Publié le 15 mai 2013

Conférence de presse de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la construction européenne, à Bruxelles le 15 mai 2013.

Conférence de presse de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la construction européenne, à Bruxelles le 15 mai 2013.

15 mai 2013 - Seul le prononcé fait foi

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LE PRESIDENT - Mesdames, Messieurs, jai répondu ce matin à linvitation que mavait lancé il y a déjà plusieurs semaines, le président de la Commission européenne et jai donc rencontré le « Collège ». Cest-à dire lensemble des Commissaires européens.
Cela faisait 16 ans je crois, 1997, quun président de la République française sétait rendu à une réunion de la Commission. 16 ans. Je voulais donc rattraper le temps perdu.
Jai dailleurs dit aux Commissaires européens que jétais même prêt, lannée prochaine, pas forcément le 15 mai, car je ne voudrais pas quil y ait un rite danniversaire, ici, à la Commission pour rappeler que jai été investi un 15 mai Président de la République, mais que jétais donc prêt à venir régulièrement devant la Commission. Pour plusieurs raisons :
La première, cest pour marquer lattachement que je porte aux Institutions européennes. Au mois de février, jétais devant le Parlement européen, aujourdhui, je suis devant la Commission. Car nous avons besoin dEurope, nous avons besoin de la méthode communautaire, celle qui a été inventée pour que notre continent puisse avancer. Cest parce quil est en difficulté, notre continent, que nous avons encore besoin davantage dEurope et de méthode communautaire.
La seconde raison, cest quil y a un bilan à tirer de ces derniers mois, de ce qui a été fait pour sortir la zone euro de la crise, pour mettre lUnion européenne sur de bons rails, sur le plan financier, et je voulais en remercier la Commission, qui a joué son rôle avec les chefs dEtat et de Gouvernement et aussi avec la Banque Centrale Européenne.
Plusieurs grandes décisions ont été prises depuis un an : le Pacte de croissance, cétait au Conseil européen du mois de juin £ le mécanisme européen de stabilité qui a été ratifié en même temps que le pacte budgétaire européen.
Il y a eu des efforts pour que la Grèce puisse rester dans la zone euro et cest la raison pour laquelle aujourdhui la zone euro a retrouvé une stabilité et la confiance. A tel point, le président BARROSO la rappelé, que les taux dintérêts ont partout baissé. Plus dans les pays au cur, mais aussi dans les pays qui étaient les plus menacés par la spéculation il y a un an.
Nous avons même introduit à quelques pays une taxe sur les transactions financières. Et il y a eu lUnion bancaire, décidée, engagée.
Si nous avons été capables de faire tous ces choix, dapprofondir lUnion économique et monétaire pour sortir de la crise financière, nous devons aujourdhui faire les mêmes efforts pour sortir lEurope de la récession. Car elle est en récession, nous en avons eu la confirmation. Elle lest depuis plusieurs mois, pour certains pays depuis plusieurs années. Tous les Etats membres sont touchés. La France, comme les autres, moins que les autres, mais comme les autres.
Notre seule ambition doit être la croissance. La croissance daujourdhui et de demain. Cette croissance, elle ne viendra pas dun abandon des règles ou des disciplines. Ce nest pas plus de déficit qui fait plus de croissance. Ce qui est vrai, cest que, moins de déficit très vite, cela fait très vite moins de croissance.
Je salue le pragmatisme de la Commission européenne de considérer que les Etats membres qui ne sont pas encore en dessous de la règle des 3%, pour leur déficit budgétaire puissent atteindre avec un rythme différent ce même objectif. Parce que cela donnera plus de souplesse et permettra plus dinitiatives, mais à une condition : cest que le temps qui est donné - et je salue le délai qui a été accordé à la France - le temps qui est donné doit être mis au service de réformes, de compétitivité et donc de croissance.
La France, si elle a pu obtenir ce délai, cest parce quelle a réussi, notamment depuis un an - et cela vaudra pour lannée 2013 aussi, cest-à-dire 2 ans - à faire les efforts de réduction de son déficit structurel. Si je veux prendre les 4 dernières années, nous allons atteindre 4% de réduction du déficit structurel, dont la moitié depuis que je suis élu. Et cest parce quil y a eu cet effort quil y a cette confiance.
Nous avons, nous en France, engagé des réformes de compétitivité : le pacte de compétitivité, la réforme du marché du travail. Et nous allons continuer. Nous allons poursuivre, non pas parce que lEurope nous le demanderait, mais parce que cest lintérêt de la France. Et parce que le problème de lEurope, cest quil y a des écarts de compétitivité, et notamment dans la zone euro, qui empêchent quil y ait cette cohérence dans la politique économique. Ce nest pas tant les déficits budgétaires bien sûr, quil faut corriger que les déficits de compétitivité quil faut résorber.
