Publié le 23 juillet 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts du gouvernement en faveur de l'emploi, à Dunkerque le 23 juillet 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts du gouvernement en faveur de l'emploi, à Dunkerque le 23 juillet 2013.

23 juillet 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président de la Communauté urbaine de Dunkerque,
Cher Michel DELEBARRE,
Mesdames, Messieurs les élus, les parlementaires,
Mesdames et Messieurs qui représentez les partenaires sociaux, indispensables pour ces politiques,
Mesdames, Messieurs les représentants des administrations,
La bataille pour lemploi, cest lenjeu majeur pour le pays. Cest la première préoccupation de nos compatriotes, cest la première priorité du gouvernement et cest ma première volonté de faire en sorte quil y ait cette inversion de la courbe du chômage à la fin de lannée.
Je sais que les prévisions ne sont pas forcément conformes à mon engagement. Justement, lengagement cela consiste à ne pas valider les prévisions, sinon pourquoi être aux responsabilités ? Il faudrait laisser les prévisions faire leur travail ? Par définition, les prévisions ne font pas de travail. Cest ce que les hommes et les femmes dun territoire décident qui permet que nous puissions avoir un certain nombre de résultats.
Pourquoi suis-je venu ici à Dunkerque et dans la communauté urbaine ? Jaurais pu aller dans bien dautres endroits. Il y avait, certes, ce que rappelait Michel DELEBARRE : François MITTERRAND était déjà venu en 1988 inaugurer les locaux. Mais je ne suis pas là pour vérifier si ces locaux, 25 ans plus tard sont en bonne état.
Non, si je suis venu ici, sur ce territoire, cest parce quil y a dabord une activité économique très importante sur le plan national. Elle a été illustrée par vos interventions.
Dunkerque, cest le troisième port de France. Vous avez rappelé que cétait lun des tout premiers sites industriels et cest aussi un lieu où la politique énergétique est illustrée par un certain nombre de projets.
Parmi ceux-ci, il y a celui que vous avez détaillé, le projet méthanier, qui va être une réalisation considérable, un investissement majeur avec des conséquences déjà directes en matière demploi.
Mais Dunkerque, cest aussi une diversification industrielle et jai été très heureux de visiter deux entreprises qui témoignent de ce que peut faire notre pays pour assurer sa réussite.
AstraZeneca, il ma été rappelé que 90%, peut-être même davantage, de la production étaient exportés.
On pourrait se dire : mais alors pourquoi venir à Dunkerque si en plus une grande partie de cette production est exportée aux Etats-Unis ? Il ma été répondu que sil ny avait pas eu toutes les conditions pour permettre une bonne compétitivité, bien sûr que cette entreprise multinationale, à capitaux suédois, serait allée ailleurs et notamment aux Etats-Unis.
Si cette entreprise a choisi la communauté de Dunkerque, cest parce quil y avait ici toutes les chances dune réussite et dun développement.
Ensuite, je suis allé à CMP, où je dois dire que là on est dans le gigantisme. On fabrique, on soude, on monte des cuves que lon na pas lhabitude de voir tous les jours et qui en plus sont transportées, par voie routière pendant une partie du trajet et puis surtout par voie maritime. On se demande dailleurs comment, compte tenu de la masse considérable de ces cuves et de ces produits. Là aussi, cest intéressant. Parce que ce nest pas simplement pour un usage local. Je ne vois dailleurs pas très bien lequel ! Ces équipements sont destinés aux grands exploitants pétroliers partout dans le monde. Là aussi, avec une exportation qui fait honneur à votre territoire.
Je suis venu aussi parce que vous avez installé des outils, des instruments qui témoignent de ce que peut être une politique demploi à léchelle dun territoire. Bien sûr que la politique de lemploi est définie au plan national. Bien sûr que les modalités de financement peuvent être complétées par la région. Mais sans cette organisation du territoire, nous ne pouvons pas déployer toutes les armes que nous mettons à disposition. Vous avez eu cette intelligence de faire travailler ensemble tous les acteurs et tous les partenaires et on en voit les résultats.
Vous me direz, le niveau du chômage ici, sur ce bassin demploi, reste élevé, plus de 13%, dans une région qui elle-même est affectée plus que la moyenne nationale, atteignant 14%.
