. Elle pèse dans le destin de lEurope. Elle a vocation à agir à léchelle mondiale. Elle a donc besoin dun projet collectif.
Nous avons commencé dy travailler : la loi de refondation de lécole, celle sur lenseignement supérieur, la transition énergétique, le plan des investissements davenir, le redressement productif, le plan pour la compétitivité, la modernisation du marché du travail, la Banque publique dinvestissement.
Nous devons donner un cadre, une cohérence à ces décisions.
Cest le sens de cette stratégie à 10 ans.
Pourquoi 10 ans ?
Parce quune décennie cest le temps du possible, cest une durée suffisante pour traduire des choix, pour rendre visible les investissements engagés, pour modifier les comportements.
10 ans, cest une échelle où bon nombre de tendances et de paramètres sont dores et déjà connus. Cest vrai pour la démographie, pour le climat, pour les ressources naturelles et même pour les rapports de force internationaux.
10 ans, cest le temps à la fois de la conception et de laction. En deçà, nous sommes dans la gestion. Au-delà, dans la prospective. Certes, tout ne peut pas être anticipé : les conflits, les catastrophes, les crises. Encore est-ce la responsabilité de la France de contribuer à les prévenir.
10 ans, cest aussi le temps qui permet de mesurer les effets tangibles dune politique. En dix ans, un pays peut perdre ou gagner des places dans les classements internationaux dans de nombreux domaines (recherche, universités, compétitivité). Peut même changer de statut ! Ainsi, depuis 2002, la France a vécu une « décennie perdue » : dégradation de sa compétitivité, repli de sa production industrielle, atonie de la croissance, aggravation des inégalités, affaiblissement du modèle républicain.
Quels sont les grands défis que notre pays doit relever dici dix ans ?
Jen vois trois.
1- Le premier est celui de notre souveraineté. Dabord notre souveraineté politique, diplomatique, militaire. Non pour des arguments de puissance, de domination ou de contrôle. Mais pour promouvoir le message, les valeurs et les intérêts de la France. Cest le choix que nous avons fait avec la loi de programmation militaire. Cest le sens de notre présence partout dans le monde. Cest lenjeu de la francophonie. Mais la souveraineté, elle est surtout budgétaire, économique, industrielle, agricole, énergétique.
Nous ne pèserons sur les orientations de lEurope et la régulation mondiale que si nous retrouvons une compétitivité élevée, un niveau de dette publique soutenable et une moindre dépendance énergétique.
Cette souveraineté nest pas un repli, un enfermement. Elle sinscrit dans nos choix européens et dans notre ouverture au monde. LEurope a besoin dune France forte. Et le monde, dune France influente.
2- Le second est celui de notre excellence. Lexcellence cest de pouvoir élever le niveau de la France dans la mondialisation par linnovation, la spécialisation et ladaptation aux besoins de léconomie de demain et notamment des classes moyennes des pays émergents. Cest dêtre un pays de premier rang.
Mais nous avons deux choix à faire : élever la part de lindustrie dans la production nationale et amplifier les gisements de léconomie de services.
Ils ne sont pas contradictoires. Sans industrie forte, léquilibre de nos échanges ne peut être retrouvé. Sans le développement des services, il ne peut y avoir de création demplois.
Lexcellence, cest de rendre plus efficace et plus juste notre système de protection sociale et dorganisation territoriale.
Lexcellence, cest aussi une France capable dêtre en avance dans les domaines de la recherche, de la connaissance et de la culture.
Lexcellence, cest dêtre un pays où lexigence environnementale assure sobriété énergétique, performance économique et solidarité territoriale.
3- Enfin, le troisième défi est celui de notre unité. Unité des générations face à lavenir des retraites et la priorité à lemploi. Unité des catégories sociales face à la lutte contre les inégalités et aux exigences de la solidarité. Unité des modes de vie et des cultures face à la communautarisation, à la fragmentation, à lindividualisme.
Si nous voulons prévenir les risques du déclassement et de la désintégration, nous devons porter des politiques de cohésion et des projets qui rassemblent le pays tout entier.
Une stratégie à dix ans pourrait sarticuler autour de cinq objectifs.
1. Utiliser pleinement notre avantage démographique.
La France est le pays européen qui dispose du taux de natalité le plus élevé, de la population la plus jeune et qui assure le renouvellement des générations.
Prendre conscience de cet atout, cest organiser un système de formation initiale et continue lié aux métiers du futur, cest fixer lobjectif de « diplômer » la moitié dune classe dâge dans lenseignement supérieur, cest mettre les nouvelles technologies à la portée de tous.
Cest introduire des dispositifs pour prévenir les échecs, pour réduire les inégalités scolaires, cest faire de lapprentissage et de lalternance une filière dexcellence.
Cette insertion des jeunes est dautant plus impérieuse que la France fera face parallèlement au grand vieillissement qui génèrera des coûts supplémentaires mais aussi des opportunités, en termes de technologies, comme de services (la « silver » économie).
Le capital de la France cest sa population, son niveau de qualification, sa mobilité, son savoir-faire, ses capacités.
2. Gagner la bataille de la mondialisation.
Cest la condition aussi pour lamélioration de notre niveau de vie, cest-à-dire du pouvoir dachat de la Nation.
Nos faiblesses sont connues : des entreprises trop petites, trop peu tournées vers lexportation et une insuffisante spécialisation sectorielle. Sy ajoutent un taux dinvestissement trop faible, une base industrielle trop étroite et une compétitivité dégradée.