Le président BARROSO a dit quil faut rattraper vingt ans en France. Cest parce quil a une vision rétrospective longue et quil voulait ne pas prendre parti et entrainer toutes les majorités précédentes. Mais cest vrai quil y a un écart de compétitivité qui sest créé ces dernières années. Et donc la responsabilité, ma responsabilité, cest de prendre, avec le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, les décisions pour la croissance et pour la compétitivité, et je lai rappelé devant le Collège des Commissaires.
Sur le plan européen, nous avons aussi à agir pour la croissance. Ce qui veut dire, dabord, pour lemploi des jeunes et je rappelle que, dans le cadre financier européen, il y a six milliards deuros qui ont été dégagés sur la proposition de la Commission et du président VAN ROMPUY pour que nous puissions agir pour lemploi des jeunes.
Mais nous devons faire davantage, et notamment ce sur quoi nous avons échangé entre nous au cours de ce déjeuner :
- une politique industrielle. Aussi bien des secteurs comme laéronautique et lautomobile que des nouvelles technologies. Cest cela le rôle de lEurope. Elle doit veiller à la concurrence mais elle doit aussi donner limpulsion nécessaire, et la France y prendra toute sa part.
- la politique énergétique. Je veux que ce soit un domaine daction majeur pour lEurope : énergies renouvelables, action sur les prix, préparation de lavenir, efficacité énergétique, lutte contre le réchauffement climatique et lenjeu, là encore, de compétitivité.
- Nous avons aussi évoqué la fiscalité. Parce que lEurope, sans quil en coûte quoi que ce soit au contribuable, peut permettre aux Etats davoir plus de recettes si nous luttons contre la fraude, si nous agissons contre les paradis fiscaux, si nous permettons la bonne application des lois que nous votons - ce qui peut également se faire dans le cadre dune harmonisation fiscale. La lutte contre la fraude fiscale, cest donc dabord la lutte contre les distorsions de concurrence et cest aussi un moyen de donner aux Etats des recettes quil leur manque aujourdhui.
Je veux terminer sur deux notations. La première, sur ce qui doit être notre engagement commun. La France est un pays européen, un pays fondateur de lEurope. La France veut que lEurope se fasse respecter. LEurope, cest la première puissance économique du monde. LEurope a pu avoir des difficultés - qui ne venaient dailleurs pas delle au départ - elle est en train de les régler. Et maintenant, elle doit franchir une nouvelle étape.
Notre objectif de croissance, cest dabord pour lemploi, mais cest aussi pour la préparation de lavenir. Le président de la Commission européenne avait raison de dire que nous devons redonner espoir, fierté dans lEurope. Car ce qui nous menace, cest la désaffection des peuples. Et si les peuples séloignent de lEurope, cest lidée européenne même qui disparaîtra. Et ce sont les nationalismes qui prévaudront, avec le rejet de lautre. Lautre lointain dabord, plus proche ensuite. Cest pour cela que nous devons avoir une haute conscience de notre responsabilité le jour où est annoncée une récession en Europe qui bien sûr inquiète les peuples européens.
Quand lEurope est capable de prendre des responsabilités, et cela a été le cas au Mali avec lintervention de la France appuyée par lEurope, elle est respectée et attendue. Et cest ce que nous allons constater pour la conférence dont nous allons assurer la conclusion, le président BARROSO et moi-même.
Un dernier mot sur la culture. La culture, ce nest pas une obsession française. La culture, ce nest pas non plus une prérogative européenne. La culture, ce sont des créations que tous les continents, que tous les peuples portent. Quand nous parlons dexception culturelle, ce nest pas une exception pour la France ou une exception pour lEurope : cest davoir le maintien de mécanismes de financement, de soutien à la création, de protection des uvres, qui permettent à lEurope, mais aussi au monde, de vivre avec cette belle idée que nous pouvons encore inventer, que nous pouvons donner du bonheur, de lespoir et de la fierté aux Européens et, au-delà des Européens, au monde entier. Cest pourquoi je suis très attaché à lexception culturelle qui pour moi est un principe fondamental, jai entendu ce qua dit le président BARROSO sur cette exception culturelle, qui ne peut pas être négociée dans laccord commercial.

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