Cest là que vous avez néanmoins les taux de réussite dans les placements les plus significatifs. Jinsiste là-dessus, nous devons avoir sur chaque territoire des politiques qui doivent être intégrées. Quelquun a même utilisé cette expression que je reprends «sur mesure ». Oui, il faut faire du sur mesure parce quaucun bassin demploi ne ressemble à un autre, aucun demandeur demploi ne ressemble à un autre. Il y a cette nécessité daccompagner.
Jai eu le plaisir de rencontrer beaucoup de jeunes salariés, ou de moins jeunes, sur les deux entreprises que jai visitées. Et jai pu avoir des expériences très différentes : un jeune qui avait été formé à la vente, à la grande distribution, qui était sur ces grandes cuves en train de faire de la soudure ou du montage.
Vous Madame, votre parcours ne vous destinait pas nécessairement à cette activité qui est la vôtre aujourdhui. Et qui témoigne que, lorsquil y a une politique et quelle est adaptée aux hommes et aux femmes qui sont, justement, lobjet même de notre attention, il y a des parcours qui peuvent être des parcours dexcellence.
Parce que cest un parcours dexcellence que de partir justement dune insertion pour arriver à un emploi en CDI, bientôt, je voulais le faire confirmer ! Et jai vu même un salarié qui avait fait tout le parcours, lui, de formation. Il était parti avec un BEP et il va finir avec une licence professionnelle grâce à tout ce que vous avez réussi à faire. Jai vu chez AstraZeneca des salariés qui sont entrés dans lentreprise en intérim, CDD, ou stage, et qui ensuite ont pu traduire leurs talents et leurs qualités par un contrat à durée indéterminée. Cela donne donc à espérer, dès lors que lon met en place une politique.
Comment gagner cette bataille pour lemploi ? Il y a, bien sûr, la croissance. Elle est celle qui permet de créer des emplois. Jallais dire même, il ny en a pas dautres. Sil ny a pas de croissance, sil ny a pas dactivité, sil ny a pas dinvestissements, sil ny a pas de compétitivité -ici, il y a des chefs dentreprise qui le savent bien - nous ne pourrons pas gagner la bataille. Donc nous faisons tout pour que cette croissance puisse être retrouvée rapidement et fortement. Doù les politiques, que je ne détaille pas, de crédit compétitivité emploi, le CICE, de soutien à linvestissement, mais aussi le choc de simplification, et laccompagnement bancaire.
Pas plus tard que la semaine dernière, je faisais en sorte que les dépôts du livret A, dont nous navons pas encore lutilisation pleine et entière, pour le logement social ou pour les collectivités locales, puissent être reversés aux banques pour quelles puissent accompagner les entreprises, toutes les entreprises. 30 milliards dans un premier temps, 50 milliards dici la fin de lannée.
Nous devons à agir pour lemploi. Comment ? Nous avons mis en place les emplois davenir, pour les jeunes qui sont le plus loin du marché du travail. Le ministre Michel SAPIN a tenu bon. Parce que cest vrai que beaucoup de collectivités locales, dassociations ou même dentreprises nous disaient : nous pouvons accuillir ces jeunes, mais il faudrait que lon soit dispensés de la formation et que lon puisse prendre des jeunes déjà qualifiés. Mais ce nest pas lobjectif ! Lobjectif cest daller chercher ceux qui n???auront aucune chance, sans ce dispositif, davoir un emploi.
Il y a eu toujours les sarcasmes et les sourires, les sourires dans le meilleur des cas. Mais, 100.000 vous ny arriverez jamais, dailleurs ça commence timidement. Je constate que, aujourdhui mi-juillet, nous avons déjà 40.000 emplois davenir. Ce qui veut dire que nous en sommes déjà à 40%, ce nest pas difficile à calculer, 40% de lobjectif. Donc, nous allons atteindre lobjectif des 100.000.
Ensuite il y a les contrats de génération. Je ne reviens pas sur lidée, elle est tellement évidente. Permettre, je lai vu dailleurs dans les entreprises, quun salarié plus expérimenté puisse accompagner un jeune, en contrat à durée indéterminée.
Ces contrats de génération sont conditionnés à des signatures daccords collectifs dans les branches mais aussi, je le rappelle, dans chacune des entreprises concernées : elles peuvent faire un accord et les primes sont versées. Nous avons bon espoir datteindre lobjectif. Ce sera plus long mais, en même temps, cest dans le secteur privé et une entreprise ne pourra pas recruter un jeune avec un contrat à durée indéterminée sil ny a pas et cet accord collectif et surtout sil ny a pas lactivité correspondante.
