Publié le 28 mai 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la construction européenne, à Paris le 28 mai 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la construction européenne, à Paris le 28 mai 2013.

28 mai 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Directeur,
Je vous remercie pour votre accueil, ici, dans ce lieu qui me rappelle beaucoup de souvenirs détudiant, de professeur, de conférencier. Mais je ny étais pas venu depuis des années, pour ne pas dire depuis des décennies. Je mesure donc, rien que pour cela, limportance de ce colloque !
Je veux remercier Monsieur BERGGRUEN pour linitiative quil a prise, pour le dévouement qui est le sien et pour sa capacité exceptionnelle de rassembler autant de personnalités. Je ne les citerai pas toutes, elles sont nombreuses : personnalités françaises, allemandes, italiennes, espagnoles, grecques et tant dautres £ des membres de gouvernement, le Président du Parlement européen et Jacques DELORS qui est en soi le symbole de « lEurope heureuse ».
LEurope, aujourdhui, nest pas heureuse. Elle doute delle-même, elle vit une crise, elle connait une récession et sinterroge même sur son projet. Cest le sens de votre rassemblement daujourdhui : comment définir de nouvelles étapes ? Comment redonner confiance dans des institutions qui ne sont pas en cause ? Dans des gouvernements dont la responsabilité peut et cest normal être engagée ? Comment faire pour que les instruments qui ont été mis en place puissent être utilisés au mieux des intérêts de chaque nation et de lEurope ? Cest aujourdhui notre objectif.
Depuis un an, il y a incontestablement eu des progrès. La zone euro qui était regardée comme pouvant éclater dun jour à lautre a retrouvé, à défaut de sérénité, tout au moins une stabilité. Des pays qui semblaient vulnérables et dont on sinterrogeait même sur leur présence dans lUnion monétaire sont toujours là. Des redressements parfois spectaculaires de comptes publics ont été engagés, mais au prix daustérité douloureuse pour les peuples concernés. Des instruments ont été introduits. La Banque centrale européenne elle-même a redéfini sa doctrine. Le calme est revenu sur les marchés.
Il y a même une confiance qui sest retrouvée. Ce qui permet aujourdhui à la Commission européenne de modifier ses objectifs, en tout cas de corriger un certain nombre de trajectoires, sans que cela soit compris comme un relâchement des disciplines. Voilà ce qui pourrait aujourdhui nous satisfaire, nous rassurer, nous convaincre que nous sommes sur la bonne voie. Dun certain point de vue, je lai dit, une étape a été franchie dans lapprofondissement de lUnion économique et monétaire.
Mais, dès lors que notre continent vit globalement une récession £ que la zone euro connait, depuis près de trois ans, une croissance quasi nulle £ que des pays eux-mêmes ont connu un déclassement £ et que le chômage sest installé à un niveau exceptionnellement élevé, notamment celui des jeunes £ tout cela nous conduit à évoquer les prochaines étapes.
Lessentiel, aujourdhui, cest le retour de la croissance, de la confiance, mais surtout de lespérance.
Chaque Etat, bien sûr, doit assumer ses responsabilités. Ce serait trop commode, comme cela a pu se faire par le passé, de renvoyer vers lEurope ce qui relève de notre propre initiative, à savoir : lassainissement des comptes publics £ lamélioration de la compétitivité £ le choix de linnovation £ linvestissement dans la connaissance Ne demandons pas à lEurope ce que nous avons à faire. Cest notre propre responsabilité, en tout cas celle qui aurait dû être mise en uvre, depuis des années, pour un pays comme la France.
Mais en même temps nous savons que les meilleures politiques dans chaque pays ne peuvent pas nécessairement conduire à un optimum au niveau européen. Il y a donc des initiatives à prendre au niveau de lEurope. Cest pourquoi jen ai proposé une à travers le renforcement du gouvernement économique.
Cest vrai que lidée nest pas nouvelle. Elle avait été lancée par Jacques DELORS au moment même où leuro était introduit et où il était admis quen face de la Banque centrale, il devait y avoir un gouvernement économique, avec une capacité daction, pour coordonner les politiques économiques, pour faire que les pays qui sont en excédent soutiennent davantage leur demande intérieure, que ceux qui sont en déficit puissent avoir le temps nécessaire mais également la stimulation indispensable pour redresser leurs comptes ou leurs balances commerciales. Un gouvernement économique pour harmoniser la fiscalité, pour trouver des standards sociaux qui permettent une convergence. Cette idée, elle est encore plus nécessaire, plus opportune aujourdhui.