Mais nous avons aussi des atouts : de grandes entreprises à taille mondiale, une capacité dinnovation reconnue, une « marque France » appréciée dans les secteurs prisés par les consommateurs des pays émergents. Et lattractivité de notre territoire.
Notre stratégie à 10 ans doit donc créer le meilleur environnement pour les entreprises exportatrices (formation, financements, fiscalité), simplifier lEtat pour le rendre plus fort et plus rapide, stimuler linnovation et la création, organiser les nouvelles filières industrielles (numérique, bio-technologies, le stockage de lénergie) et cultiver lexception française (lagro-alimentaire, le luxe, la culture, le tourisme).
Mais, lélévation de la performance nationale exige une politique dinfrastructures permettant de diminuer les coûts et de faciliter la mobilité : qualité des services publics, efficacité des transports, prix des logements, coût de lénergie
3. Réussir la transition énergétique et écologique.
La lutte contre le réchauffement est un objectif planétaire. Cest un engagement européen. Ce doit être une « ardente obligation » nationale.
Là aussi les considérations liées à lenvironnement, à la santé, aux générations futures se conjuguent avec les arguments économiques, les préoccupations sociales et le mode de développement. Une politique énergétique est, par définition, celle du temps long. Cest maintenant que nous devons amplifier la diversification de nos sources dénergie, et engager la sobriété énergétique. Notre objectif peut être en ces domaines aisément quantifié et les instruments, réglementaires, financiers, fiscaux, être déployés tout au long de la décennie.
Cest un enjeu industriel. Cest un gisement demplois. Cest une perspective de pouvoir dachat par la réduction des dépenses contraintes.
4. Faire de notre territoire un levier de développement.
Lorganisation de notre espace, son équilibre, voire son administration, constituent des objectifs à 10 ans.
De notre capacité à occuper harmonieusement le territoire dépendent aussi nos résultats économiques et notre cohésion nationale.
Car la fracture territoriale est là : dun côté des métropoles dynamiques de lautre des quartiers délaissés, des zones péri-urbaines de plus en plus éloignées des centres, des espaces ruraux abandonnés.
Il y a un « scénario de linacceptable » qui sécrit chaque jour faute dune maîtrise du foncier, de la désindustrialisation, de la dilution des solidarités de proximité, de temps de transport insupportables, dune insécurité qui sétend.
Le cap stratégique doit être de rendre accessible les villes, dinstaller des activités sur lensemble du pays, de mettre le numérique à la disposition de tous, de créer une économie circulaire, de rénover les réseaux de transport et de maintenir une agriculture de qualité. Bref, de réinventer laménagement du territoire.
Dans cette perspective, la valorisation de notre façade maritime est un atout majeur dans la mondialisation. Cest la « croissance bleue ».
5. Inclure tous les citoyens dans la République.
La dernière période a été marquée par une montée des inégalités. Cela vaut pour les revenus et les patrimoines. Cela vaut surtout pour laccès à léducation, à lemploi, à la santé, au logement. Bref, la vie est plus dure pour un nombre de plus en plus grand de nos concitoyens et lidée même du progrès sest affaiblie, pour ne pas dire effacée.
Dans le même temps, de nouveaux clivages ont fait ressurgir de nouvelles peurs. Les valeurs de la République sont devenues elles-mêmes plus discutées comme si elles étaient discutables à force de ne pas être effectives.
Face à ces dérives, nous devons réaffirmer les missions de lécole, accompagner les parcours vers lemploi, travailler à une plus grande mixité sociale, affirmer la laïcité comme règle de vie en commun, élargir le service civique, encourager la vie associative et la démocratie de participation.
Notre avenir à 10 ans dépend de nous. Du Gouvernement sûrement, de lEtat nécessairement. Mais surtout de lensemble du pays. Cest cette liberté de faire, de créer, dentreprendre que nous devons stimuler.
La définition dune stratégie nationale présente donc plusieurs intérêts majeurs :
- Montrer un chemin qui permet à notre pays davancer avec des repères et des indicateurs clairement identifiés £
- Engager des choix collectifs qui organisent les transitions majeures £
- Adapter nos politiques et nos instruments en fonction des objectifs fixés £
- Ouvrir une large concertation avec lensemble des forces vives.
La stratégie a 10 ans, est en ligne avec la priorité accordée à la jeunesse. Car cest le temps long et la volonté de faire prévaloir lavenir sur le seul présent qui donne du crédit à cette orientation générationnelle.
Pour être menée à bien, cette stratégie exigera des financements importants.
Le niveau de lendettement public, comme celui des prélèvements obligatoires, sont des contraintes durables. Nous avons même le devoir de diminuer lun et lautre.
Lépargne des ménages, comme linvestissement des entreprises devront donc être largement sollicités. Doù limportance de produits de placement de longue durée et de partenariats publics-privés équilibrés pour le financement de grands chantiers en matière durbanisme, de transports, de couverture du territoire en nouvelles technologies.
De même, je souhaite que la France se porte candidate pour lorganisation de grands événements culturels et sportifs.
Notre réunion daujourdhui est la première étape dun processus qui se poursuivra, sous la responsabilité du Commissariat général, jusquà la fin de lannée et fera une large place à la consultation. Il commence avec le travail introductif de Jean PISANI-FERRY et le rapport de Anne LAUVERGEON. Il se conclura avec ladoption par le Gouvernement de « la stratégie pour la France ».
« Lavenir nest pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire », nous a enseigné BERGSON.
Bref, lenjeu cest de ne pas subir mais de choisir. Cest le sens de la démarche engagée aujourdhui.

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