Publié le 16 juillet 2013

Déclaration de M. Fançois Hollande, Président de la République, sur l'Alliance française, à Paris le 16 juillet 2013.

16 juillet 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. Fançois Hollande, Président de la République, sur l'Alliance française, à Paris le 16 juillet 2013.

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Mesdames les ministres,
Monsieur le Président de lAlliance française, cher Jean-Pierre de LAUNOIT
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis en cet instant pour célébrer un anniversaire, le 130ème de lAlliance française. Une longue et belle vie, qui nest pas terminée.
Dabord une longue et belle histoire, une histoire qui, vous le savez, commence, comme toutes les grandes aventures humaines, par une rencontre. Cétait boulevard Saint Germain le 21 juillet 1883. Nous nous en souvenons les uns et les autres, cétait donc hier. Il y avait le diplomate Paul Cambon - il faut toujours un diplomate, cela peut toujours servir - un géographe, Pierre Foncin - pour nous dire dans quel monde lAlliance française allait se déployer - un ancien ministre - cest toujours utile un ancien ministre - cétait Paul Bert et dautres, venus de tous les horizons, de tous les courants de pensée. Nétait absente, aucune forme de religion ou de philosophie.
Une histoire à laquelle se sont associés très vite des grands noms, scientifiques comme Louis PASTEUR, écrivains comme Jules Verne, philosophes comme Ernest Renan ou dautres encore, à la carrière prestigieuse, comme Ferdinand de Lesseps ou Raymond Poincaré.
Voilà votre histoire. Elle est grande. Elle est majestueuse. Elle est prestigieuse.
LAlliance française avait, dès lorigine, trois objectifs.
Le premier, cétait de sappuyer sur toutes les forces vives de la société pour mettre en uvre une politique culturelle à léchelle du monde. Lobjectif nétait pas mince. Lambition était élevée. Et pourtant, vous avez rempli la mission avec une forme originale, une « libre association dhommes libres », aujourdhui vous dites « dhommes et de femmes libres », indépendante de tous les pouvoirs.
Le deuxième objectif nétait pas moins prétentieux. Il sagissait de confier le rayonnement de notre langue à tous ceux qui la parlaient et laimaient. Cétait une déclaration damour, que lAlliance française faisait à lensemble du monde. Ce principe reste inscrit dans les statuts des alliances françaises, des associations de droit local administrées par des amis de la France issus de tous les pays.
Le troisième objectif, cétait de contribuer à redonner confiance à notre pays, dans ses valeurs, dans ses principes, dans sa culture, dans sa langue. Cet objectif continue de valoir aujourdhui, sans doute plus que jamais.
A chaque génération, il convient de rappeler le contrat, de le renouveler.
Le 60ème anniversaire de lAlliance française avait été célébré dans la guerre, en 1943, à Alger. Le Général de GAULLE avait, alors, salué le rôle éminent de votre institution qui était de promouvoir, depuis son comité de Londres, les valeurs de la République et de la Résistance. Avec lusage quil faisait de notre langue, un usage remarquable, il avait demandé à lAlliance de ranimer la « flamme claire de la pensée française ». Ainsi, quand les Résistants chantaient en secret dans les vers dAragon, quand ils exprimaient leur passion pour une France meurtrie sous les traits dun visage aimé, lAlliance française était là, présente, dans le combat pour la liberté.
Le Général de GAULLE eut cette immense privilège dêtre Président dhonneur de lAlliance française pendant le temps de la guerre et aussitôt la libération venue, conquise, il redonna ses pouvoirs pour que lAlliance française puisse retrouver son indépendance.
Le 100ème anniversaire fut célébré en 1983, par François Mitterrand. Il avait eu le sens de la formule en considérant quil ny avait que le premier centenaire qui coutait. Je minscris dans cette perspective. Il avait souhaité pour lAlliance des jours heureux, à la mesure de son passé glorieux. Il avait raison.