Nous pouvons même aller plus loin. Le gouvernement économique devrait avoir la capacité budgétaire. Certains sen inquiètent, y compris au niveau du Parlement européen : il ne sagit pas de soustraire du budget européen ce qui serait de la capacité des pays de la zone euro. Il pourrait sagir de créer des fonds spécifiques pour la zone euro, alimentés, par exemple, par des taxes affectées.
Prenons un exemple, la taxe sur les transactions financières : onze pays de la zone euro ont décidé de lintroduire, lAllemagne et la France notamment. A nous de réfléchir à la meilleure affectation de ce prélèvement, qui pourrait donc être consacré à un certain nombre dactions et, pourquoi pas, à lemploi des jeunes.
Après il y a le débat qui continue dêtre mené au niveau européen sur la possibilité de lever lemprunt. A terme, une fois que lUnion économique et monétaire aura été approfondie, cette proposition reviendra forcément.
Mais nous avons aussi à assurer une stratégie dinvestissements, notamment sur la transition énergétique. Nous avons dailleurs commencé à le faire au niveau du Conseil européen ce mois-ci.
Nous avons donc à engager linitiative pour que nous retrouvions plus de croissance à moyen et long terme par lamélioration de la compétitivité, linnovation, une stratégie, je le disais, dinvestissements, un gouvernement économique
Mais en attendant, avant même que nous franchissions peut-être létape de lUnion politique qui viendrait parachever linitiative que jai proposée nous devons agir en urgence. Six millions de jeunes sont au chômage en Europe. Mais quand on regarde de près les chiffres, il y en a près de 14 millions qui sont sans travail, qui ne suivent pas détudes, qui ne sont pas en apprentissage et qui appellent, de notre part, une solidarité.
La génération de laprès-crise, appelons-la comme cela, viendra demander des comptes, toute la vie durant, aux gouvernants daujourdhui en rappelant que la génération de laprès-guerre, la mienne, a eu de lEurope le soutien nécessaire, lespoir que nous pouvions trouver, après les études, un métier, un emploi, bref de pouvoir réussir sa vie.
Est-ce que nous pouvons laisser à la génération daujourdhui cette absence de perspectives, cette rancune, cette rancur à légard des gouvernants et de lEurope ? Ce qui est en cause ce nest pas simplement une colère, cest une rupture. Une rupture dune génération à légard des précédentes. Ce qui est en cause ce nest pas simplement une sanction de gouvernants dun moment, cest léloignement même des citoyens par rapport à la construction européenne. Ce qui est en cause, cest lidée de lEurope. Non pas que chacun ait imaginé que lEurope devait subvenir à tous les besoins, mais cest lidée néanmoins dune Europe qui doit être une Europe despérance et de protection. Nous avons donc, aujourdhui, à répondre à cette exigence.
Cest linitiative pour lemploi des jeunes, là encore, qui a été prise, et jen remercie tous ceux qui y ont participé. Déjà dans le projet de budget européen, qui nest pas encore approuvé par le Parlement jessaye de convaincre Martin SCHULZ ! il y a six milliards deuros qui ont été dégagés pour lemploi des jeunes. Enfin, six milliards deuros sur cinq ans !
La première proposition que je fais, cest donc que nous pourrions, non pas anticiper le versement le budget nest pas voté mais déjà préparer lengagement de ces fonds là pour que, très vite, les Etats et les organismes compétents puissent mobiliser ces fonds et faire en sorte que, dans les régions où le taux de chômage est supérieur à 25% ce qui fait plusieurs régions en Europe nous puissions avoir lexécution, la mise en uvre de ce plan.
Deuxième proposition : le Conseil européen a adopté lidée dune garantie pour la jeunesse. De quoi sagit-il ? De faire en sorte que, quatre mois après la sortie pour un jeune dune formation, de lécole, de luniversité, une solution puisse être proposée : soit un emploi, soit une formation, soit un apprentissage, soit même un stage. Le principe est excellent. Mais est-ce que lon a organisé, aujourdhui, la mise en uvre de cet objectif? Nous devons le faire dès à présent.
Je veux aussi que nous puissions traduire le programme ERASMUS pour permettre la mobilité de tous les jeunes, pas simplement les étudiants, aussi les apprentis. Cest lERASMUS de lalternance. Grande idée qui fait que chaque jeune quelle que soit sa condition sociale, quel que soit son lieu de formation puisse se dire quil va faire une partie de son parcours de qualification dans un pays européen différent du siens. Là encore, les fonds existent, mobilisons les.