Ensuite, il y a les emplois aidés, notamment pour les chômeurs de longue durée. Jentendais le représentant de la CFDT qui disait : attention, emplois aidés, cest sans doute une formule mais il faut aussi que cela corresponde, dabord, à de vrais besoins et, ensuite, à une qualification à une formation. Que ce ne soit pas simplement une opération statistique.
Nous faisons donc en sorte que ces emplois aidés soient plus longs durent un an et quil y ait une formation qui accompagne. Nous allons atteindre, là-aussi, les objectifs. Je fais confiance aux élus pour favoriser cette politique qui permet dabord de répondre à des besoins réels je pense à laccompagnement scolaire, à laccueil des personnes handicapées. Il y a tellement dactivités. Et, en même temps, qui permettent à des chômeurs de longue durée, souvent âgés, de pouvoir avoir de nouveau la dignité qui correspond au versement dun salaire et à la fourniture dun service.
Nous arrivons à ce sujet de la formation. Cest le sujet qui quelque fois nous différencie par rapport à dautres pays qui réussissent mieux dans la lutte contre le chômage. Parce que tous les pays européens, y compris nos voisins allemands, ont le même niveau dactivité. Il ny a pas plus de croissance en Allemagne quil ny en a en France. Il y a plus de compétitivité. Il y a plus de souplesse. Il y a un marché du travail qui fonctionne mieux. Et il y a un appareil de formation qui est plus adapté à la vie des entreprises. Cest cela qui fait la différence avec, cest vrai, la politique dalternance qui, là-bas, est inscrite depuis tellement longtemps dans le comportement des employeurs et dans la volonté des régions parce que ce sont souvent les régions qui mènent ces politiques.
Nous, nous voulons augmenter le nombre dapprentis. Il y a eu une remarque pertinente : si vous voulez que lon ait des apprentis, faut-il encore que les entreprises accueillent les apprentis. Et les régions font tout ce quelles peuvent pour les centres dapprentissage de ce point de vue-là. On a la capacité. Il faut que ce soit dans des filières qui correspondent à des métiers qui, eux-mêmes, peuvent fournir ces emplois à ces jeunes.
Nous avons concentré le dispositif sur les entreprises de moins de 10 salariés mais il ny a pas que des entreprises de moins de 10 salariés. Il faut donc aussi mobiliser les fonds de la formation professionnelle et de lapprentissage pour que nous puissions avoir plus de jeunes en alternance. Cela va être la réforme qui est proposée aujourdhui aux partenaires sociaux.
Il y a lorientation qui nest pas dans le cadre de la négociation. Lorientation, cest la responsabilité de lEtat et des régions. Il faut aussi que lon sy mette, cest-à-dire que des jeunes ne soient pas dirigés vers des filières alors même que ces filières ne conduisent à aucun emploi durable. Trop souvent les filles vont dans le secteur social ou sanitaire et les garçons dans les métiers électroniques. Encore que quelques fois, tout le monde va dans la vente. Je ne sais ce quil y a à vendre mais on va dans la vente. Il y a donc là un effort à faire pour que lorientation soit mieux définie et que nous allions vers les filières davenir.
Ce que nous voulons faire, cest redéployer les fonds de la formation professionnelle vers des salariés peu qualifiés qui peuvent demain être frappés par une mutation économique et qui nauront de chance de retrouver un emploi que sils ont justement ce niveau de qualification indispensable. Jai vu, là-aussi, chez Astra Zeneca, des validations de parcours professionnels, dexpériences professionnelles, des diplômes, qui ont ainsi été accordés.
Redéployer des fonds de la formation professionnelle vers les demandeurs demploi parce que quand on regarde les statistiques, seulement 12% des fonds vont vers les demandeurs demploi alors que ce sont forcément eux qui en ont le plus besoin. Et puis vers les jeunes, notamment dans les formations en alternance.
Nous avons besoin de tous les partenaires : syndicats, patronat et régions. Ce sera lobjet de cette grande négociation. Elle doit se conduire à la fin de lannée. Le ministre du Travail suit ces discussions et nous devons aboutir, parce quil ne sagit pas de dépenser plus ou de dépenser moins. Il sagit de dépenser mieux pour lemploi et de redéployer autant quil sera possible et davoir des critères et des résultats.