Votre institution, depuis 1983, na cessé de grandir : 900 implantations dans le monde, 137 pays, 500 000 élèves, étudiants, des milliers dévènements artistiques et intellectuels organisés chaque année. Votre institution, lAlliance, est en pleine expansion. Au-delà - des régions où son réseau est déjà organisé, structuré, vous avez pu ouvrir de nouvelles implantations en Arabie Saoudite, en Chine, en Russie, en Inde - où le festival « Bonjour India » connait un grand succès - en Australie aussi, où vous organisez un festival du cinéma français. Vous êtes présents partout dans le monde et notre langue avec vous.
LAlliance française travaille avec tous les acteurs de la politique culturelle de la France à létranger - les ambassades et les consulats mais aussi lInstitut Français, dont je salue son Président, le jeune académicien, Xavier Darcos, car cest bien que lAcadémie permette à des jeunes comme Xavier DARCOS dy rentrer. Quand on est touché par le vieillissement, accéder à lAcadémie vous donne immédiatement une jouvence inespérée.
Je salue, au-delà de cette collaboration excellente qui existe entre les services et votre Alliance, tous les salariés, 12 000, tous les bénévoles, 8 000, qui uvrent chaque jour pour la promotion de notre langue.
La mission de lAlliance française, cest, en effet en donnant des cours, en formant des professeurs, de faire vivre le français. Nous y sommes très attachés, la ministre de la Francophonie, mais également la ministre des Français qui vivent à létranger. Faire vivre notre langue pas simplement pour les Français, mais pour tous ceux qui la parlent, la langue française, une langue difficile, même pour ceux qui prétendent la parler, jallais dire, dorigine.
Cest une langue pleine de découvertes, il y a des mots que lon apprend à connaitre, même au soir de la vie. Mon grand-père, qui était instituteur, avait une méthode pour apprendre le français. Il mapprenait le dictionnaire : chaque jour que je passais avec lui, une page puis une autre. Je me suis arrêté en route. Il avait cette qualité, comme instituteur, de connaitre des mots que personne nutilisait. Car la langue française est riche, elle est pleine de pièges aussi, notamment la grammaire. Cest une langue qui a la vertu de conférer néanmoins, malgré ses pièges et ses difficultés, plus de beauté à tout ce quelle désigne. Nous en avons fait don au monde ou plutôt le monde qui parle le français nous fait le plus beau présent qui soit. Ceux qui la parlent en sont les seuls propriétaires et ils sont de plus en plus nombreux dans cette indivision que nous avons proposée, 220 millions de personnes dont la moitié de jeunes. Avec la démographie, notamment sur le continent africain, nous avons bon espoir que dici 30, 40, 50 années il y ait près d1 milliard de locuteurs en français.
Cest une langue, la langue française, de lémancipation. Apprendre le français, cest pouvoir lire dans le texte la déclaration des droits de lHomme et du citoyen de 1789, celle de 1948 aussi, découvrir également toutes les formes originales de culture. Aimé Césaire avait utilisé le français pour protester contre loppression dune culture par une autre. Apprendre le français, cest déchiffrer les langages de la liberté.
Le français, lAlliance le promeut partout, dans les enceintes multilatérales - ce nest pas toujours facile - et par commodité, certains pensent aussi par je ne sais quelle prétention quil est plus, disons poli, pour rester dans le domaine de la courtoisie, ou plus à la mode de parler une autre langue que le français.
Cette langue, vous faites en sorte quelle soit parlée partout et vous formez celles et ceux qui ont vocation à transmettre notre langue. On se bat pour une langue. Cest ce que vous faites dans lAlliance. On ne se bat pas en défensif, on ne se bat pas contre, on se bat toujours pour partager. On se bat aussi pour la culture. La culture nest pas une marchandise. Alors quand la culture est traitée comme telle, alors elle est menacée. Cest la raison pour laquelle la France, et pas seulement la France, lEurope, se bat pour lexception culturelle.