Et puis, il y a lemploi quil convient de créer. Quels que soient les dispositifs nous en connaissons ici en France : emplois davenir, contrat de génération le ministre du Travail est mobilisé chaque jour pour en amplifier encore la mise en uvre.
Mais au-delà du dispositif que nous pouvons créer, ce dont nous avons besoin, cest dentreprises qui puissent proposer des emplois daujourdhui et de demain. Cest la seconde direction que je souhaite que nous prenions.
Trop dentreprises ont du mal à accéder au financement, trop de créateurs, y compris dans les quartiers les plus populaires de nos villes en Europe, sont dissuadés, découragés, freinés dans leur possibilité dinitiative. Alors, il convient de mobiliser les financements.
Il y a la BCE qui doit apporter plus de liquidités Elle est indépendante, je me garderai donc bien de lui donner des conseils ! Ce nest dailleurs plus laffaire des taux dintérêts : les taux dintérêts sont faibles. Cest une affaire daccès pour les entreprises aux crédits. Et notamment pour les pays qui sont les plus vulnérables pour accéder à la liquidité.
Et puis, il y a la BEI, tout le monde regarde vers elle. Chacun espère que la manne soit là, que la ressource soit disponible. Dun certain point de vue, cest vrai puisquil y a un an, un pacte de croissance a été décidé par les chefs dEtat et de Gouvernement : 120 milliards deuros, avec la recapitalisation de la BEI.
Mais lEurope ressemble, de ce point de vue, à la France, et la France à lEurope. Entre le moment où lon prend une décision et le moment où elle sapplique, il y a le temps, le temps de la réflexion, le temps du contrôle, le temps de la suspicion. Est-ce que ces fonds-là vont bien être engagés, bien dépensés ? Et pendant ce temps-là, on engage et on ne dépense rien.
Aujourdhui, il y a la volonté de mobiliser les fonds de la BEI par des garanties, par des lignes de crédits spécifiques dans les bassins demplois, particulièrement touchés par le chômage des jeunes. Là aussi, faisons preuve dimagination, allons vite !
Dans la bataille, le temps est le facteur décisif. Entre une bonne et une mauvaise décision, il y a effectivement des choix politiques. Mais dans le temps que lon met à exécuter une décision, il y a des choix essentiels sur le plan technique et qui deviennent des choix politiques. Aller vite est le premier objectif quand il y a urgence et il y a urgence sur le chômage des jeunes.
Nous sommes daccord avec la Chancelière Angela MERKEL pour parvenir à un véritable plan pour lemploi des jeunes, dès cette année. Cest une initiative importante quAllemands et Français ont décidé dengager. La Commission européenne est mobilisée, elle fera ses propositions au Conseil européen. Le Parlement européen lui-même est conscient de sa propre responsabilité. Bref, les institutions européennes, les chefs dEtat et de Gouvernement, la France et lAllemagne, nous sommes daccords. Alors, si nous sommes daccords, faisons-le !
Le Conseil européen se tiendra au mois de juin. Je souhaite quil puisse être saisi de ce plan pour lemploi des jeunes. Le 3 juillet se tiendra une réunion à Berlin avec lensemble des ministres du Travail et de lEmploi. Je crois que cest la première fois que ce rassemblement a lieu. Des ministres de lEconomie et des Finances qui se réunissent, cela on en a lhabitude. Mais des ministres de lEmploi, peut-être que cela donnera de limagination !
Cest le 3 juillet. Angela MERKEL présidera cette réunion, jy serai également présent ainsi que la présidente de la Lituanie qui assurera la présidence tournante de lUnion européenne. Je pense que cest là que nous aurons aussi à donner une nouvelle ampleur à ce plan pour les jeunes.
Mesdames et Messieurs,
Votre colloque narrive pas à nimporte quel moment. Il est, en définitive, la première étape, puisque vous avez voulu les définir, dune offensive. Une offensive pour lemploi des jeunes. Cette offensive, elle part aujourdhui avec linitiative qui va être présentée. Elle doit, notamment au Conseil européen, trouver une ampleur attendue par beaucoup. A Berlin, soyons capables, tous les ministres rassemblés pour lemploi, de donner aux jeunes enfin une confiance, une espérance dans lUnion européenne.
Cest en ce sens, M. BERGGRUEN, que vous aurez rendu service à lEurope bien plus que vous ne laviez imaginé lorsque vous avez souhaité que ce colloque puisse être fait ici à Paris. Je vous en remercie.

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