Jai bien entendu aussi quil y a des salariés qui ont des projets personnels et qui veulent y accéder et qui doivent trouver les financements correspondants lorsque cela conduit à de véritables emplois.
Je termine sur le sujet qui était celui de ce déplacement : les emplois non pourvus. Quelquun a eu cette réflexion en disant : cest « la tarte à la crème ». Cest vrai, une tarte dailleurs dont la crème a un peu tourné, depuis le temps que lon entend ce constat : des offres demploi qui ne sont pas satisfaites et des demandeurs demploi qui ne trouvent pas de travail.
Comment réussir à adapter ce chômeur qui cherche un emploi à cette demande qui nest pas satisfaite du côté dune entreprise. Alors, plutôt que de rester sur ce constat, jai voulu, avec le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, prendre le sujet autant quil était possible à bras le corps, cest-à-dire de faire en sorte que nous puissions mettre des crédits nouveaux à la disposition des partenaires et que nous puissions identifier, filière par filière, parfois même entreprise par entreprise, ces besoins.
Et en face, que nous allions chercher ils ne demandent que cela dailleurs des demandeurs demploi pour les former et les conduire vers ces métiers. Avec une condition, cest que ce ne soient pas des besoins pour quelques mois mais des besoins durables dans des filières que nous connaissons parfaitement.
Ce matin, je nai pas été surpris quand on ma dit que cétait le cas, dans la chaudronnerie pour la soudure, mais on aurait pu aussi parler des métiers numériques ou des métiers du bâtiment. On pourrait même regarder dans lagroalimentaire ou dans le tourisme.
Nous allons donc, au moins dans un premier temps, jusquà la fin de cette année, former 30 000 demandeurs demploi et les proposer aux entreprises qui, de bonne foi, disent quelles ne trouvent pas, aujourdhui, les salariés qui correspondent aux qualifications requises.
Lengagement que je prends, cest que nous irons jusquà 100 000, donc 70 000 au-delà de ces 30 000, dans le cadre de ce programme. 100 000 demandeurs demploi qui vont être formés pour que les entreprises puissent être elles-mêmes mieux préparées pour affronter la compétition internationale ou pour répondre à une charge dactivité. Cest à la fois une urgence et, en même temps, un enjeu de croissance.
Je souhaite que nous puissions, non pas simplement répondre, dans le cadre de cette bataille pour lemploi, à cette exigence de faire diminuer le nombre de demandeurs demploi.
Je souhaite aussi que nous puissions regarder quels vont être les emplois à 10 ans. Ce travail qui était fait, il y a plusieurs décennies de notre pays. Savoir exactement dans quels secteurs, dans quelles filières nous avons besoin de préparer les jeunes et les moins jeunes aux emplois de demain et daprès-demain. Nous savons aujourdhui que malgré toutes les difficultés conjoncturelles, il y aura dans 10 ans des emplois dans le secteur de la métallurgie qui ne seront pas couverts. Nous savons que sur les nouvelles technologies, le numérique ou les biotechnologies, nous avons nécessairement des jeunes à former.
Nous avons donc aujourdhui dans la France de demain, dans la France dans dix ans, à construire un appareil de formation, à mobiliser tous les acteurs que vous êtes pour former aux métiers de demain. Les jeunes, les moins jeunes, ceux qui sont dans lemploi, ceux qui ny sont pas.
Voilà Mesdames et Messieurs, ce que je voulais, ici, vous dire. Dabord vous remercier pour ce que vous faites les uns et les autres au service de lemploi, vous dire de vous mobiliser encore, pas simplement pour la fin de lannée, pour linversion de la courbe du chômage. Non, parce que la vie ne sarrête pas à la fin de lannée. Ce qui compte, ce sont aussi les mois et les années qui viennent, cest de gagner la bataille, une longue bataille pour la croissance, pour la compétitivité, pour la réussite.
Jai croisé un certain nombre de salariés ce matin et un ma livré une réflexion qui ma paru tellement juste sur ce quest notre devoir : « il faut montrer ce qui marche ». Cest pourquoi nous sommes allés dans son entreprise. Montrer ce qui marche, il léprouvait avec fierté. Expliquer ce qui ne marche pas. Et je dois ajouter : corriger ce qui ne marche pas. Il faut montrer ce qui marche mais aussi ce qui pourrait aller encore plus vite. Merci donc de mavoir montré ce qui marchait et de mavoir dit suffisamment ce qui ne marchait pas encore et qui allait réussir demain.

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