Permettre aux étudiants français de mieux connaître les langues étrangères fait partie des débats qui parfois animent le Parlement. Il est même question de faire apprendre, y compris ici en France, une langue étrangère ou dexercer quelques cours en anglais - vous vous rendez compte - à des étudiants qui ne parlent pas encore le français. Jai considéré que cétait une bonne méthode. Nous les faisons venir avec des cours qui sont professés dans leur langue pour mieux leur faire apprendre, ensuite, le français.
Nous avons la volonté, vous et nous, que la France puisse, à travers la francophonie, être plus grande encore et que le monde puisse être plus proche de nous.
En ouvrant ensemble la francophonie à tous les acteurs, nous luttons donc, au-delà de nous-mêmes, pour que le français puisse être une des langues du monde.
Je sais que cest le travail que vous menez obstinément, lAlliance, le dialogue des langues, des idées, des cultures.
Je pense au travail dOxmo Puccino, qui, lorsquil résidait à lAlliance française de Bogota, a produit un album - que je nai pas écouté - où le rap français et la musique colombienne sunissent. Formidable métissage !
Au concours international de la photographie quorganise la Fondation Alliance française, il y a aussi de nouveaux talents qui permettent, grâce à cette langue, de faire valoir leur excellence. Aux festivals « Croisements », en Chine, vous permettez la découverte de nos artistes.
Je salue aussi le rôle qui est le vôtre dans le rapprochement entre la France et lAfrique du Sud.
Je pourrais citer tant de pays. Les alliances restent le trait dunion. Même dans les pays où il y a du désordre, des conflits, des guerres, où se retrouver, si ce nest à lAlliance française pour avoir un lieu de sérénité, de concorde, de paix.
Je me souviens que dans les années de plomb à lEst de lEurope et hier, dans les « années de fer » en Amérique Latine, cétaient les alliances françaises qui permettaient daccueillir des intellectuels qui préparaient lavenir de leur pays.
Aujourdhui encore, dans ce quon appelle les pays du « printemps arabe », où vont les jeunes, où vont les femmes qui veulent défendre leurs droits, si ce nest souvent dans les lieux de culture et notamment à lAlliance française.
LAlliance française nest pas une organisation qui dépend de lEtat. Cela na jamais été ainsi quelle a été conçue. LAlliance française est libre et indépendante. En même temps, elle doit travailler avec les institutions, je lévoquais.
Je souhaite que ce partenariat soit renforcé, pour que nous puissions, avec lInstitut français, avec nos ambassades, avec les ministères - et notamment celui de la Culture - porter une politique à léchelle internationale.
Voilà ce que je voulais vous dire à loccasion de votre anniversaire. Je ne sais pas quand seront fêtés les prochains, il faut des dates marquantes. Vous avez choisi de fêter les anniversaires de lAlliance quasiment sous chaque président de la République et je souhaite donc que tous mes successeurs, pendant toutes ces années où vous continuerez à promouvoir la langue, soient à vos côtés. Je nai pas de doutes. Car ce qui fait la force de notre pays, cest quau-delà des alternances, au-delà des majorités, au-delà des personnalités qui peuvent avoir la responsabilité de diriger notre grand pays, il y a toujours cette volonté de promouvoir la langue, la culture, la francophonie et donc la liberté.
Je me souviens de ce disait Léopold Sedar Senghor, quand il souhaitait quà travers notre langue « chacune de nos cultures se reconnaisse en naissant à luniversel ». Ici vous représentez tous les continents du monde et vous avez à travers la langue française, décidé de son caractère universel.
Toute votre histoire, celle de lAlliance, est celle de la France et celle de ses amis dans le monde. Cest une histoire dune communauté vivante, vous en êtes la démonstration, qui a cette chance inouïe de ne pas connaitre lusure le temps. Le vieillissement de lâge vous est étranger comme lessoufflement de lesprit. Plus vous vivez longtemps, plus vous rajeunissez. Cest lhistoire, tout simplement, lAlliance, dune transmission entre les générations, entre les peuples, entre les cultures pour des valeurs, pour celles de la République.
Cest pourquoi jexprime ma gratitude à lAlliance française qui permet à notre langue dêtre la seconde patrie de tous les hommes et de toutes les femmes libres.

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